Dans une société où la parentalité se vit souvent dans l’isolement, où les solidarités de proximité sont fragilisées et où les enfants évoluent dans un monde pensé avant tout par et pour les adultes, des voix appellent à refaire du commun autour de l’enfance. Car prendre soin des enfants ne relève pas seulement de la sphère privée : c’est une question profondément politique. C’est de ce constat qu’est née la Trappe, un projet de lieu d’accueil parents-enfants en cours de création en Auvergne.

À Domaize, dans le Puy-de-Dôme, un collectif est en train de donner vie à la Trappe, un lieu d’accueil parents-enfants pensé comme un lieu-refuge, ouvert à toutes et tous. Projet enfantiste, féministe et de sécurité sociale populaire, la Trappe se définit comme un lieu de recherche et d’expérimentation populaire autour de la parentalité, de la coopération entre adultes et enfants et de la place des plus jeunes. Un projet qui entend réinventer l’enfance et la parentalité collective.

Wikipedia.

Prendre soin des enfants… et des parents

L’arrivée d’un bébé, les nuits trop courtes, la fatigue qui s’accumule, le besoin de cuisiner sans devoir tout gérer seul·e, de prendre une douche en toute tranquillité ou simplement d’échanger quelques mots avec un autre adulte. Autant de situations ordinaires qui, pour beaucoup de jeunes parents, se vivent aujourd’hui dans un profond isolement.

Beaucoup de parents avancent avec très peu de soutien humain autour d’eux. La Trappe est née de ce besoin : créer un endroit où l’on peut venir une heure, une journée ou plus longtemps, souffler un peu, être entouré·e, partager un repas, discuter pendant que les enfants jouent ou simplement ne plus porter seul·e.

La Trappe

L’idée est d’avoir accès à des ressources pendant la grossesse et le post-partum, d’échanger sur le quotidien avec un bébé, de rencontrer d’autres parents, de se reposer et de jouer. Prendre soin des enfants, c’est aussi prendre soin des adultes qui les accompagnent.

Mais la Trappe ne veut pas seulement accueillir les familles : elle souhaite créer un lieu pensé à hauteur d’enfant. Parce que les enfants vivent dans un monde largement conçu par et pour les adultes, leurs besoins, leur rythme et leur voix doivent compter pleinement dans l’organisation du lieu.

Expérimenter des enfances et parentalités collectives

Le collectif de la Trappe souhaite explorer une autre voie que celle de l’individualisme : construire un lieu où puissent s’expérimenter collectivement des manières de vivre qui consomment moins de ressources tout en améliorant la qualité de vie. Partager certains espaces plutôt que les multiplier, mutualiser des outils et des savoir-faire, prendre soin des enfants à plusieurs, découvrir qu’en faisant village, on peut parfois vivre mieux… avec moins.

Comment accompagner des enfants à plusieurs ? Comment mutualiser les outils, les réflexions, les espaces essentiels à l’accompagnement des enfants et à la parentalité ? Comment permettre à un adulte de souffler pendant qu’un autre joue avec les enfants ? L’objectif n’est pas de dire comment faire, mais d’offrir un endroit où chacun·e peut venir essayer, quelques heures, quelques jours ou plus longtemps, avant de repartir avec des idées qu’il ou elle aura envie d’adapter chez soi.

La Trappe

Une maison ouverte

La Trappe n’est pas pensée comme un lieu avec des horaires d’ouverture fixes. L’idée est plutôt que chacun·e puisse y passer lorsqu’il en ressent le besoin. Certains jours, un repas sera en train de se préparer ou un chantier collectif sera en cours ; d’autres, le lieu sera plus calme. Il sera possible de venir y prendre une boisson, de bricoler, papoter, laisser les enfants jouer en sécurité ou simplement changer d’air après une nuit compliquée.

L’équipe de la Trappe ne veut pas que les plus jeunes soient simplement tolérés dans les marges de la vie adulte. Elle considère que ce n’est pas aux enfants de trouver leur place dans un monde pensé sans eux, mais aux adultes d’imaginer avec eux des espaces où ils puissent participer, explorer, apprendre, jouer et grandir pleinement. Cette attention collective permet aussi de partager une partie de la charge mentale liée aux enfants.

La Trappe

Pour les enfants, l’équipe imagine un véritable terrain d’aventures : des cabanes dans les bois, des outils à disposition, d’autres enfants avec qui grandir, des adultes disponibles, de la nature, du mouvement et du temps passé dehors.

Déjà deux ans de rencontres parents-enfants

L’histoire de la Trappe commence avec une expérience très concrète. Arrivée en Auvergne avec un bébé de deux mois, Anouk se retrouve très seule au quotidien. Elle découvre « cette fatigue particulière des jeunes parents » et ressent « ce besoin immense de trouver des lieux où l’on peut simplement être là avec son bébé sans devoir tout porter seul·e ». Elle se souvient :

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« Quand je suis devenue maman, j’ai découvert à quel point il pouvait être difficile d’élever un enfant en étant souvent seule au quotidien. J’ai aussi découvert combien la présence d’autres adultes, d’autres enfants, d’autres regards bienveillants pouvait tout changer. »

En 2024, Anouk et Nicolas commencent à organiser des temps d’accueil parents-enfants à La Perm, à Billom. Très vite, une évidence s’impose : beaucoup de familles cherchent déjà à refaire village autour des enfants. Depuis deux ans, la Trappe a pris la forme de rencontres mensuelles, de discussions, de plans de cabanes dessinés dans des carnets et d’un même rêve partagé : créer le lieu qu’ils auraient aimé trouver en devenant parents.

Un rêve devenu concret avec une grange à rénover

Aujourd’hui, ce rêve devient concret. L’équipe a trouvé une grange et un terrain boisé d’environ 8 000 m² à Domaize. Le lieu est en cours d’achat et, en août 2026, il sera définitivement sorti du marché immobilier grâce aux Communs des bois, une association d’auto-défense administrative gérée par ses usager·ères.

Cette structure souhaite faciliter les expérimentations communalistes en collectant terres, richesses et biens afin de les soustraire au système marchand pour en faire des communs dans l’esprit de la sécurité sociale de 1945. L’usage du lieu est en cours de transmission à l’association La Trappe, qui en assurera la gestion et développera les activités.

La Trappe

Les travaux restent entièrement à réaliser. Une grande partie sera menée par l’équipe, avec l’aide de bénévoles et lors de chantiers participatifs. Une campagne de financement participatif a donc été lancée. Un premier palier de 12 500 € permettra de rendre le lieu sommairement habitable : raccordement à l’eau, compteur de chantier, installation photovoltaïque d’occasion, yourte et plateforme, sécurisation de la grange, cuisine et salle de bain provisoires.

Le deuxième palier, de 44 600 € cumulés, financera la transformation de la grange en véritable lieu de vie. Le troisième, de 58 300 € cumulés, permettra la construction d’une grande salle commune de 80 m² adaptée aux tout-petits, équipée d’un poêle de masse.

La Trappe

L’aventure de la Trappe peut être suivie sur Instagram, via un canal Telegram et sur le site de la campagne de financement. Le fonds de dotation de cette campagne est reconnu d’intérêt général : chaque don ouvre droit à une réduction d’impôt de 66 %.

Soutenir la Trappe, c’est contribuer à rendre possible un endroit où les premières années avec des enfants pourront se vivre un peu moins seul·e. Et, faire circuler cette idée constitue déjà un soutien précieux.

Victoria Berni-André

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