Depuis six ans, le sanctuaire Le Repère recueille lions, chèvres, poules, chevaux ou encore rapaces. Situé à Champéon, en Mayenne, il soigne toutes les espèces sans distinction et sert de relais entre différentes structures d’accueil. Zoom sur une initiative qui, à l’instar de beaucoup d’autres, ne vit que de l’aide de ses donateurs.

[Temps de lecture estimé : ~ 8 min]

Biche renversée, chouette prise dans des barbelés, lions récupérés d’un cirque… Depuis leur installation, Marjorie, son compagnon Jean-René et leur bras droit de tous les instants Mattéo ne chôment pas. À contre-courant de leur ancienne vie parisienne et des préjugés encore ancrés dans le territoire où ils se sont installés, les responsables du Repère offrent une seconde chance et une vie digne à tous les animaux, sans distinction d’espèce.

Au sanctuaire Le Repère, faune sauvage locale, animaux domestiques, de rente ou exotiques ont tous leur place. Et s’ils sont atteints de maladie ou de handicap, ils sont certains d’y finir sereinement leurs jours. Grâce aux dons des particuliers et à des visites pédagogiques proposées par les bénévoles, Le Repère parvient à garder la tête hors de l’eau.

Mais dans un système où il est bien plus rentable d’exploiter les animaux que de lutter pour leur libération, faire vivre un sanctuaire demeure un combat du quotidien. Rencontre avec Marjorie, cofondatrice du Repère.

Parmi les pensionnaires Marjorie, de magnifiques loups ©Le Repère
Parmi les pensionnaires Marjorie, de magnifiques loups ©Le Repère

Mr Mondialisation : Quand et comment est né le sanctuaire Le Repère ?

Marjorie : « On est arrivés en 2020 en Mayenne, après avoir quitté la région parisienne dans le but de créer un refuge. Auparavant, j’étais ASV, assistante vétérinaire dans des structures hospitalières. Ensuite, j’ai travaillé en parc zoologique. J’ai toujours adoré les animaux, mais j’ai été pas mal dégoûtée par ces deux métiers… En structure zoologique surtout : ça ne correspondait pas du tout à ma façon de voir les choses. J’avais envie de continuer, mais différemment, pour travailler dans des conditions éthiques, à mon image. »

Mr Mondialisation : Pourquoi avoir choisi la Mayenne ?

Marjorie : « Par hasard ! On regardait sur les départements qui étaient à trois, quatre heures de la région parisienne. La Mayenne, c’est encore très vert, très rural, et on trouvait assez facilement des grands terrains à des prix raisonnables, du moins il y a six ans. On a donc trouvé une petite maison avec 7 hectares de terrain qui rentrait dans notre budget. »

Trois bénévoles sont présents à temps plein au sanctuaire ©Le Repère
Trois bénévoles sont présents à temps plein au sanctuaire ©Le Repère

Mr Mondialisation : Quand vous dites « on », c’est avec votre compagnon ?

Marjorie : « Oui, on a tout quitté avec mon conjoint, Jean-René, et ma fille. Une collègue nous avait également suivis à l’époque. Elle n’habite plus avec nous aujourd’hui, mais elle est restée dans le coin. »

Mr Mondialisation : Comment l’équipe fonctionne-t-elle au quotidien ?

Marjorie : « Il y a moi, mon conjoint et Mattéo. Disons que c’est l’équipe de base. Puis, il y a des bénévoles qui viennent plus ou moins régulièrement. On reçoit également beaucoup de stagiaires puisqu’on forme les gens au métier de soigneur animalier. »

« beaucoup de vétérinaires, notamment sur le plan sanitaire, ne veulent pas travailler avec nous. » 

Mr Mondialisation : Trouver des vétérinaires pour ce type de sanctuaire n’est pas chose aisée. Comment cela se passe-t-il pour Le Repère ?

Marjorie : « Effectivement, ce n’est pas simple. Notre vétérinaire n’est pas à côté, puisqu’elle est basée à Montpellier… Elle s’occupe principalement des animaux sauvages, notamment les grands félins. Pour nos animaux de ferme et la faune sauvage locale, nous avons des vétérinaires en Mayenne. Mais ça n’a pas été facile, car c’est une région très rurale : on est un peu regardés avec des gros yeux quand on demande de soigner des animaux de ferme…

C’est un peu mieux au bout de six ans, notamment parce qu’on a un discours clair et qu’on est très présents sur les réseaux… Mais beaucoup de vétérinaires, notamment sur le plan sanitaire, ne veulent pas travailler avec nous. C’est compliqué de leur faire comprendre que ce ne sont plus des animaux de rente. Après, je me dis qu’à un moment, ça viendra… »

Soigner des animaux de ferme non destinés à la consommation reste un combat ©Le Repère
Soigner des animaux de ferme non destinés à la consommation reste un combat ©Le Repère

Mr Mondialisation : En termes de fonds, comment fonctionnez-vous ?

Marjorie : « Uniquement par le don. C’est pour ça qu’on essaie d’être très présents sur les réseaux. Malheureusement, nous n’avons aucune subvention. Que ce soit auprès du département ou de la commune, on s’est toujours fait recaler. On ne correspond pas à leur éthique… »

Mr Mondialisation : Est-ce que les dons couvrent quand même vos besoins ?

Marjorie : « Ça fait six ans qu’on existe et qu’on s’en sort. Nous sommes tous bénévoles, il n’y a aucun salarié. Les dons parviennent toutefois à assurer nos sauvetages, à nourrir et à soigner nos animaux. Mais c’est un combat ! »

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Mr Mondialisation : Comment récupérez-vous vos animaux ?

Marjorie : « Par plein de biais différents. D’abord, des particuliers pour des abandons. Il y a aussi des cas de maltraitance : on y répond dans la mesure du possible, selon les places disponibles. On peut également agir dans le cadre de dépôts de plainte. Concernant les lions qu’on avait accueillis, par exemple, c’était un abandon de cirque. Certains sont partis dans d’autres sanctuaires, d’autres sont décédés car ils étaient âgés, mais on en a toujours quelques-uns.

On recueille aussi des petits félins détenus chez des particuliers. Sans oublier la faune sauvage locale qu’on accueille en urgence, car il n’y a plus de centre de soins en Mayenne. Donc on accueille, on met en sécurité et ensuite on organise des transferts vers des centres de soins un peu partout en France. Tout ça, 24h/24 et 7j/7… »

Dépourvue de centre de soins pour la faune sauvage, la Mayenne ne peut compter que sur Le Repère ©Le Repère
Dépourvue de centre de soins pour la faune sauvage, la Mayenne ne peut compter que sur Le Repère ©Le Repère

Mr Mondialisation : Quand on s’investit corps et âme dans ce type de projet, on a parfois du mal à dire non, quitte à se faire dépasser. Est-ce que cela peut vous arriver ?

Marjorie : « Bon, mon conjoint va dire que je ne le suis pas, mais si ! (rires) On fait très peu d’adoptions parce qu’on n’est pas un refuge, mais un sanctuaire. Au départ, le but était de garder tous les animaux, mais la case adoption est devenue obligatoire pour, justement, ne pas se faire déborder.

En fin de compte, on ne veut pas perdre notre objectif de base, à savoir aider les animaux. On reçoit beaucoup d’appels et on tente vraiment de ne jamais fermer la porte. Pour cela, on a sollicité, au fur et à mesure des années, un réseau avec plein de personnes et d’associations différentes, pour tous les types d’animaux.

« Je me sens responsable de tous les animaux, dès le premier appel. » 

On ne laisse jamais les gens sans solution, et c’est pour cela qu’on gère aussi beaucoup de sauvetages. Je me sens responsable de tous les animaux, dès le premier appel. Je dois donc toujours trouver une solution, et prendre des nouvelles si le sanctuaire n’a pas pu recueillir l’animal. »

Mr Mondialisation : Vous êtes-vous déjà retrouvés au complet ?

Marjorie : « Le fait est qu’on garde souvent les animaux qui ont un problème, une maladie ou un handicap quelconque. Malheureusement, ce sont aussi ceux-là qui partent le plus vite… Donc le « turn-over » se fait assez naturellement et, en six ans, on n’a jamais été saturés. Le maximum qu’on ait eu, ce devait être 200 animaux – sachant que cela inclus les oiseaux. Actuellement, on est autour de 150…. et ma foi, on arrive à sa débrouiller ! »

Tout le monde a sa place au sanctuaire ! ©Le Repère
Tout le monde a sa place au sanctuaire ! ©Le Repère

Mr Mondialisation : uelles sont les principales difficultés auxquelles vous devez faire face ?

Marjorie : « Malheureusement, forcément, l’argent. Imaginez la facture vétérinaire pour 150 animaux… Après, c’est aussi compliqué psychologiquement. C’est beaucoup de stress, d’anxiété, que ce soit pour faire tourner le sanctuaire au quotidien comme pour faire face à tout ce qu’on voit. »

Mr Mondialisation : Avez-vous le sentiment que la France manque de ce type de refuge ?

Marjorie : « Oui, ça manque. Il y a beaucoup trop de maltraitance, partout, pour qu’on soit suffisamment nombreux à gérer. C’est déjà le cas avec les animaux domestiques, et c’est pire avec les animaux de ferme. Même si nous sommes de plus en plus nombreux, ce n’est pas encore assez par rapport à la demande.

Concernant les animaux sauvages, c’est encore pire car c’est réglementé par des autorisations et que l’État ne fait rien pour nous aider. Quand on fait des demandes, ça prend des mois, voire des années. Ils ne nous répondent pas, ils n’ont pas envie que ça se fasse. Ce que j’entends sur les cirques en 2028 me fait doucement rire, parce qu’on a des places de disponibles mais l’administration nous bloque ! »

Malgré la multiplication des refuges, l'offre n'est pas encore suffisante ©Le Repère
Malgré la multiplication des refuges, l’offre n’est pas encore suffisante ©Le Repère

Mr Mondialisation : Du coup, que diriez-vous à quelqu’un qui aurait envie de se lancer et de créer son propre refuge ?

Marjorie : « Qu’il faut vraiment être motivé. Vraiment. Il va falloir se battre. Sans argent, d’une, on ne peut rien faire. Et psychologiquement, ce qu’on voit est très dur. J’ai envie de dire qu’on est rarement heureux… Il faut vraiment avoir le coeur bien accroché et la tête sur les épaules pour ne pas finir dépressif !

« Il faut être prêt à faire un certain nombre de sacrifices. » 

Au Repère, on accueille des gens qui viennent passer du temps avec nous. Quand ils repartent, ils ont toujours envie, donc c’est motivant car ils ont vu la réalité du terrain. Notamment ce qu’on ne montre pas forcément sur les réseaux… Ça change une vie complètement, on n’a pas pris de congés depuis six ans. Il faut donc être prêt à faire un certain nombre de sacrifices. »

Mr Mondialisation : L’idée de multiplier les micro-refuges pourrait-il être un début de solution ?

Marjorie : « Oui, ça, c’est génial. Prendre juste quelques animaux et leur offrir une vie digne. On a réussi à faire quelques adoptions responsables en Mayenne, auprès de personnes qui veulent simplement sauver des animaux. Je trouve ça super. Dans ces cas-là, on reçoit des nouvelles de nos animaux, qui sont super bien. »

Le sanctuaire ne fonctionne que grâce aux dons des particuliers ©Le Repère
Le sanctuaire ne fonctionne que grâce aux dons des particuliers ©Le Repère

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Entretien réalisé par Marie Waclaw


Photo de couverture : ©Le Repère

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