Dans l’Allier, à l’Oasis de Chabanusse, l’association de recherche-action Walipini Terres Vivantes expérimente des solutions d’agroécologie, de gestion de l’eau et d’adaptation climatique, tout en faisant le pari de la science ouverte et du partage des connaissances. Son ambition : permettre aux territoires de construire eux-mêmes leur résilience.

Face aux sécheresses, aux canicules et à la privatisation des ressources en eau, les territoires ruraux sont en première ligne du changement climatique. Pourtant, les solutions techniques et les connaissances scientifiques restent souvent difficiles d’accès pour les élus locaux, les agriculteur·ices ou toute personne désireuse d’agir. Walipini Terres Vivantes, association de recherche collaborative, veut préparer les territoires ruraux aux changements climatiques. 

Pour Mr Mondialisation, Lionel, fondateur du projet, revient sur cette démarche qui mêle expérimentation, coopération et transmission, avec la conviction que les réponses aux crises écologiques émergeront aussi des initiatives locales.

Lionel, au moment de l’excavation du futur laboratoire

Entretien avec Lionel, Walipini Terres Vivantes

Mr Mondialisation : Pouvez-vous présenter l’association et expliquer comment est née cette initiative dans l’Allier ?

Lionel : « Walipini Terres Vivantes est une association de recherche-action citoyenne née d’une conviction simple :

« le dérèglement climatique est déjà là et les habitants, les petits agriculteurs ou les communes rurales n’ont pas toujours accès aux outils pour y faire face. »

Autour de l’Oasis de Chabanusse, nous développons un walipini, une serre semi-enterrée utilisant l’inertie thermique du sol, mais notre ambition dépasse largement cet ouvrage : démontrer que des solutions locales, reproductibles et accessibles peuvent répondre aux défis climatiques. »

Mr Mondialisation : Vous définissez votre démarche comme un espace d’expérimentation et de recherche citoyenne. Que recouvre concrètement cette approche ?

Lionel : « Nous expérimentons, nous mesurons et nous publions tout, y compris nos échecs. Les questions de recherche viennent du terrain et sont construites avec les habitants, les agriculteurs ou les techniciens, pas uniquement par des institutions. Nos protocoles sont documentés, reproductibles et diffusés sous licence libre afin que chacun puisse les réutiliser et les améliorer. »

Mr Mondialisation : Qu’est-ce que l’Oasis de Chabanusse et quel rôle joue-t-elle dans votre démarche ?

Lionel : « Chabanusse est notre laboratoire à ciel ouvert. Nous y expérimentons un walipini enterré, des systèmes de drainage, des suivis climatiques et des aménagements favorables à la biodiversité afin de mesurer concrètement leur efficacité.

Mais c’est aussi un lieu de démonstration et de transmission. Ce qui fonctionne ici doit pouvoir être reproduit ailleurs par des collectivités, des agriculteurs ou des collectifs citoyens. Notre objectif, à terme, est de devenir inutiles : que chacun sache faire. »

Visuel du projet – avec toutes autorisations @walipini terres vivantes

Mr Mondialisation : Selon vous, les territoires ruraux sont-ils suffisamment préparés aux bouleversements climatiques à venir ?

Lionel : « Non. Les métropoles concentrent souvent les moyens humains et financiers alors que les petites communes disposent de peu de ressources techniques pour anticiper ces transformations.

« L’adaptation ne se décrète pas depuis le sommet. Elle suppose des lieux où l’on peut apprendre, expérimenter et partager des solutions concrètes. »

C’est précisément la vocation de Chabanusse. »

Mr Mondialisation : Quelles sont aujourd’hui les principales vulnérabilités que vous observez sur le terrain ?

Lionel : « L’eau est au cœur de tous les enjeux. Les sécheresses s’intensifient, les nappes réagissent plus rapidement et il devient indispensable d’apprendre à stocker et gérer cette ressource différemment.

À cela s’ajoutent des calendriers agricoles bouleversés, une biodiversité qui s’érode et des besoins énergétiques croissants. Le plus inquiétant est que toutes ces vulnérabilités se renforcent mutuellement. »

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Mr Mondialisation : Vous produisez et diffusez vos propres travaux. Pourquoi avoir fait le choix de la science ouverte ?

Lionel : « Les connaissances existent souvent déjà, mais elles sont dispersées ou difficiles d’accès pour les acteurs locaux. Notre démarche consiste à produire des données transparentes, à distinguer clairement ce qui est démontré de ce qui reste à vérifier et à publier méthodes comme résultats sous licence libre.

Nous ne demandons pas aux gens de nous croire : nous voulons leur donner les moyens de vérifier, reproduire et enrichir ces connaissances.

« L’adaptation climatique ne peut pas reposer sur des savoirs réservés à quelques-uns. Si une méthode permet de mieux gérer l’eau ou de protéger des cultures, elle doit être accessible à tous. »

Le savoir libre est une condition de l’autonomie des territoires et, au fond, de la démocratie locale. »

Mr Mondialisation : Comment préservez-vous votre indépendance intellectuelle et scientifique ?

Lionel : « Nous avons fixé deux règles simples : aucun financeur ne peut représenter plus d’un tiers de nos ressources et aucun ne peut exiger la confidentialité de nos résultats. Tous nos travaux sont publiés en licence ouverte. La pluralité des soutiens et la transparence sont les meilleures garanties de notre indépendance. »

Mr Mondialisation : Le projet de walipini constitue l’une de vos réalisations les plus visibles. Quels enseignements espérez-vous en tirer ?

Lionel : « Le walipini est avant tout un démonstrateur scientifique. Nous allons mesurer son comportement thermique, ses besoins en eau, ses rendements et ses coûts dans les conditions climatiques du centre de la France.

Notre objectif est de produire des données fiables et un cahier des charges reproductible afin que d’autres territoires puissent s’approprier cette solution en connaissance de ses atouts comme de ses limites. »

Mr Mondialisation : Quel rôle les individus peuvent-ils jouer dans la construction des solutions face aux crises environnementales ?

Lionel : « Un rôle central. Les citoyens ne sont pas seulement destinataires des politiques publiques : ils peuvent devenir observateurs, co-concepteurs et relais de diffusion des connaissances. Les solutions les plus robustes naissent de la rencontre entre les savoirs scientifiques, techniques et les expériences du terrain. »

Mr Mondialisation : À travers Walipini Terres Vivantes, cherchez-vous seulement à expérimenter des solutions techniques ou aussi à défendre une autre vision de la société ?

Lionel : « Les deux sont indissociables. La résilience n’est pas un produit que l’on livre à un territoire : c’est une capacité qui se construit collectivement, en changeant notre rapport à la connaissance, au temps et au vivant.

Ce trou creusé dans la terre de l’Allier n’est pas un bunker pour survivalistes. C’est un laboratoire qui montre qu’il est encore possible de bâtir des solutions utiles et résilientes avec trois ingrédients simples : du sol, de l’eau et du temps. »

Mauricette Baelen


Photo de couverture : Walipini Terres Vivantes

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