Rémi Gaillard, qui s’est fait un nom par l’intermédiaire de ses vidéos ainsi que de son combat pour la protection des animaux, vient d’interpeller vivement le Zoo de Fort-Mardyck et le maire de Dunkerque à propos des conditions de détention de Kiwi, une ours femelle devenue célèbre dans le film de notre enfance : « L’ours » de Jean-Jacques Annaud (1988). De quoi nous rappeler qu’entre la fiction et la réalité, il y a comme un monde de différence.

Visionnée plusieurs milliers de fois sur le réseau social Twitter, la vidéo de Rémi Gaillard tournée il y a quelques jours au zoo de Fort-Mardyck, à proximité de Dunkerque, alerte les internautes à propos de la détresse vécue par certains animaux sauvages enfermés dans les zoos. Au regard des allers-retours incessants que réalise Kiwi ainsi que l’ours qui l’accompagne dans son enclos, le vidéaste et activiste de la cause animale dénonce des « conditions indignes » de captivité, selon ses termes. Il n’est en effet pas rare de voir des animaux sauvages enfermés dans des cages ou dans des enclos développer des comportements répétitifs de manière maladive. Des mouvements qui sont signes d’un stress potentiel ou d’un malêtre chez l’animal. « Si tu cherches Kiwi, la star de ton film l’ours (1988), elle tourne en rond depuis 28 ans dans des conditions indignes au zoo de Dunkerque. » explique Rémi Gaillard dans son Tweet.

Appel à mobilisation et premières réactions du zoo

Depuis, de très nombreux internautes se sont associés à ces critiques, demandant à l’organisation du zoo de réagir pour améliorer les conditions de l’animal. Une pétition, signée près de 65.000 fois « exige leur libération et leur transfert dans un sanctuaire adapté ». « Attac Flandres » a pour sa part appelé à manifester ce 22 août devant la mairie de Dunkerque pour demander « des conditions de vie digne pour ces deux vedettes du zoo ».

Les accusations ont obligé l’organisation du parc à réagir auprès de France Bleu :  « Kiwi, âgée de 29 ans, et Dominique son compagnon depuis 1998, âgé de 20 ans, sont tous deux nés en captivité. Ils coulent des jours paisibles au Parc Zoologique de Fort-Mardyck depuis plus de 10 ans où ils vivent dans un espace de 550 m2 équipé d’un bassin (…) qui comporte les aménagements nécessaires à leur bien-être » assurent les responsables. Des arguments qui peinent pourtant à convaincre, alors que les bêtes filmées par Rémi Gaillard montrent des signes clairs de stéréotypie. D’autant que pour alimenter son propos, le vidéaste est retourné au zoo quatre jours plus tard pour montrer que les ours continuaient leurs va-et-vient incessants.

Signes manifestes de stéréotypie

Comme on peut l’observer sur les vidéos, les deux ours répètent sans cesse un même trajet, sans but précis. Ce trouble manifeste du comportement, appelé stéréotypie, a été largement décrit par les chercheurs. Il apparait chez les animaux enfermés, aussi bien dans les zoos, dans les cirques ou encore dans les laboratoires. Il s’agit d’un indicateur de mal-être. Contrairement à ce qu’indiquent les responsables du zoo de Fort-Mardyck pour se justifier, ce n’est pas parce que les animaux enfermés reçoivent une alimentation adaptée et que quelques aménagements spécifiques sont introduits dans l’enclos, que l’animal sera forcément dans un état de bien-être.

Enfermées, les bêtes ne peuvent pas se développer dans des conditions naturelles, s’ennuient et perdent leurs repères (peu importe qu’elles soient nées en captivité ou non). La stéréotypie manifeste le manque de stimulations, car les animaux sont contraints de vivre dans un espace clos, qui ne ressemble en rien au milieu auquel ils sont en principe adaptés. Les quelques aménagements prévus par les propriétaires des zoos (bassins, plantes, jeux, etc..) n’empêchent pas les bêtes de montrer des signes de stress évident. Certains animaux sont également dérangés par la présence des visiteurs ainsi que les bruits et dérangements associés.

Les troubles du comportement que développement certains animaux en cage imposent de se questionner à propos de l’utilité « pédagogique » des zoos argument souvent employé par leurs défenseurs au même titre que la préservation. En effet, les visiteurs n’observent en aucun cas des animaux qui ont des comportements naturels, ce qui fausse par définition leur perception. Aujourd’hui, des voix de plus en plus nombreuses plaident pour que les espèces en voie de disparition soient placées dans des sanctuaires, c’est-à-dire des espaces suffisamment grands pour qu’elles puissent véritablement vivre en liberté et selon leurs conditions naturelles. Contrairement au sanctuaire, le zoo est souvent plus proche de la vitrine commerciale que de l’espace protégé. À l’heure où il est question de codification des droits des animaux, la problématique ne peut plus être écartée.


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