Le prix Nobel de la Paix 2018 a été attribué ce vendredi 5 octobre au médecin congolais Denis Mukwege (63 ans) et à Nadia Murad (25 ans), issue de la communauté yézidie et ex-esclave de l’État islamique. Tous deux sont récompensés pour « leurs efforts pour mettre fin à l’emploi des violences sexuelles en tant qu’arme de guerre ».

Denis Mukwege et Nadia Murad, l’un gynécologue l’autre victime, se sont vue décerner le prix Nobel de la Paix 2018. « Denis Mukwege et Nadia Murad ont tous les deux risqué personnellement leur vie en luttant courageusement contre les crimes de guerre et en demandant justice pour les victimes », a notamment déclaré la présidente du comité Nobel, Berit Reiss-Andersen. « Un monde plus pacifique ne peut advenir que si les femmes, leur sécurité et droits fondamentaux sont reconnus et préservés en temps de guerre », a-t-elle développé.

Nadia Murad, victime de l’État islamique

Née en 1993 dans le nord de l’Irak, dans la région de Sinjar, Nadia Murad est issue de la minorité religieuse Yézidie qui fait partie du peuple kurde. En août 2014, l’État islamique s’empare de la région dans laquelle elle habite avec sa famille. Une bonne partie des yézidis refusent de se convertir de force ; face à la résistante, les milices tuent hommes et adolescents, alors que les femmes sont capturées. Mariée de force, Nadia Murad est battue et violée puis réduite à l’état d’esclave. Elle parvient à s’enfuir grâce à l’aide d’une famille à Mossoul. Désormais réfugiée en Allemagne, elle s’engage pour sensibiliser la communauté internationale au sort réservé aux yézidies, soutenue par l’avocate Amal Clooney, spécialisée dans les questions liées aux Droits de l’Homme. Depuis septembre 2016, elle est ambassadrice de bonne volonté des Nations unies pour la dignité des victimes du trafic d’êtres humains.

Nadia Murad & The Fight for Justice
Photo: Joshua Kirshbaum/Flickr

La destruction des parties génitales comme arme de guerre

En 2015, dans un article consacré aux violences subies par les femmes au en République Démocratique du Congo, nous évoquions le combat majeur du médecin Denis Mukwege. Pays riche en ressources naturelles convoitées par les multinationales, le territoire est régulièrement en proie à de violents conflits armés pour leur accaparement. Pendant la deuxième guerre du Congo (1998-2003), le viol de masse et la destruction des parties génitales, dont sont indifféremment victimes femmes et petites filles, se transforment en véritable arme de guerre. La terreur semée par ces pratiques est redoutable. Viol et mutilation ont pour effet de détruire la cellule familiale et le tissu social à long terme, propagent des maladies, provoquent le rejet des victimes par leur famille, contribuant ainsi à désorganiser le socle sociétal du pays. En République Démocratique du Congo, la fin de la guerre n’a pas signé la fin des violences faites aux femmes. Entre 2004 et 2008, montre une étude d’Oxfam publiée en 2010, le nombre de viols perpétrés par des civils a été multiplié par 17.

Au milieu de ce désastre, certaines figures se sont démenées pour soutenir les victimes sur le terrain. Le Docteur Denis Mukwege, aujourd’hui récompensé à l’échelle internationale pour son engagement, fait partie de ces précieux soutiens. Gynécologue et militant des droits de l’Homme, il a soigné et reconstruit les femmes victimes de viols au péril de sa vie. Il a créé en 1999 l’Hôpital de Panzi afin que les femmes et enfants du Kivu (Région du pays particulièrement touchée par le conflit) bénéficient de soins de qualité. Face à la multiplication des victimes de viol avec extrême violence, il a commencé à alerter avec ardeur la Communauté internationale pour faire connaître au monde cette tragédie. En 2014, il recevait le Prix Sakharov pour son engament. Depuis 2015, il met en garde contre le climat de tension qui règne à nouveau dans son pays.

Charlize Theron Visits Hospital in DR Congo

Denis Mukwege et Nadia Murad sont le symbole d’une cause planétaire et du combat contre les violences exercées contre les femmes non seulement dans le cadre de conflits, mais également en dehors.


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