En France, demander un plat à emporter constitue désormais une norme dans la restauration. À l’inverse, demander d’emporter de la nourriture sans générer aucun déchet est loin d’être acquis, et ce autant du côté des consommateurs que des restaurateurs. Or ce n’est pas la législation anti-gaspillage prévue en 2020 qui va bousculer l’ordre des choses, tant la présence des lobbies est forte et le manque de volonté politique présent. Afin de pallier à ces lacunes, des collectifs et entreprises s’organisent alors pour réduire les déchets liés aux contenants alimentaires à usage unique le plus souvent fabriqués en plastique. C’est notamment l’objectif de Dabba consigne, à Grenoble.

Chaque jour, en France, plus d’un million de repas à emporter sont consommés. Ce nouveau mode de consommation n’est pas sans conséquences sur l’environnement : il génère des quantités importantes de déchets (emballages plastiques, serviettes en papier et autres gobelets à utilisation unique). Une grande partie d’entre eux sont fabriqués à partir de matières non renouvelables et difficilement recyclables. Sans compter le fait qu’ils sont la source majeure du littering urbain, soit l‘abandon de déchets sur la voie publique, bien avant les journaux et les mégots de cigarettes.

Face à l’urgence de l’enjeu et pour répondre aux objectifs fixés par la loi anti-gaspillage, les restaurateurs, les entreprises et les consommateurs ont besoin d’être accompagnés. C’est en partant de ce constat que Dabba consigne a été créé ! L’objectif ? Réduire à la source les déchets liés aux contenants alimentaires à usage unique, à travers trois piliers : un service de consigne, un service de lavage professionnel et un accompagnement des acteurs du territoire. « Dabba » fait référence aux dabbawallahs, ces livreurs qui desservent chaque jour les lunchboxs dans les dédales de la gigantesque ville de Bombay. Caroline et Marion, co-fondatrices du projet, s’en sont inspirées afin de penser un système de consigne simple, intuitif et sans contraintes. Explications.

Aux origines de Dabba consigne

À l’origine de ce projet, deux jeunes femmes qui ne manquent pas d’idées pour repenser la restauration à l’aune des enjeux socio-écologiques : Caroline et Marion. Caroline Laubertie, citoyenne gourmande et engagée, a eu le déclic en déballant une commande de sushis et en prenant conscience de la masse de déchets. En septembre 2019, elle quitte son job dans l’industrie avec l’ambition de lancer un système de consigne dans le bassin Grenoblois.
Quant à Marion Scapin, c’est une longue histoire ! Après différentes expériences commerciales, elle est décidée à monter son propre projet et, surtout, à accomplir son rêve de faire un tour du monde. Avant le départ, Marion prend du temps pour elle, et pour questionner la société dans laquelle elle vit. Jusqu’au jour où elle regarde l’enquête de Cash Investigation, concernant le plastique (2018) : c’est le grand déclic. Dès le lendemain, elle rejoint l’association Zero Waste Grenoble et s’engage de plus en plus vers une consommation durable. Or sa véritable prise de conscience écologique prend racine lors de ses voyages. Elle nous raconte :
« Le voyage étant déjà prévu, je pars en essayant de réduire les vols, et d’être une touriste plus éco-responsable. Je voyage en stop, en bus local, mais je n’arrête pas l’avion pour autant, donc je culpabilise. Au fil des mois, ma conscience évolue et je me refuse même d’aller dans des endroits trop touristiques car je ne supporte plus l’impact que l’on engendre dans ces lieux. Et non, presque un an plus tard, je ne regrette toujours pas de ne pas être allée au Machu Picchu ! Dans les trois derniers mois de cette année 2019 autour du globe, je décide d’arrêter de prendre l’avion, et parcours l’Amérique du Sud de manière exclusivement terrestre, quitte à renoncer à des destinations dont j’avais rêvé. »
Marion, à gauche, et Caroline, à droite / Crédits photo : Dabba consigne

« La force de dabba c’est cette union de deux personnes qui ont des talents et compétences opposées. »

De retour en France, alors qu’elle réfléchit à monter un projet associant les valeurs écologiques et sociales qu’elle défend, elle prend connaissance d’un nouveau phénomène qui s’est développé en France pendant son année d’absence : le take away Zéro Déchet. Après quelques recherches, elle tombe très vite sur le projet de Caroline, qui recherche une associée :
« Un échange de sms plus tard, on se retrouve dans un café qui deviendra notre premier partenaire (L’Impertinence) et on se rend compte de nos complémentarités : Caroline a travaillé 10 ans dans l’industrie et dans des grands groupes, sur des missions d’amélioration continue et de gestion de projets stratégiques. Moi, c’est une expérience très terrain, commerciale mais également en communication / réseaux sociaux. Le feeling est de suite passé, malgré notre différence d’âge et de parcours. La force de Dabba c’est cette union de deux personnes qui ont des talents et compétences opposées. »

Ensemble, elles créent alors Dabba, une jeune structure de l’Economie Sociale et Solidaire qui fournit aux professionnels de la restauration des contenants en verre made in France. Première initiative de ce type en Auvergne-Rhône-Alpes, Dabba agit pour réduire à la source les déchets liés aux contenants alimentaires à usage unique à travers trois piliers : un service de consigne, un service de lavage professionnel et un accompagnement des acteurs du territoire.

Crédits photo : Dabba consigne

La consigne oui, mais sans contraintes !

Les restaurateurs ayant choisi de collaborer avec Dabba proposent à leurs clients de commander à emporter dans cette boîte réutilisable. La récompense ? un emballage jetable évité ! La première fois qu’il demande un « dabba », le consommateur paye une consigne de 5€. Ensuite, il le rapporte juste rincé dans n’importe quel restaurant du réseau. Il peut l’échanger contre un nouveau contenant ou obtenir un jeton consigne utilisable la prochaine fois qu’il commandera un plat à emporter.

Depuis le lancement (27 mai 2020), une dizaine de restaurateurs ont opté pour le service Dabba… ce sont déjà plus de 2000 emballages évités ! À l’heure où le jetable est controversé mais plus pratique pour les professionnels, Dabba a pour ambition de lever les contraintes liées à l’utilisation du contenant réutilisable : sortie de trésorerie pour l’achat, lavage après chaque utilisation, gestion de la consigne et des retours des contenants). Comment ? En lançant une station de lavage qui permet de faire de l’usage de contenants réutilisables non plus une contrainte mais une évidence pour la restauration, les traiteurs, le portage de repas à domicile ou encore la pause déjeuner en entreprise ! En parallèle, une application mobile est également en développement pour faciliter davantage la gestion de la consigne dans le milieu de la restauration.

« Nous rêvons d’un territoire où le contenant réutilisable est une évidence »

O bo bun, l’un des restaurateurs partenaires, a déjà adopté Dabba ! / Crédits photo : Dabba consigne

Un restaurateur partenaire témoigne :

« Quand j’ai rencontré dabba et ses contenants consignés, je n’ai pas hésité et j’ai rejoint le réseau. C’est une petite révolution sur le marché de la vente à emporter ! Le volume de déchets dans la restauration, même recyclable, est tellement important, c’est essentiel pour nous de faire quelque chose pour les réduire. Avant, des clients apportaient déjà leur propre boîte pour récupérer leur repas, et nous avons reçu beaucoup de retours positifs depuis que l’on propose les contenants consignés au restaurant. La force de dabba, c’est le réseau de restos partenaires avec une multitude de points de collecte sur le bassin grenoblois. » Mathieu, Hono Coffee House.

Un plat du Hono Coffee consigné par Dabba / Crédits photo : Dabba consigne
Crédits photo : Dabba consigne

Certes, par manque de volonté politique, la problématique du gaspillage alimentaire et des déchets reste difficile à résoudre aujourd’hui en France. Or, avec le projet Dabba consigne, Caroline et Marion prouvent que des solutions alternatives sont bel et bien envisageables, si l’on prend la peine de les chercher. Entreprendre de manière durable et engagée, c’est possible !

– Camille Bouko-levy

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