Le 18 juillet dernier, la Chine annonçait son intention d’interdire pour des raisons environnementales l’importation de 24 types de déchets, dont certains papiers, plastiques et textiles. Alors que la mesure vient d’entrer en vigueur ce début 2018, cette décision fait à nouveau du bruit. Pour cause, en Europe, on parle déjà de « scénario catastrophe » tant les craintes de voir s’accumuler des déchets et de n’avoir d’autre perspective que de les incinérer ou de les brûler sont élevées. 

« En bloquant l’importation de certains déchets, la Chine, première destination mondiale du recyclage, fait peser le risque d’un « scénario-catastrophe » pour l’environnement dans les pays riches… et met dans la panade sa propre industrie de la récupération » alertait ce 21 janvier l’AFP. Il faut dire, l’Union européenne, mais aussi les États-Unis, ont de quoi s’inquiéter. Pour cause, plus de 50% des déchets exportés par l’UE le sont vers la Chine ! Et ce sont des quantités vraiment colossales.

DJC0026430.jpgLa Chine ne veut (et ne peut) plus être la décharge du monde

Les principaux motifs invoqués par la Chine sont d’ordre environnemental. « Nous avons constaté que de grandes quantités de déchets de mauvaise qualité, et même de déchets dangereux, sont mélangés avec des déchets solides. (…) Cela pollue sérieusement l’environnement de la Chine », écrivait l’été dernier le ministère de l’Environnement dans sa notification à l’Organisation Mondial du Commerce (OMC). Le pays souhaite non seulement contrôler de manière plus stricte les matières qui pénètrent ses frontières mais aussi mettre un terme aux transferts illégaux via des déchets mal triés. Par ailleurs, le géant asiatique veut lutter sur son territoire contre les entreprises qui ne respectent pas les normes en vigueur. La Chine est aujourd’hui dépassée par les conséquences de son développement économique rapide et fait face à l’obligation de lutter contre la pollution de l’air et des sols sur son territoire.

En 2015, le pays importait pas moins de 49,5 millions de tonnes de déchets sur les 180 millions de tonnes qui avaient été exportées cette année là. La décision de la Chine laisse donc entrevoir un grand chamboulement du marché mondial du recyclage, ce dont l’Union européenne, qui n’a pas de solution alternative à ce jour, s’inquiète particulièrement. « C’est un séisme » et « on a toujours l’onde de choc. Cela a mis notre industrie en situation de stress car la Chine est tout simplement le premier marché mondial pour l’exportation de matières recyclables » concède auprès de l’AFP Arnaud Brunet, directeur du Bureau international du recyclage (BIR) basé à Bruxelles. Une chose est certaine, ceci impliquera de devoir relocaliser le recyclage, et donc éventuellement questionner directement la production des déchets à leurs sources industrielles. Cependant, la solution de facilité pour les gouvernements serait d’exporter ses déchets simplement ailleurs…

9778400044Les déchets, nouvel enjeu géostratégique ? 

D’après un rapport de l’agence européenne de l’environnement datant de 2012, une part « significative » des déchets européens sont exportés en dehors des frontières de l’UE : 5,5 millions de tonnes pour le plastique, 45 millions de tonnes pour l’acier et la ferraille, 6,1 millions de tonnes pour le cuivre, l’aluminium et le nickel et enfin 0,07 millions de tonnes pour les métaux précieux. La décision de la Chine met donc l’Union européenne et ses habitants face à la montagne de déchets dont ils sont à l’origine, mais aussi au relativement faible taux de recyclage qui est le leur. D’après l’AFP, « seulement 30% des déchets plastiques des Européens sont recyclés à l’heure actuelle. Le reste finit incinéré pour produire de l’énergie (39%) ou en décharge (31%). »

Pour la Chine, ces déchets ont longtemps représenté une matière première essentielle pour le développement de son économie. Mais aujourd’hui, face à la réalité environnementale, le pays sature. Pour l’Union européenne, pouvoir se débarrasser à moindre coût de ce dont elle ne veut pas représentait une aubaine, puisque que cela permet d’externaliser les coûts sociaux et environnementaux du recyclage. L’impact réel des consommations reste ainsi caché, du moins d’un point de vu économique.

Alors que l’UE peine à réduire ses déchets (elle prévoit que tous les plastiques à usage unique soient recyclable d’ici 2030), elle s’apprête d’ores déjà à trouver de nouveaux pays « partenaires » pour y envoyer ses déchets. D’après Arnaud Brunet cité plus haut, pour résoudre la « crise » des déchets qui s’annonce, les regards se porteraient désormais vers l’Inde, le Pakistan ou le Cambodge. Des pays qui croulent d’ores et déjà sous le poids des décharges. En tout état de cause, la décision de la Chine rappelle à l’Union européenne et aux États-Unis leur dépendance vis à vis de pays tiers en ce qui concerne le traitement des déchets, que ces pays soient mieux équipés ou moins disant… Dans ce contexte ce n’est pas seulement le recyclage des déchets qui est en cause, mais aussi le modèle économique et politique qui va avec et qui consiste à externaliser dans des pays tiers et sur le dos des populations les plus pauvres le coût de notre mode de vie consumériste.

Hong Kong.


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