À l’occasion d’un voyage en Guadeloupe en mai 2018, Andréa Dautelle, jeune réalisateur de documentaire et photographe, a pris en photo l’invasion des plages de la région par les algues sargasses, connues pour leur toxicité. Il nous livre ici un témoignage visuel de cet impressionnant et inquiétant phénomène dans son reportage intitulé « L’affreux mai. Ceci n’est pas une catastrophe naturelle ». 

Depuis le printemps dernier, les Antilles sont confrontées à l’arrivée massive d’algues brunes, les sargasses, sur les plages de la région. Dans les pays concernés, les intoxications se sont multipliées en raison de l’ammoniac et de l’hydrogène sulfuré qu’elles émettent lors de leur décomposition. Alors que certains ports étaient mis en quarantaine, c’est également l’économie de la région et notamment son tourisme qui sont menacés.

Depuis, les habitants et habitantes ainsi que de jeunes bénévoles s’affairent à nettoyer les plages avec les moyens du bord, un travail sans fin alors que l’océan ne cesse de chavirer de nouveaux végétaux. C’est la présence de ces algues en des concentrations très élevées qui pose des problèmes sanitaires, économiques mais aussi de gestion. Le phénomène semble s’accentuer d’années en année, plaçant l’activité humaine comme cause première de la catastrophe.

Les atteintes à l’environnement en cause

Depuis 2011, les échouages massifs de sargasses pélagiques, se multiplient de manière alarmante en mer des Caraïbes. Selon la NASA et l’Université de South Florida, « les mois de janvier et février 2018 ont montré la plus grande prolifération dans le centre-ouest de l’Atlantique par rapport aux mêmes mois de l’histoire. Le nombre total de sargasses que nous avons vu en février, généralement un mois bas, a maintenant dépassé le mois maximum de juillet / août 2015. » Les sargasses battent ainsi d’étonnants records historiques, un peu à l’image des températures moyennes terrestres et de la concentration de CO2 dans l’atmosphère.

Cependant, les causes de cette prolifération n’ont pas encore été déterminées de manière certaine même si les indices convergent tous vers l’activité de l’Homme. Ainsi, les recherches actuelles se tournent du côté du changement climatique ainsi que de la pollution des océans. D’après une note de la DEAL de Guadeloupe (Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement), la prolifération sans fin des sargasses qui frappe les Antilles peut être le fruit de la pollution tellurique, la contamination des océans, ainsi que du changement climatique – qui influence les courants marins. Certains éléments portent également à croire que les algues sargasses, qui proviennent du nord de l’embouchure de l’Amazone, au large du Brésil, profiteraient de la destruction de la mangrove d’Amérique latine et donc d’eaux plus riches en nutriments (auparavant les mangroves retenaient ces nutriments) pour se multiplier. En définitive, il s’agit très probablement d’un effet cocktail pervers de différentes causes humaines.

« Difficile de passer à côté de cette algue brune »

C’est en mai 2018, alors que les sargasses défraient la chronique, qu’Andréa Dautelle découvre l’ampleur de la catastrophe sur place, en Guadeloupe. Il témoigne : « C’est d’abord une odeur insupportable d’œuf pourri qui m’a frappé. Sans même voir la mer, depuis la nationale 1 sur la route de Capesterre-Belle-Eau, les sargasses s’annonçaient. J’ai vu des plages que je ne reconnaissais plus, comme recouvertes d’une nouvelle peau (…). J’ai croisé des yeux rougis par les gaz dégagés et des personnes portant un masque pour se protéger. J’ai photographié des paysages déformés par de nouvelles courbes blondes par-ci et rougeâtre par là. J’ai découvert Terre de Bas, aux Saintes, coupée du monde après que son port ait été rendu inaccessible par les sargasses. J’ai rencontré des pêcheurs qui accumulent dans leur filet plus d’algues que de poissons. L’État refuse de reconnaître le statut de catastrophe naturelle ».

Âgé de 27 ans, Andréa Dautelle a étudié le journalisme et le cinéma documentaire. En 2015, il réalise un film documentaire sur le quotidien d’un petit pêcheur dans une calanque à proximité de Marseille – Le petit pêcheur à la barque – et par la suite deux documentaires sur le reggae, musique populaire et contestataire dont il est passionné. Cette série de photo sur les sargasses mêlent son intérêt pour la photographie et son questionnement sur le rapport des êtres humains à la nature.

Toutes les photos à la discrétion d’Andréa Dautelle. Vous pouvez également suivre le photographe sur Instagram.


Nos travaux sont gratuits et indépendants grâce à vous. Afin de perpétuer ce travail, soutenez-nous aujourd’hui par un simple thé 😉☕