Rob Hopkins : « La Transition a changé ma vie »

N’avez-vous jamais entendu dire « On va tout de même pas retourner en arrière ! » quand vous parlez de transition écologique et de modération ? Célèbre pour avoir initié le mouvement de la transition, Rob Hopkins continue, depuis plus de 10 ans, à encourager à penser l’ère post-pétrole dans l’objectif de préparer les sociétés à l’effondrement énergétique qui nous attend. Car, inévitablement, ne rien changer à notre mode de vie actuel est le meilleur moyen de revenir en arrière… L’équipe de Mr Mondialisation l’a rencontré à l’occasion d’un passage à Bruxelles.

Imaginer le futur et le construire. Voici en quelques mots ce que propose le mouvement des initiatives en transition (anciennement « Villes en transition ») dont le concept a été formulé par Rob Hokins en 2005 et dont on trouve la première application concrète en 2006 à Totnes, au Royaume-Uni. Depuis, l’idée a connu un engouement international bien au-delà des frontières de l’Europe et a été réapproprié dans le monde entier. Aujourd’hui, on compte plus de 5000 initiatives répertoriées et encore bien plus de groupes locaux inspirés par la démarche.

Transition Towns ConferencePenser des communautés résilientes

L’objectif de la transition est de développer la résilience des communautés, c’est à dire leur capacité à résister aux chocs économiques et écologiques et donc de subvenir aux besoins de la population y compris en temps de crise. Si la réflexion de départ était motivée par la volonté de préparer le pic pétrolier et la descente énergétique qui s’en suivrait, la transition est rapidement devenue l’opportunité de repenser la société autour de nouvelles valeurs : le partage, la solidarité, l’environnement. Le concept est donc un projet politique, mais pas dans le sens partisan du terme – c’est à dire un jeu de pouvoir et d’influence qui oppose des groupes d’intérêt, plus que des idées. Au contraire, on essaye de dépasser les anciennes lignes de fracture dans un projet citoyen : comment souhaitons-nous organiser notre vie en communauté et quels sont les leviers à notre disposition pour y parvenir ?

L’exercice consiste à imaginer, en groupe, la société telle que nous aimerions qu’elle soit à l’horizon de plusieurs décennies. Ceci implique une vision de long terme. Ce travail prospectif permet ensuite d’établir une feuille de route avec les différentes mesures à accomplir au fil du temps pour atteindre l’idéal imaginé. Par exemple, si l’objectif est d’être auto-suffisant en fruits au niveau de la collectivité en 2040, tous les fruitiers devront être plantés avant 2030, le développement complet des arbres demandant plusieurs années. Dans un premier temps, la transition encourage donc de réfléchir ensemble, à penser la société. Elle se traduit ensuite par la mise en œuvre d’actions concrètes.

Gemeinschaftsgarten "Allmende-Kontor"Pensée positive

Selon Rob Hopkins, il s’agit d’une démarche innovante, car « c’est une idée audacieuse de dire que le changement peut venir de vous, maintenant, chez vous, avec les gens qui vous entourent ». Elle prête également à l’enthousiasme, car c’est « une approche positive vouée à trouver des solutions », bien que le point de départ – le constat que la société de consommation est sur le point de s’effondrer – est inquiétant et ne prête pas vraiment à l’optimisme.

Les initiatives en transition composent ainsi un mouvement qui vient directement des citoyens (« bottom-up ») et qui permet aux individus de se réapproprier leur existence, de réfléchir ensemble au commun et de construire une nouvelle vision de la société via l’expérimentation concrète et le développement d’alternatives. Le mouvement de la transition se caractérise par son caractère horizontal qui favorise un débat plus démocratique et le droit de chacun à s’exprimer et à participer au débat public. Il entre en contradiction profonde avec les schèmes politiques que l’on a l’habitude d’observer en Occident et qui consistent à laisser d’autres décider pour nous (démocratie représentative) et à limiter l’acte citoyen au vote. À qui le tour d’entrer en transition ?

Rob Hopkins


Nos travaux sont gratuits et indépendants grâce à toi, lecteur. Soutiens-nous aujourd’hui en nous offrant un thé 😉 ☕