Il y a des records dont l’humanité se passerait bien. 2017 vient d’être déclarée l’année record en terme d’émissions de gaz à effet de serre. Jamais dans l’histoire de l’humanité nous n’avons rejeté autant de CO2 dans l’atmosphère qu’aujourd’hui. De quoi mettre en perspective le « succès » déclaré de la croissance mondiale frôlant les 4% la même année.

Alors que le jour du Dépassement Mondial, calculé en comparant la consommation concrète de l’humanité en ressources écologiques (Empreinte Écologique) à la capacité de régénération de la Terre (Biocapacité), vient d’être franchi avec 3 mois d’avance par rapport aux années 2000, une autre information vient enfoncer le clou des arguments des écologistes. 2017 est une année record historique en matière de pollutions à impact climatique. L’humanité n’a jamais autant rejeté de gaz à effet de serre de toute son histoire.

Fruit d’une participation de 500 scientifiques dans 65 pays, le dernier rapport de l’Agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA), publié dans le Bulletin of the American Meteorological Society, laisse peu de place au doute. Jamais le taux de concentration des différents gaz à effet de serre relâchés dans l’atmosphère n’a été aussi élevé. Déjà en 2016, les chiffres avaient de quoi interpeler. Cette année encore : tous les indicateurs environnementaux sont au rouge.

Source : https://www.overshootday.org/

Tout d’abord, les concentrations moyennes dans notre atmosphère de CO2, de méthane et de N₂O, les trois gaz les plus dangereux pour la planète, battent de nouveaux records. En matière de CO2, la concentration moyenne atteint les 405 ppm (NB : déjà 411 en mai 2018). À titre de comparaison, de taux était d’environ 280 ppm juste avant l’ère des énergies fossiles. Mais la terre a déjà connu un tel taux de 400+ de ppm ! Lors du Pléistocène, il y a 5 millions d’années. La température moyenne était alors jusqu’à 10 degrés plus élevée. L’Arctique était un océan sans glace et le niveau des mers faisaient 40 mètres de plus. Ce qui permet aux scientifiques d’affirmer sans l’ombre d’un doute que le réchauffement actuel n’est pas un cycle naturel, c’est son extrême rapidité, des milliers de fois trop rapide pour permettre une quelconque adaptation des écosystèmes.

Mais leurs données ne se limitent pas au CO2. La température de surface des océans est également en augmentation sur le moyen terme bien qu’elle soit légèrement inférieure à 2016. Les zones de sécheresse, la couverture de glace aux pôles, et la santé des récifs coralliens sont également des indicateurs qui alertent les scientifiques. En outre, on a enregistré une légère augmentation du nombre de cyclones pendant l’année. Enfin, en matière de températures moyennes, 2017 fait partie des 3 années les plus chaudes jamais enregistrées depuis le milieu du XIXe siècle, après 2016 et 2015 ! Tempêtes, incidents climatiques et sécheresses survenues l’année dernière sont clairement qualifiées d’anormales par les scientifiques du NOAA. Anomalies qui se payent au prix de vies humaines.

Dessin : Nawak

Cibler la source du désastre

En septembre dernier, des scientifiques publiaient une étude sur l’origine économique des émissions de gaz à effet de serre sur une très longue période (130 ans). Ils mettaient alors en évidence 90 compagnies qui ont contribué à elles seules dans 50% de toutes les émissions émises depuis la fin du 19e siècle lors de la seconde révolution industrielle. 83 de ces sociétés produisent du charbon, du pétrole ou du gaz naturel. On retrouve de grands noms comme BP, Royal Dutch Shell, Total ou BHP Billiton.  Des entreprises cotées en bourse qui ne souffrent d’aucune crise économique. Les 7 suivantes sont des sociétés de production de béton.

Pour le reste, on sait également que l’industrie de la viande joue un rôle prépondérant dans la pollution responsable du réchauffement climatique. Des chercheurs du GRAIN et de la Fondation Heinrich Böll ont déterminé récemment que les 3 plus gros producteurs de viande polluent autant que la France entière. Évidemment, si les entreprises jouent un rôle central par leur offre sur les marchés, états et populations dansent le plus souvent de concert avec elles par leurs choix politiques et modes de vie. La problématique est désormais systémique. Course à la croissance, aux profits, le culte de l’entreprise, l’égoïsme, l’avidité et l’impuissance des états-nations, créent les conditions de notre annihilation collective.


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Étude : The rise in global atmospheric CO2, surface temperature, and sea level from emissions traced to major carbon producers. Ekwurzel, B., Boneham, J., Dalton, M.W. et al. Climatic Change (2017) 144: 579. https://doi.org/10.1007/s10584-017-1978-0