L’univers du travailleur indépendant est sans pitié. Ainsi, la gentillesse d’un artiste quelconque peut rapidement être exploitée par ceux qui sauront la repérer, quand le travail n’est tout simplement pas volé dans un objectif commercial comme ce fut le cas par la marque ZARA. Muriel Douru, dessinatrice française, en a fait personnellement l’expérience. Déçue et en colère, elle répond à l’éditeur qui l’exploite par une courte BD à couteau tiré.

Notre génération a été bercée à des contenus créatifs gratuits disponibles en masse sur internet. Mais derrière chaque œuvre ou chaque texte, c’est souvent un artiste qui se bat pour sa survie avec le risque de se faire exploiter par une entreprise peu scrupuleuse pour gagner de quoi vivre. Cette histoire banale est le quotidien de milliers de travailleurs indépendants et auto-entrepreneurs. Une trop grande confiance dans le client, un peu trop de gentillesse ou tout simplement un savoir vivre élémentaire, ces « failles » peuvent être exploitées dans l’intérêt indirect d’actionnaires d’une entreprise quelconque peu scrupuleuse.

C’est du moins ce que vient d’expérimenter Muriel Douru, une illustratrice professionnelle et auteure de divers livres engagés, notamment sur la question de l’homoparentalité. Sur son blog, celle-ci exprime son opinion souvent à chaud à travers l’écriture illustrée. Comme beaucoup d’autres dans son domaine, elle tente de survivre dans un contexte concurrentiel important où certaines entreprises n’hésitent pas manipuler les artistes pour créer des contenus gratuitement à des fins commerciales. Quand il y a rémunération, celle-ci peut être d’un montant tout à fait ridicule, le tout, dans un contexte d’ubérisation de la société.

Muriel Douru est donc tombée de haut quand son éditeur lui a proposé un contrat avec des droits d’auteur de 0,24% alors que le travail était déjà réalisé. À proprement parlé, il n’est donc pas son patron. Tout au plus une autorité temporaire qui donne ses directives. Pressée par l’urgence de la commande, l’artiste a eu la naïveté de croire que les conditions du travail seraient similaires aux précédents contrats avec le même éditeur. Mal lui en a pris. En colère, Muriel a fait le choix de publier sa lettre à son éditeur sur son blog, agrémentée de dessins. Un pied de nez courageux car c’est un client potentiel qu’elle risque de perdre dans cette situation. Mais quel serait le monde si tout le monde baissait la tête pour se taire ? N’est-ce pas déjà ce que la majorité est contrainte de faire faute d’alternative pour survivre ?

Lettre à l’éditeur qui pensait que ça passerait…comme une lettre à La Poste

La leçon à retenir de tout ceci, c’est que dans un monde où ce sont les grandes entreprises et multinationales qui concentrent les capitaux, les petits travailleurs, projets et indépendants doivent se soumettre à leur toute puissance économique et leur volonté de satisfaire les actionnaires avant les travailleurs. La survie même des créateurs de contenus, qu’ils soient artistes, journalistes ou autre, dépend directement de leur juste rémunération, mais aussi d’une justice fiscale couplée à une protection sociale indispensable. Dans le contexte d’ubérisation du monde du travail, peut-être que le monde politique devrait prendre ce sujet à bras le corps pour protéger les créateurs de contenus vivants en bas de l’échelle.


BD partagée sur Mr Mondialisation avec autorisations de Muriel Douru.