L’année 2025 a été marquée par des révoltes populaires sur plusieurs continents, dans des contextes politiques et sociaux très différents. Un point commun se dégage pourtant : ces mouvements sont souvent initiés, structurés ou amplifiés par la Gen Z. Loin d’une jeunesse prétendument apathique, une génération entière entre en conflit ouvert avec l’ordre établi.

Corruption, précarité, recul des libertés, crise écologique, colonialisme : pour une grande partie de la jeunesse mondiale, la promesse d’avenir s’est effondrée. La Génération Z, née avec les réseaux sociaux, dispose désormais d’outils d’organisation horizontale. Ces outils lui permettent de contourner les structures politiques traditionnelles.

En 2025, cette colère diffuse s’est transformée en mobilisations concrètes, visibles à travers le monde entier. Ces mouvements ont dépassé le cadre local pour devenir une contestation globale des systèmes de pouvoir. L’élan de la jeunesse a souvent entraîné des générations plus âgées autour d’exigences communes de justice sociale et de dignité.

Mobilisation étudiante au Bengladesh – Wikimedia Commons

Népal : une révolte victorieuse et une transition politique inédite

En 2025, le Népal est devenu un exemple emblématique de mobilisation de la Génération Z débouchant sur une victoire politique tangible. Porté par des étudiant·es et jeunes travailleur·euses, le mouvement dénonçait la corruption, le népotisme, l’absence de perspectives et les tentatives de contrôle des espaces numériques d’organisation. La répression policière et la mort de manifestant·es ont élargi la contestation, ancrée durablement à la fois dans la rue et en ligne.

Face à une pression populaire continue, le gouvernement a fini par tomber. Fait inédit, une Première ministre intérimaire a été désignée : Sushila Karki, ex-cheffe de la Cour suprême réputée pour son combat contre la corruption. Elle a été choisie lors d’un vote sur Discord organisé par les collectifs mobilisés. Une commission d’enquête indépendante a également été mise en place pour faire la lumière sur la mort des manifestant·es.

Au Népal, cette séquence marque une rupture historique : pour la première fois, une mobilisation à la fois numérique et de rue, initiée par la jeunesse, débouche sur une transition politique réelle. Pour la Génération Z népalaise, c’est la preuve qu’un rapport de force populaire peut renverser l’ordre établi.

Madagascar : une victoire populaire aux contours fragiles

En 2025, Madagascar a connu une mobilisation sociale d’ampleur, portée par une jeunesse confrontée à l’effondrement des conditions de vie. À Antananarivo comme dans d’autres grandes villes, les manifestant·es ont dénoncé les coupures massives d’eau et d’électricité, la corruption et l’incapacité du pouvoir à assurer des services publics élémentaires. Très active sur les réseaux sociaux, la Génération Z a joué un rôle moteur dans l’organisation et l’extension du mouvement.

Sous la pression de la rue, le gouvernement a fini par tomber. Mais cette victoire reste ambivalente : le pouvoir a été repris par l’armée, présentée comme une autorité de transition. Si le départ de l’exécutif marque un succès indéniable pour la mobilisation populaire, la militarisation du pouvoir révèle aussi quelques limites. L’avenir demeure incertain.

Pérou : la Génération Z face à l’état d’urgence et à la répression

En 2025, la mobilisation de la Génération Z au Pérou s’est inscrite dans un contexte de durcissement autoritaire. À Lima et dans la région de Callao, les protestations portées par des collectifs de jeunes se sont heurtées à un état d’urgence proclamé par le pouvoir. Ce dernier a restreint le droit de manifester et militarisé l’espace public. Cette réponse sécuritaire n’a pas apaisé la colère sociale, malgré la destitution de la présidente.

Les mobilisations dénoncent un système jugé structurellement corrompu, incapable de répondre à l’insécurité, à la précarité et aux inégalités. La mort d’un jeune rappeur lors d’une manifestation a agi comme un catalyseur, transformant la contestation en symbole national. Les arrestations massives et les violences policières n’ont pas mis fin au mouvement. Une circulation continue d’images et de récits sur les réseaux sociaux l’alimente.

Si la chute de la présidente constitue une victoire partielle, elle ne règle rien sur le fond. D’une part, le président par intérim, José Jeri est contesté, et d’autre part, la Génération Z péruvienne ne lutte pas seulement contre un exécutif, mais contre un ordre institutionnel corrompu et à bout de souffle, contraint de gouverner par la force face à une jeunesse qui refuse désormais le silence.

Bulgarie : la Gen Z fait tomber le gouvernement

Fin novembre 2025, de vastes mobilisations ont éclaté en Bulgarie après l’annonce d’un budget 2026 jugé injuste. Ce dernier impose une hausse des cotisations sociales et des taxes, qui frappe surtout les travailleur·euses et la jeunesse tout en graissant les réseaux clientélistes du pouvoir. Portée par des étudiant·es et jeunes activistes, la contestation s’est élargie, dénonçant corruption endémique, capture de l’État et emprise des oligarques.

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Ce mouvement a rassemblé des dizaines de milliers de personnes, avec des slogans exigeant la démission du gouvernement et une lutte réelle contre l’enrichissement des élites. Face à cette pression populaire persistante, le premier ministre Rossen Zhelyazkov a annoncé sa démission le 11 décembre 2025, marquant une victoire significative des mobilisations populaires.

Pourtant, cette victoire n’efface pas la fragilité du système politique bulgare : le pays entre en 2026 dans la zone euro sans gouvernement stable, et de nouvelles élections sont inévitables. Les manifestant·es continuent d’exiger une transformation profonde des structures politiques, pas seulement le remplacement de têtes.

Maroc : un soulèvement de la jeunesse frappé par la répression

En 2025, un mouvement de jeunes s’est organisé au Maroc sous le nom GenZ 212 (212 étant l’indicatif téléphonique national), exprimant une colère profonde contre la dégradation des services publics (santé, éducation), la précarité, le chômage des jeunes et les priorités budgétaires jugées élitistes. Ces mobilisations, coordonnées notamment via Discord, ont rassemblé des milliers de jeunes, réclamant des réformes structurelles et une redistribution des ressources vers l’intérêt collectif.

La réponse de l’État a été fortement répressive : des centaines de manifestant·es arrêté·es arbitrairement, détenu·es sans nourriture ni eau et parfois victimes de violences physiques graves en garde à vue. Plusieurs jeunes, dont des mineur·es, sont encore détenu·es des semaines après les premières mobilisations, et des peines lourdes (jusqu’à quinze ans) ont été prononcées contre certain·es manifestant·es.

De plus, trois protestataires ont été tués lors d’affrontements avec les forces de sécurité et de nombreuses familles dénoncent des violences sexistes et des mauvais traitements. Malgré l’ampleur du mouvement et une pression sociale réelle, la mobilisation GenZ 212 reste bloquée politiquement par la répression et l’absence de réponses structurelles gouvernementales, même si des appels à une réforme sociale ont été formulés en réaction.

Timor-Leste : une victoire symbolique contre les privilèges

En 2025, la Génération Z du Timor‑Leste a obtenu l’un des rares succès politiques nets de l’année. À Dili, des étudiant·es se sont mobilisé·es contre un projet d’achat de véhicules de luxe pour les parlementaires, jugé indécent dans un pays marqué par la pauvreté, le sous-développement des services publics et des inégalités économiques colossales. 70 % de sa population est âgée de moins de 35 ans. Organisée via les réseaux sociaux, la contestation dénonçait plus largement les privilèges politiques et l’accaparement des ressources publiques.

Après plusieurs jours de manifestations, le Parlement recule : le projet est annulé et les pensions à vie des ancien·nes député·es sont supprimées. Si l’ampleur du mouvement reste limitée, son impact est concret. Au Timor-Leste, cette séquence montre qu’une mobilisation jeune, ciblée et déterminée peut faire reculer des élites politiques jusque-là peu contestées, et inscrire la question de la justice sociale au cœur du débat public.

Lituanie : la jeunesse en première ligne pour défendre la liberté de la presse

En 2025, la Lituanie a connu une mobilisation remarquable autour de la défense de la liberté de la presse et des contre-pouvoirs démocratiques. À Vilnius, la capitale, près de 10 000 personnes se sont rassemblées devant le Parlement pour s’opposer à une réforme de la loi sur l’audiovisuel public, accusée de fragiliser l’indépendance de la radiotélévision nationale. Dans un pays de moins de trois millions d’habitant·es, cette mobilisation est massive.

La contestation est largement portée par des jeunes, étudiant·es et activistes de la Génération Z, principalement issu·es du secteur de la culture, qui voient dans cette réforme une tentative de mise au pas des médias critiques. La mobilisation a contraint le pouvoir à temporiser et à revoir sa copie.

Une génération sacrifiée mondialement reliée par une colère structurée

Ce qui relie ces mobilisations de la Génération Z au-delà des contextes nationaux – liste ci-dessus non exhaustive – c’est une colère politique structurée, issue d’une expérience sociale largement partagée. Pour beaucoup de jeunes, l’entrée dans l’âge adulte s’est faite sous le signe de la précarité : emplois instables, endettement, accès au logement bloqué, services publics dégradés.

À cela s’ajoute une crise écologique vécue comme une trahison intergénérationnelle : les conséquences sont déjà là, tandis que les décisions continuent d’être prises par des élites qui n’en subiront pas les effets. Ce sentiment d’abandon est renforcé par une exclusion quasi systématique des espaces de décision politique.

De cette situation naît une critique frontale des systèmes de pouvoir. Les mobilisations de cette année ne se contentent pas de réclamer des réformes marginales : elles ciblent la corruption, le népotisme, la captation des institutions par des intérêts privés et la confiscation démocratique. Nourrie par des décennies de promesses non tenues, la défiance envers les élites politiques et économiques est profonde.

Surtout, la Génération Z rejette explicitement le discours selon lequel « il n’y aurait pas d’alternatives » aux politiques d’austérité, à l’autoritarisme ou à la destruction écologique. Cette remise en cause idéologique constitue l’un des traits les plus marquants de ces mouvements.

« Les réseaux sociaux ne sont pas de simples outils de communication, mais des infrastructures politiques permettant l’auto-organisation, la coordination rapide et la diffusion de contre-récits. »

Une organisation horizontale et connectée

Cette colère s’exprime à travers des formes d’organisation spécifiques. Les réseaux sociaux ne sont pas de simples outils de communication, mais des infrastructures politiques permettant l’auto-organisation, la coordination rapide et la diffusion de contre-récits. La méfiance envers les partis traditionnels conduit à des structures horizontales, souvent informelles, mais efficaces. Les modes d’action, les slogans et les analyses circulent d’un pays à l’autre, donnant à ces luttes une dimension transnationale. Ce n’est pas une addition de colères locales, mais l’émergence d’une génération politiquement consciente de sa condition commune.

Gaza : le point de bascule moral et politique de la Génération Z

En 2024-2025, les mobilisations en solidarité avec Gaza se multiplient. Partout, des manifestations massives et répétées émergent, largement portées par des étudiant·es et de jeunes travailleur·euses. Elles investissent l’espace public, mais aussi les universités, les lieux culturels et les réseaux sociaux. Ces dernières permettent de construire une mobilisation durable, transnationale et coordonnée, hors des cadres diplomatiques traditionnels.

Cette dynamique s’accompagne d’une politisation anticoloniale assumée. La Génération Z emploie sans détour des termes longtemps marginalisés dans l’espace médiatique dominant – colonisation, apartheid, génocide – et rompt avec les récits institutionnels édulcorés. Elle refuse explicitement le deux poids, deux mesures en matière de droits humains, pointant l’hypocrisie des gouvernements qui invoquent le droit international de manière sélective. Pour aller plus loin il est possible de lire ou relire cet article : « Pourquoi parle-t-on (autant) de Gaza en France ? ».

La réponse des États agit comme un révélateur. Interdictions de manifester, criminalisation des rassemblements, pressions sur les universités et tentatives de disqualification morale des protestations se multiplient. Loin d’éteindre la mobilisation, cette répression renforce la conviction qu’un seuil a été franchi. Gaza cristallise désormais une ligne de fracture nette : accepter l’ordre du monde tel qu’il est, ou le contester frontalement au nom de l’égalité des vies.

De la jeunesse aux mobilisations populaires intergénérationnelles

L’un des traits marquants des mobilisations de 2025 a été leur capacité à dépasser le cadre générationnel. La Génération Z allume souvent l’étincelle, mais les mouvements s’élargissent vite : travailleur·euses précaires, agent·es publics, familles, retraité·es rejoignent la rue. Leurs revendications – dignité quotidienne, justice sociale, libertés fondamentales – résonnent au-delà de la jeunesse.

Cette dynamique favorise une recomposition des luttes sociales. Les clivages générationnels, longtemps instrumentalisés pour fragmenter les colères, tendent à s’estomper au profit d’exigences communes. Un imaginaire collectif de justice sociale refait surface, rompant avec des années de dépolitisation et de résignation.

La conflictualité politique, souvent disqualifiée comme archaïque ou dangereuse, redevient un outil légitime pour contester l’ordre établi. En ce sens, la Génération Z n’agit pas en vase clos : elle contribue à réactiver une culture de la mobilisation populaire plus large.

Pourquoi ces révoltes constituent un espoir de taille

Ces révoltes mettent avant tout fin au mythe d’une jeunesse apathique, enfermée dans le repli individuel ou la seule expression numérique. En 2025, la Génération Z a démontré que le conflit social reste un moteur démocratique essentiel, capable de remettre à l’agenda des questions que les institutions cherchent à neutraliser. Là où le consensus mou dominait, la confrontation politique réapparaît comme un outil légitime de transformation.

« Elles s’accompagnent d’une remise en cause explicite du modèle néolibéral, de ses politiques d’austérité et de ses dérives autoritaires, souvent présentées comme inévitables. »

Ces mobilisations opèrent aussi un recentrage sur l’essentiel. Derrière la diversité des contextes, les revendications convergent vers des exigences fondamentales : dignité matérielle, égalité, accès aux services publics, défense des libertés. Elles s’accompagnent d’une remise en cause explicite du modèle néolibéral, de ses politiques d’austérité et de ses dérives autoritaires, souvent présentées comme inévitables.

Cet espoir reste toutefois lucide. Les mouvements sont fragiles, exposés à la répression, à l’épuisement ou à la récupération politique. Mais une donnée semble irréversible : une génération entière s’est politisée par l’expérience directe de la lutte. Même lorsque les victoires sont partielles ou différées, le seuil de tolérance à l’injustice s’est durablement déplacé.

Elena Meilune


Photo de couverture : mobilisation étudiante au Bengladesh – Wikimedia Commons

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