Habitat alternatif : ils veulent démocratiser la « tiny house » en France

Après avoir créé sa propre tiny house, dont nous avions parlé en 2014, Laëtitia s’est mis en tête de propager la bonne parole. Ce qui était initialement le choix d’une personne est devenu un projet professionnel : avec l’aide de deux amis, voilà qu’elle s’est lancée dans la fabrication assistée de ces petites maisons, revendiquant volontiers le principe de simplicité volontaire : « moins de biens, plus de liens » !

Alors que les valeurs de simplicité volontaire et d’auto-modération se développent dans la société française, notamment en réponse à une crise écologique fondée sur un système de consommation / production inique, l’attrait pour les nouveaux modes d’habitation suivent le mouvement. Nécessairement, la tiny-house (à ne pas confondre avec le mobil-home ou la caravane) fait son chemin dans les mentalités, notamment pour éviter l’endettement à vie et répondre à une volonté de liberté tout en respectant au mieux l’environnement.

Laëtitia fait partie des pionniers français en la matière. Trois ans après avoir réalisé sa propre tiny, où elle réside aujourd’hui, elle fonde Baluchon, une structure vouée à promouvoir et démocratiser ce type d’habitat en France, notamment par l’assistance aux personnes (conseils, plans, logistique,..). Nous l’avons rencontrée, à nouveau, pour prendre des nouvelles de son aventure de vie.

Nous vous avions interrogé une première fois l’été dernier alors que vous construisiez votre propre tiny house, où en êtes-vous aujourd’hui ?

Depuis la construction de ma tiny house, le projet Baluchon a en effet évolué. Ma petite maison est terminée et la grande aventure continue désormais en équipe, puisque je suis depuis quelques mois accompagnée de Vincent et Charles. Vincent a également construit sa propre tiny house dans le but d’y vivre. Nous nous sommes rencontrés à l’occasion de ma première porte ouverte.

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Son parcours dans l’éco-construction est un bagage qui lui confère une bonne connaissance des matériaux et de leur empreinte environnementale. Charles quant à lui est charpentier. Sa formation chez les compagnons et ses huit ans d’expérience lui ont permis d’acquérir une bonne maîtrise du travail du bois. Pour ma part, je suis designer produit et espace, la tiny house est donc un formidable terrain d’expérimentation et de créativité. À nous trois, nous avons une complémentarité de savoir-faire que nous souhaitons valoriser pour faire connaître davantage les tiny houses en France. Nous pensons que ces petites maisons pourraient correspondre à beaucoup de personnes pour qui « petit » ne veut pas dire « moins ».

Vous souhaitez donc aider les personnes qui souhaitent auto-construire leur maison ?

Tout à fait. Nous souhaitons aider les auto-constructeurs à réaliser leur propre tiny houses en leur fournissant des outils facilitateurs. Nous avons par exemple développé un modèle de remorque adapté. Les châssis sont fabriqués par une entreprise artisanale à quelques kilomètres de notre atelier. Nous avons également mis en open source les plans 3D de ces remorques particulières pour que les auto-constructeurs puissent élaborer leurs projets en volume sur une bonne base. Des conférences « Fabriquer soi-même sa tiny house » sont également proposées à l’atelier tous les six mois environ.

La théorie fera bientôt place à la pratique car nous souhaitons également mettre en place des ateliers visant à faire manipuler la matière et les outils. Nous pouvons également aider les gens à réaliser les plans techniques de leur future maison à partir de simples croquis d’intention. Les idées ne manquent donc pas ! Et pour continuer d’apprendre, de créer et d’enrichir nos compétences, nous construisons également des tiny houses hors d’eau hors d’air ou clef en main pour les personnes qui souhaitent habiter sans fabriquer eux-mêmes leur maison faute de temps ou de compétences.

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À travers ce projet, que souhaitez vous concrètement apporter aux gens ?

À travers Baluchon, nous voulons démocratiser la tiny house en France et proposer une alternative à l’habitat traditionnel en valorisant un mode de vie plus simple, éco-responsable et économique. Nous espérons aider des gens à envisager sereinement leur projet d’auto-construction et fabriquer pour d’autres des petites maisons qui leur ressemblent.

Beaucoup de nos lecteurs sont curieux quant au savoir-faire artisanal que nécessite la construction d’une tiny house, pouvez-vous leur donner une idée concrète de la manière dont elles se construisent?

La tiny house est constituée des mêmes éléments qu’une maison ossature bois classique. Seules les proportions de ces éléments changent pour s’adapter à un ouvrage plus petit et surtout mobile. Il est donc important de construire une ossature solide et durable, qui garantira une longue durée de vie à la maison ainsi qu’une bonne tenue en déplacement. Ensuite, les savoir-faire nécessaires sont les mêmes que pour une maison sur fondation. Il y a bien sûr de la charpenterie, de la menuiserie, de l’électricité, de la plomberie mais aussi de la couverture, de l’ébénisterie et du design d’agencement.

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Dans vos constructions, utilisez vous des matériaux particuliers, par exemple, écologiques ?

Nos petites maisons sont réalisées à partir de matériaux bio-sourcés. C’est d’ailleurs ce qui fait toute la particularité d’une « vraie » tiny house. Nous n’utilisons que des essences de bois brut et autant que possible issues d’exploitations locales (exception faite du bardage qui est en thuya canadien durable). L’ossature, le parquet et les revêtements intérieurs sont en sapin. L’isolation est en laine de mouton, fibre de bois ou encore chanvre, lin et coton. La couverture est en acier et les menuiseries en double vitrage et bois. Pour les meubles nous utilisons du sapin, du noyer, du hêtre ou encore du mélèze. Enfin le bois est protégé avec des huiles naturelles.

Je dirais que 96% de la tiny house est recyclable (les pneus de la remorque étant bel et bien en caoutchouc…). On est bien loin du coefficient de recyclabilité des maisons en béton, dont les composants nécessitent à leur création un traitement industriel lourd et polluant.

Quel est selon vous l’intérêt premier de vivre dans une « micro-maison » ?

Vivre dans une tiny house permet d’être plus proche de la nature. Le jardin devient une pièce de vie à part entière. Et bien sûr, on peut même en changer ! La maison, très économe en eau et énergie, ne consomme que très peu en échange de ce qu’elle offre à son/ses occupant/s, lui laissant ainsi le loisir d’utiliser son argent pour d’autres activités plutôt que de vivre pour payer son toit.

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C’est aussi une maison à taille humaine, qui se dessine en fonction des besoins de son propriétaire et dans laquelle chaque espace est réfléchi et utile. Parmi les autres petits avantages non négligeables, on notera : un temps de ménage record hebdomadaire ; une occasion en or pour rencontrer de nouvelles personnes en ouvrant simplement sa porte aux curieux ; des factures d’électricité et d’eau très faibles, voire inexistantes ; ou encore l’opportunité de déménager sans faire les cartons.

À travers vos projets, rencontrez-vous des contraintes ? Si oui, lesquelles ?

La contrainte majeure est le poids car, pour pouvoir être déplacée en France, on ne peut pas excéder les 3500 kg, remorque comprise. Il y a des limites de dimensions également. L’équilibre de la structure par rapport aux essieux est aussi à prendre en compte. Mais toutes ces contraintes laissent tout de même une grande place à la créativité. Il suffit de bien anticiper ses plans pour que la construction se passe au mieux. Par ailleurs, on peut espérer que la législation évolue en la matière grâce à la pression de groupes citoyens.

La vie en tiny house est souvent assimilée à des valeurs de changement, quelles sont-elles ?

La vie en tiny house implique une réelle remise en question quant à ses besoins et possessions matérielles. Dans une petite maison, on ne s’entoure que de l’essentiel et on ne laisse même pas le superflu au placard : on s’en débarrasse. La simplicité volontaire est maître-mot et l’argent mis de côté permet de s’enrichir intellectuellement plus que matériellement.

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Quand on parle tiny house, beaucoup affirment que ce n’est pas possible en France. Que leur répondez-vous ?

De venir prendre un café dans ma tiny house pour en discuter 🙂 Plus sérieusement, je réponds que tant qu’il n’y a pas de tiny housesil n’y aura pas de lois sur les tiny houses. Si la législation est encore inexistante dans l’Hexagone, la tiny house n’a rien d’illégal si elle est bien faite, ni sur la route ni en stationnement. Et plus il y aura d’initiatives, plus ce « mouvement » deviendra crédible. Je crois que le « plus c’est grand plus c’est confortable » est encore bien présent dans les mœurs. Mais nous pensons que certaines personnes ne demandent qu’à essayer autre chose.

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Source : interview de Laëtitia pour Baluchon / mrmondialisation.org