C’est une vidéo choc que vient de diffuser la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO). Son sujet ? Des pièges utilisés pour la chasse qui fonctionnent à la glu pour capturer certains oiseaux, le tout filmé en action. Une pratique que la LPO souhaite faire interdire en France, le dernier pays de l’UE à l’autoriser via une dérogation exceptionnelle incompréhensible.

Âmes sensibles s’abstenir, les images peuvent être difficiles à soutenir mais elles sont toutefois nécessaires pour comprendre l’ampleur du drame :

En France donc, ce ne sont pas moins de 6 000 chasseurs-piégeurs qui ont le droit de recourir à cette méthode cruelle et dangereuse pour la faune. Cruelle car de nombreux oiseaux piégés meurent après des heures d’agonie. Et dangereuse pour la faune car, comme la vidéo le prouve, les pièges capturent indistinctement toutes espèces d’oiseaux, notamment des espèces protégées comme le rouge-gorge, la fauvette, la mésange, le faucon… alors que le gouvernement – toujours prompt à défendre la chasse – avait récemment affirmé que « le risque de capture des espèces non-cibles est très limité » !

Mais quelles sont donc les espèces ciblées et dans quel but ? Cette méthode de chasse traditionnelle de la région PACA est destinée à capturer des merles et des grives pour s’en servir ensuite comme « appelants » et attirer des congénères que les chasseurs abattront. Il est très facile de se procurer cette glu très forte dans le commerce et d’en enduire des bâtonnets dissimulés dans des arbres & buissons où des oiseaux viendront se poser.

On parle ici de centaines de milliers de bâtonnets placés ! Comment croire les autorités françaises qui assurent que le piégeage est « sélectif », « contrôlé », et que « les prélèvements sont faibles » ? De plus, quel que soit l’oiseau capturé, aucun ne connaît un sort enviable. Soit l’oiseau capturé meurt dans le piège (tant sont posés que fatalement certains sont oubliés) – et si par miracle il arrive à s’en extraire son corps peut être trop abîmé par la glu pour qu’il survive à long terme -, soit il est récupéré par le chasseur qui l’a posé.

Et là deux possibilités : si l’oiseau n’est pas un merle ou une grive ce sera la signature de son arrêt de mort. La colle aura abîmé son bec, ses pattes ou ses plumes (dont les indispensables plumes rectrices) qui sont aussi souvent arrachées par le chasseur en le décollant, il est donc « plus simple » de se débarrasser de l’oiseau (la vidéo illustre parfaitement avec quelle délicatesse les chasseurs opèrent). Si c’est une grive ou un merle, il sera maintenu en cage dans l’obscurité durant des mois, de façon à ce que lorsque les chasseurs lui feront voir la lumière du jour sur un terrain de chasse, l’oiseau se mettra à chanter à tue tête attirant ses congénères qui se feront alors facilement abattre. Oui, la torture ne s’arrête pas à la capture.

À la fin de la saison de chasse, les oiseaux capturés doivent en théorie être relâchés mais aucun contrôle ne permet d’assurer qu’ils le sont réellement, ni qu’ils le peuvent. Et après avoir été prisonnier durant des mois, on peut se demander si malgré le stress et le traumatisme vécus l’oiseau saura retrouver sa place dans la nature, d’autant plus s’il n’est pas relâché sur le territoire où il a été capturé.

À noter aussi qu’au moment de sa capture l’oiseau a été mis en contact avec des produits toxiques comme l’acétone ou le white spirit pour le décoller du piège. On peut donc aussi s’interroger sur les conséquences à terme de cette exposition. Mais les chasseurs pratiquant cette technique semblent peu s’en soucier, arguant la supériorité de l’être humain, la tradition ou encore la « nature » pour se justifier. Enfin il n’est pas exclu que si l’oiseau survit, il se fasse de nouveau piéger l’année suivante…

Après avoir été aspergé de diluant toxique, le rouge-gorge sera balancé comme une pierre par le chasseur. Privé de plumes, le corps englué, il est condamné à attendre la mort.

L’ONCFS (l’Office national de la chasse et de la faune sauvage) est censé exercer un contrôle sur ce type de chasse mais dans les faits, elle ne dispose pas des moyens nécessaires. Elle ne compte que cinquante contrôleurs et ne connaît même pas l’emplacement des 10 à 20 000 sites où les pièges sont posés. Et quand bien même, comment contrôler sur le terrain autant de pièges ? Mettre un contrôleur derrière chaque piège est impossible d’autant plus que le territoire où les pièges sont disposés couvre cinq départements (Bouches du Rhône, Alpes Maritimes, Alpes de Haute Provence, Var, Vaucluse). Des départements où les quotas et les conditions définies pour le piégeage pris par arrêtés ne sont pas les mêmes, augmentant d’autant la difficulté d’opérer des contrôles.

La Directive Européenne sur les oiseaux interdit le recours à la glu pour piéger les oiseaux depuis 1979. La LPO espère grâce à cette vidéo (à relayer massivement) interpeller les citoyens pour faire pression sur le gouvernement et que la cruelle chasse à la glu soit enfin définitivement interdite en France.

S. Barret


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