Soldes : Et si on passait (enfin) à la mode durable ?

Alors que nous approchons aujourd’hui de la troisième démarque des soldes d’hiver 2018, Le Monde a interrogé Erwan Autret, ingénieur de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Dans un contexte de lutte contre le réchauffement climatique, observateurs, scientifiques et militants remettent plus que jamais en cause le système très polluant sur lequel se fonde l’industrie textile. Bonne nouvelle, de nouvelles alternatives plus renouvelables et propres tendent à se faire de plus en plus connaître.

Un impact colossal sur l’environnement

Aujourd’hui, le textile est la seconde industrie la plus polluante au monde, après le pétrole, avec plus de 130 milliards de pièces de vêtements produites par an sur la planète. On peine à s’imaginer les quantités d’énergies, d’eau et de matières pour soutenir une telle production. Par exemple la production d’un simple jean, sans label, nécessite 11 000 litres d’eau, ce qui correspond à peu près à 90 bains. Pour un t-shirt, on devra utiliser environ 2 720 litres d’eau, sans oublier tous les traitements chimiques utilisés pour teindre le tissu, l’adoucir, le rendre plus élastique… Du champ de coton, en passant par les usines textiles, jusqu’à votre magasin préféré, le vêtement aura parcouru près de 65 000 km, selon les estimations de l’Ademe.

 

Reportage SWEATSHOP Source : @Fridaot, Instagram.

L’industrie textile consomme à elle seule en moyenne 25 % des produits chimiques élaborés chaque année dans le monde, et émet 10 % du total des gaz à effets de serre. Sur les 400 milliards de mètres carrés de tissus produits annuellement, près de 15 % d’entre eux ne seront jamais utilisés, et deviendront des déchets. Un système sur-productif totalement démesuré et dangereux pour la planète.

Alors que 2017 a été annoncée comme la seconde année la plus chaude, après 2016, les enjeux environnementaux des industries sont devenus vitaux. Pour faire prendre conscience du dangereux compte à rebours qui a déjà débuté et de l’urgence de la situation, l’Ademe s’est mobilisée, avec 7 entreprises volontaires (dont Décathlon et Okaïdi, par exemple), pour mettre au point une évaluation précise de la pollution qu’engendre la production de chaque vêtement. Cette démarche, débutée il y a 2 ans de cela, a pour principal objectif de mettre en place un affichage environnemental précis pour les entreprises, qui devront dès lors faire figurer les chiffres sur les étiquettes des produits, afin d’alerter les consommateurs. Ces changements sont censés apparaître d’ici mi-2018 en France, tandis que l’Ademe lutte actuellement pour que cette enquête sur la pollution causée par l’industrie textile soit reconnue à l’échelle européenne.

L’industrie textile et du prêt-à-porter n’en est plus à son premier scandale

H&M, Primark, Nike, Zara et consorts… les marques championnes du prêt-à-porter rapportent gros. Une “surproduction de masse” qui fait adéquation avec notre mode de consommation d’aujourd’hui. Produire plus, pour acheter plus, pour jeter plus. Et tandis qu’en octobre dernier H&M donnait lieu à un nouveau scandale en brûlant les vêtements invendus, les marques plus éco-responsables ont toujours du mal à garder la tête hors de l’eau.

Les raisons de ce clivage entre les géants low-cost et les marques plus respectueuses ? La surmédiatisation de l’un, contre le total manque de visibilité de l’autre. Une solution face à l’incapacité des gouvernements à réguler le secteur ? La prise de conscience des consommateurs. Car il semble certain que tant que les consommateurs achètent et soutiennent les marques concernées, les choses ne changeront pas. Alors que nous parlons aujourd’hui de “fétichisation de la marchandise”, d’aliénation, d’opérations marketing toujours plus audacieuses, de promotions, de réductions, la planète se meurt, et ceci à vitesse toujours plus grande. Et ceci n’est pas une vague idée politique.

De plus, consommer de façon plus responsable n’est pas simplement bon pour la planète, mais aussi pour les petites mains « anonymes » de ces industries. Aujourd’hui, la plupart des marques de prêt-à-porter ont exporté leur production sur des territoires où les droits humains sont souvent bafoués, principalement pour des raisons économiques. Tourner le dos à cette production carnassière, c’est dire non à l’exploitation quasi-esclavagiste des milliers d’employés en Chine, au Bangladesh ou au Cambodge, dont certains vont jusqu’à lancer des appels à l’aide directement en brodant des “SOS” sur les étiquettes.

Source : Flickr

Alors, un système durable est-il possible aujourd’hui pour le secteur de la mode ?

Cependant, la situation n’est pas sans issue. D’après Erwan Autret, “il existe des entreprises précurseuses : quelques dizaines de petites et moyennes entreprises (PME), comme la marque de jeans 1083, ou les chaussures de sport Ector, qui s’engagent résolument en développant “l’écoconception”. Le principe ? Concevoir un vêtement en prenant résolument en compte son impact environnemental, et choisir, à travers les matières premières, l’entretien, le transport, la vente… à minimiser son impact au maximum. Ces entreprises se veulent être la démonstration qu’on peut tout à fait passer de la mode jetable à un système plus durable, où le vêtement sera porté plus longtemps, avec, par exemple, du textile 100 % recyclé.

L’enjeu de ce siècle pour l’industrie textile, c’est de pouvoir redonner vie à un produit. En revenant sur le marché de l’occasion, en étant utilisé pour du fil ou du tissu, en étant redécoupé pour créer une nouvelle pièce de vêtement… Le but, mettre en place un véritable système circulaire durable, et de maintenir le plus longtemps possible la bonne qualité de la matière. Cependant, d’aucun argumentera qu’une telle approche signe également la perpétuation d’un capitalisme à l’illusion d’infinité sans nécessairement questionner la structure même de la problématique productiviste et le mythe de la croissance infinie. D’autres y voient un premier pas urgent et nécessaire pour sortir de la crise écologique globale.

En attendant des changements structurels, c’est le consommateur qui détient le pouvoir immédiat de faire bouger les choses. En consommant déjà de façon responsable, en prenant soin de ses propres tissus, en refusant les incitations commerciales à consommer plus que de raison, et surtout en donnant une seconde vie à ses vêtements : les donner à une association, à une personne dans le besoin, les ramener en magasin, dans un centre de tri, ou même en les cédant sur Internet ou lors d’un vide-grenier. “A chacun ensuite d’effectuer ses actes d’achat en toute conscience. Le consommateur a une forte responsabilité” rappelle Erwan Autret. Pour finir, on conseillera le site La Fibre du Tri pour apprendre comment trier et recycler ses vêtements de façon éco-responsable ! Alors, on change ?


Sources : Le Monde / Mr Mondialisation / La Fibre du Tri

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