Les SDF belges menacés par une nouvelle loi anti-squat

En Belgique, les personnes en situation de mal-logement ont du soucis à se faire alors qu’une nouvelle loi sera votée en la matière ce 5 octobre contre le squat. Qualifiée de « répressive » par ses opposants, elle facilitera les actions de la police et de la justice contre les squatteurs qui, jusqu’à présent, étaient relativement protégés par le droit commun. Pour manifester leur désaccord et alerter l’opinion publique à propos des conséquences possibles d’une telle loi, des citoyen.ne.s anonymes ont organisé une campagne d’affichage sauvage dans les rues de Bruxelles. 

Fin de partie pour les squats belges ?

C’est devenu une constante à laquelle on ne s’habitue pas. Les plus misérables de la société subissent les conséquences froides de décisions politiques cherchant à protéger les intérêts privés. Pas d’exception en matière de logement. En Belgique, nombre de sans-abris et de personnes mal-logées craignent le pire. C’est à la suite d’un fait divers en début d’année que les décideurs ont voulu durcir la loi encadrant le squat.

Pour rappel, une large polémique avait éclaté en mars dernier à propos des squats lorsqu’un couple séjournant à l’étranger avait retrouvé son immeuble occupé par une famille. Rapidement, de nouvelles dispositions avaient été formulées par la majorité de droite, réduisant la situation de squat à ce type de situation pourtant très rare. De nombreuses associations et collectifs se mobilisent désormais contre une évolution de la législation qui risque de mettre en danger les plus démunis.

Des squatteurs plus facilement expulsés et sanctionnés

Jusqu’à présent, en Belgique, pour expulser des personnes, le propriétaire doit entamer une procédure civile classique. Ceci devait permettre à un juge d’observer la situation avant intervention des forces de l’ordre. Jusqu’à aujourd’hui, la police ne pouvait pas intervenir directement, sauf si une effraction avait pu être constatée. C’est pour cette raison que la plupart des squats se font sur d’anciens bâtiments abandonnés depuis longtemps.

L’entrée en vigueur de la nouvelle loi (après le vote des parlementaires belge ce 5 octobre) étendra considérablement les pouvoirs de police, mais également ceux de la justice, notamment dans le cas ou les sqatteurs habitent dans un immeuble considéré habité et ce, même en l’absence d’effraction. Pour les immeubles réputés inhabités, les pouvoirs de la justice seront également étendus et l’expulsion rendue plus facile. Parmi les parlementaires, l’opposition (PS) s’est inquiétée du déséquilibre qu’instaurait la loi entre le droit au logement qui est était diminué et le droit de propriété, renforcé. Globalement, cette loi risque d’inaugurer un profond manque de nuance dans l’approche des situations particulières de squat.

Bien qu’il est peu probable que les députés fassent marche arrière ce 5 octobre, les opposants comptent tenir tête. Associations, collectifs et squats se mobilisent pour dénoncer les nouvelles dispositions. Pour Pierrot, qui a participé à une campagne d’affichage dans les rues de Bruxelles le texte est « une instrumentalisation d’un fait divers » à l’occasion duquel un marchand de sommeil louait illégalement des biens qui ne lui appartenait pas. Pourtant, les squatteurs sont dans une démarche différente. Malgré tout, la loi mettra désormais tout le monde « dans le même sac » sans distinction. Même discours sur les sites internet des squats collectifs les plus connus de la capitale belge comme le 123 ou encore la Poissonnerie, particulièrement engagés et mobilisés au niveau social et politique, ainsi que dans la vie de quartier. Car c’est tout le problème de cette nouvelle loi. Elle offre le feu vert à des figures politiques réactionnaires pour liquider des lieux à haute interactivité sociale, parfois depuis de très nombreuses années.

La résistance s’organise dans les marges

« Le collectif d’opposition à la loi anti-squat en Belgique » qui organise une pétition, s’insurge également contre un texte qui « prévoit de pénaliser non plus la simple effraction, mais l’occupation d’un lieu sans droit ni titre, même s’il est à l’abandon ». En effet, jusqu’ici, un sans-abri belge pouvait occuper un lieu abandonné pour y dormir la nuit sans risquer les coups de matraque. Le collectif s’inquiète également « [du] glissement de compétences de la juridiction civile à la juridiction pénale », alors que jusqu’à présent la négociation entre squatteurs et propriétaires était privilégiée à la sanction.

Des membres du collectif ont tenus à rendre visible cette lutte dans la rue par l’intermédiaire d’une campagne d’affichage pour avertir la population de Bruxelles des conséquences et incohérences de la nouvelle loi. Ils tiennent également à lutter contre les préjugés existants à l’encontre des squats, trop rapidement associés à de nombreux clichés alors qu’il s’agit souvent de lieux de réflexion culturelle et politique ouverts au public. Le 27 septembre derniers de nombreuses pancartes étaient collées sur certains panneaux publicitaires de la ville, déconstruisant le discours sur les squats tout en questionnant l’usage de l’espace public.

Pour Pierrot, « le squat est très méconnu, trop souvent associé à une image de junkies dans des bâtiments en ruine ». Pourtant, selon lui, on est loin de la réalité, et il souligne toute la vie artistique, associative et culturelle qui s’organise dans ces lieux. Par ailleurs, il tient à préciser que « le squat répond à la crise du logement, alors que la Région de Bruxelles échoue pour répondre à ses promesses en termes de construction de logements sociaux pendant que de nombreux immeubles et bureaux restent vides ». Dans ce contexte, le squat reste souvent le seul moyen pour ceux qui ne veulent pas dormir dans la rue ou en prison.

Mais malgré l’importance du sujet, il semble que la loi sera votée dans l’indifférence générale de la population belge. Très peu de média ont à ce jour décidé de médiatiser la chose sous un regard pertinent. Pour rappel, il y a 11 millions de logements vides en Europe pour 4,1 millions de sans-logis…


Sources : propos recueillis par l’équipe de Mr Mondialisation / squatbelgium.noblogs.org

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