Dans sa dernière vidéo, le youtubeur Gull nous invite à décortiquer comment les interdictions conduisent parfois, et ce de manière paradoxale en apparence, à l’extrême inverse de l’effet escompté. Ou, comment une censure se transforme en surmédiatisation. Principales causes : l’effet Streisand et le mécanisme de réactance. Explications.

Notre aversion individuelle et collective à nous faire dicter nos comportements, peut nous conduire à d’importants paradoxes. C’est ce qu’exposent Gull et son équipe dans leur dernière vidéo sur les comportements psycho-sociaux. Leur chaîne est consacrée au « hacking social », c’est-à-dire « [aux] réflexions et [aux] activités visant à identifier, comprendre, et détourner des structures sociales nuisibles aux individus et aux groupes ».

Crédit image : horizon-gull

Censure : le revers de l’interdiction

Les interdictions, les censures ou les incitations à se comporter d’une certaine manière peuvent causer l’effet inverse à celui qui était recherché à l’origine : au lieu d’empêcher la diffusion d’une information ou de faire cesser certaines activités, ces mesures les démultiplient au point de les rendre largement plus visibles. Ce phénomène est appelé l’Effet Streisand, en référence à une affaire qui avait concerné Barbra Streisand en 2003. La chanteuse américaine avait alors tenté d’empêcher par voie judiciaire la diffusion d’une photo aérienne de sa villa. Une vaine tentative qui avait provoqué des moqueries mais surtout la diffusion massive de photographie incriminée sur Internet. Depuis, le terme est devenu une référence pour illustrer un phénomène récurrent et décourager les tentatives de censure.

D’où ce constat pratiquement contre-intuitif : certaines tentatives de censure conduisent à propulser une information à la une médiatique, alors qu’en l’absence de cette interdiction, cette nouvelle serait passée relativement inaperçue. Ainsi, récemment, l’Office central de lutte contre la cybercriminalité a demandé à Google+ de retirer un photomontage comparant Emmanuel Macron et Édouard Philippe à Pinochet et l’un de ses généraux. Cette demande a conduit a jeter la lumière sur ce photomontage, qui a gagné en visibilité depuis grâce aux réseaux sociaux. De quoi s’interroger : la censure est-elle toujours productive à l’heure d’internet ? Pourquoi un organisme officiel spécialisé dans la cybercriminalité n’a-t-il pas anticipé cet effet ?

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Un phénomène renforcé par la « réactance »

L’effet Streisand peut être renforcé par l’hostilité des individus à se plier aux normes ou à des idées partagées par la majorité, et ce par principe. La réactance, nous apprend Gull, est une manifestation psychologique qui nous mène à des « attitudes non réfléchies, irrationnelles donc potentiellement absurdes ». En psychologie, elle est définie comme « un mécanisme de défense psychologique mis en œuvre par un individu qui tente de maintenir sa liberté d’action lorsqu’il la croit ôtée ou menacée ». La réactance a été mise en évidence en 1966 par Jack W. Brehm.

Le cercle vicieux est garanti, comme l’illustrent les nombreux exemples de Gull. Ainsi de l’interdiction des lessives aux phosphates dans certaines villes aux États-Unis, mesure qui a créé un véritable engouement pour le produit, ou alors des obligations légales de vaccination, qui provoquent un mouvement de méfiance vis-à-vis de la médecine. Plus proche de nous, quand l’essentiel des médias parlent, par exemple, de Droits de l’Homme et de tolérance envers une communauté (LGBT+, immigrés,..), la réactance fait son œuvre et alimente des rejets intolérants dans la population. L’écologie n’est pas un domaine épargné : perçues comme une restriction à la liberté individuelle, les lois environnementales peuvent avoir pour conséquence de pousser les individus à polluer encore plus. Dans certains cas, la réactance peut ainsi pousser des masses d’individus à s’opposer à une réalité scientifique « par principe ».

La réactance se manifeste de manière flagrante quand il est question de changement climatique. De nombreuses personnes y voient une théorie scientifique développée à l’échelle mondiale à des fins complotistes (payer des taxes), et ce malgré les preuves scientifiques accablantes. Pire, c’est cette unanimité scientifique qui, pour certains, est source de suspicion. Cette réaction d’opposition de principe éclaire le caractère irrationnel de la réactance, et certaines institutions n’hésitent pas à exploiter cette faiblesse. Mais le mécanisme prend des dimensions tout aussi pernicieuses lorsqu’il est utilisé à des fins de marketing ou comme manipulation politique. C’est par exemple le cas lorsque des discours sécuritaires et donc restrictifs de liberté prennent pour prétexte la défense de la liberté. Rien ne vaut alors mieux qu’un peu de recul, de la nuance de gris et beaucoup de lucidité !

La vidéo

Plus d’information à propos de Gull et du Hacking social : hacking-social.com


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