Les idées reçues sur les personnes qui choisissent de vivre autrement sont nombreuses. Avec la profonde sédentarisation de nos modes de vie, beaucoup pensent aujourd’hui que la seule et vraie vie possible se trouve dans l’habitat fixe et l’accumulation de choses matérielles. Travailler toute son existence pour rembourser un véhicule, une maison et tout ce qui peut y entrer est devenu gage de réussite sociale. Pas pour tout le monde. Certains échappent à ce modèle en adoptant un autre mode de vie.

Le mode de vie du consommateur moyen conviendra à la plupart des individus pour des questions de tranquillité, de confort et de sécurité. Il faut cependant prendre conscience que ce n’est pas le seul mode de vie qui existe. Qu’il n’y a pas véritablement de mode de vie idéal ou supérieur. Pourtant, la société continue de juger sévèrement ceux qui font le choix de vivre d’une manière alternative. On dit d’eux qu’ils vivent en marge, à l’écart, qu’ils sont différents, de doux rêveurs ou des profiteurs inactifs. Prenons le temps d’observer ces préjugés.

5 idées reçues désamorcées sur ces personnes qui vivent autrement

1 – Ceux qui vivent de manière alternative sont asociaux

C’est l’une des idées reçues les plus répandues sur les personnes qui vivent autrement. Ce mythe persistant consiste à dire que ceux qui font le choix de vivre dans un habitat alternatif, mobile ou non, vivent nécessairement coupés du monde. Dans l’imaginaire, persiste cette image d’une cabane isolée au fond des bois où survivent péniblement des individus qui ne seraient plus en mesure de communiquer avec les gens de la société civile. Pourtant, avec l’émergence de la communication de masse et la facilitation des transports, vivre autrement ne veut pas forcément dire s’isoler de tout. Bien au contraire, aujourd’hui, la plupart des individus qui choisissent un mode de vie alternatif le font pour recréer du lien social, source de rapports humains sincères. Par opposition, vivre dans un centre urbain à la démographie dense ne signifie être socialement actif. Dans le cas extrême de Tokyo, en dépit d’un accès facilité aux lieux de sociabilisation, l’isolement de certains individus est particulièrement remarquable au point de voir l’émergence de nouveaux troubles psychologiques.

Il n’y a donc pas une seule manière de vivre autrement et d’avoir une vie sociale épanouie. Parmi ceux qui font ce choix, on trouve évidemment les personnes qui vivent sur les routes, en Tiny House, en Van, camping-car ou encore en camion aménagé. Ces nomades rencontrent continuellement du monde sur les routes comme sur les lieux d’arrêt et s’enrichissent du vécu de chaque personne qu’ils croisent. On peut également citer les communautés construites pour mieux partager ensemble les moments du quotidien et régler les problèmes inévitable de la vie. On trouve ces communautés partout en Europe, et celles-ci sont aujourd’hui le plus souvent connectées aux considérations du monde, respectant l’adage du « penser global, agir local ». Enfin, il y a ces individus qui adoptent simplement un nouveau mode de vie, plus équitable et durable, tout en optant pour une maison écologique, une yourte, et pourquoi pas une cabane. Il existe aujourd’hui des solutions adaptées à toutes les bourses et envies.

Peut-on seulement dire qu’ils quittent la société ? Pas vraiment. Ils quittent symboliquement une image d’une certaine société, mais par la même, font évoluer celle-ci vers une mixité nouvelle des modes de vie.

longo-maï-communauté@ Communauté de Longo Maï – témoignage à lire ici

2 – Les personnes qui vivent autrement sont des utopistes qui « reviendront forcément à la réalité un jour ou l’autre »

Depuis notre naissance nous sommes tous inévitablement conditionnés par les structures de la société : étudier, trouver un emploi, fonder une famille, emprunter, se reproduire, et attendre la retraite en espérant grappiller quelques moments de bonheur et de liberté. Ce modèle hérité de l’industrialisation où l’activité humaine s’est fortement localisée autour des usines se brise peu à peu en morceau. La tertiarisation de l’économie et l’apparition d’une économie du savoir et de l’information permet à de plus en plus d’individus à tester de nouveaux modes de vie, donc d’habitat.

Par revendication écologique, pour réduire leur impact sur l’environnement et/ou par envie de liberté, des personnes embrassent une manière alternative de vivre autant qu’une autre conception de la vie. Souvent, la question de la simplicité volontaire, véritable fracture avec le modèle consumériste dominant, est au cœur de ce choix. Ces personnes mettent en place, parfois sans le réaliser pleinement, d’autres modèles économiques, écologiques, sociaux, qui fonctionnent et se nourrissent entre eux. Encore trop peu médiatisés et trop souvent caricaturés, les modes de vies alternatifs sont pourtant tout à fait viables sur le long terme. Grâce à l’internet, de nombreux exemples positifs alimentent les blogs et les réseaux sociaux, démontrant que tout est possible. Mais qui dit choix, dit renoncements…

11036978_873066476103407_329064854967671197_o@ vandogtraveller.com – témoignage à lire ici

3 – Les personnes qui vivent en communauté sont des illuminés

C’est l’une des autres idées reçues parmi les plus tenaces : ceux qui vivent en communauté ou en marge seraient des illuminés guidés par des gourous fanatiques et/ou des préceptes d’un autre âge. Bref, des éco-terroristes en herbe qu’on qualifie autant de nuisibles (quand ils n’ont pas de moyens) que de bobo-écolo quand ils en ont de trop. Pourtant, les portraits en témoignent, la grande majorité des communautés sont simplement composées de familles, de couples, de célibataires, de personnes de tous âges, qui ont tout bonnement fait le choix de vivre dans un environnement qui leur convient davantage. Rien de spectaculaire ni d’incroyable qui offriraient à nourrir les clichés les plus absurdes. Si bien qu’on peut penser que ceux qui perpétuent ces caricatures sont peut-être les seuls illuminés de l’histoire.

Dans son livre « Moins de biens, plus de liens« , Emeline de Bouver a étudié la vie de ces gens qui font le choix de vivre simplement. Chose étonnante, on découvre qu’ils sont en majorité des personnes ayant un bagage intellectuel et universitaire supérieur à la moyenne ! De quoi définitivement enterrer le mythe de l’écologiste-doux rêveur. Au contraire, cette génération semble faire un bilan clair et raisonné de la situation du monde et un choix proportionné en conséquence. Entourés de personnes qui ont le mêmes idéaux et la même volonté de changer les choses, ils aspirent à un monde plus humain, comme beaucoup de citoyens, plus solidaire et plus respectueux de l’environnement. Est-ce si fou que cela de vouloir un monde meilleur et d’agir pour cela ? Où est-ce simplement dans l’air du temps ?

@ Une famille française de « surfers » – un témoignage à lire ici

4 – Ceux qui vivent de manière alternative sont des profiteurs

Vous l’avez sans doute déjà entendu, cet argument réducteur qui condamne avant de comprendre : « Mais comment font-ils pour vivre financièrement ? Encore des profiteurs qui vivent de l’aide sociale ?! » C’est là une croyance terriblement persistante. Vivre de manière alternative ne veut pas dire être inactif. Que du contraire, la simplicité n’est pas le synonyme de la facilité. Pouvoir faire une croix sur un grand nombre de besoins, choisir un habitat différent ou plus petit, nécessite des sacrifices importants sans pour autant supprimer la nécessité de gagner sa vie.

Si on sait aujourd’hui qu’il existe un grand nombre de possibilité de vivre du télé-travail (graphiste, programmeur, photographe,..), d’autres subsistent par l’intermittence, des fonds propres, le troc, l’activité saisonnière, le wwoofing ou tout simplement un emploi en contrats courts. Leur situation économique n’est pas toujours facile, mais ils participent à leur niveau à l’économie de la société et créent des opportunités dans le domaine de la consommation alternative. Certes, ce mode de vie implique d’utiliser de nombreux « systèmes D » pour vivre correctement, mais, si on questionne les intéressés, leur liberté en vaut la chandelle. Qui peut les juger pour ça ?

@ La Tiny House de Laetitia – un témoignage à lire ici

5 – Ces personnes imposent leur mode de vie à leurs enfants

Quand on décide de vivre autrement et qu’on est en famille, on entraine forcément ses enfants dans son mode de vie. C’est indéniable. Mais, si on y réfléchit à deux fois, n’est-ce pas exactement la même problématique des familles sédentaires qui vivent au rythme du métro boulot dodo ? Dans tous les cas, toute famille impose inévitablement à ses enfants son mode de vie, pour le meilleur comme pour le pire. Au regard des expériences menées, on constate que les enfants de personnes adoptant un autre mode de vie vont recevoir une éducation plus proche de la nature, des équilibres du vivant, des considérations écologiques. Est-ce vraiment un mal ?

En définitive, vivre autrement ne fait pas de vous des irresponsables, encore moins vis à vis de votre progéniture. Personne à l’extérieur ne peut se porter juge de votre choix, d’autant plus dans une société où on estime que les parents démissionnent de plus en plus de leur rôle, le plus souvent en raison d’une surcharge de travail. Les personnes qui adaptent un autre mode de vie donnent aussi une éducation à leurs enfants, en faisant par exemple l’école à la maison, en exposant leurs enfants à la réalité du terrain où même en scolarisant dans différentes écoles. Les enfants apprennent tout aussi bien, à leur rythme, rencontrent d’autres enfants, sociabilisent, apprennent différentes langues. En réalité, on sous-estime la capacité des enfants à s’adapter à des situations différentes de « la norme ». Pour eux, ce mode de vie EST leur norme.

Chaque mode de vie possède donc ses avantages et ses inconvénients. Il n’y en a pas un meilleur que les autres. Adeptes de modes de vies alternatifs où sédentaires, tous doivent accepter que d’autres envisagent l’existence d’une autre manière, autant qu’il existe de modes de vie à travers les cultures et les pays à travers le monde. Au même titre qu’il n’est pas possible de juger l’origine, la couleur de peau ou la sexualité d’autrui, le fin mot de l’histoire revient à la Tolérance et l’Acceptation.


Article partenaire co-rédigé avec toitsalternatifs.fr

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