À Nantes, l’association La Tricyclerie propose aux restaurateurs de récupérer leurs restes biodégradables pour les composter. Le tout à vélo, sans pollution aucune. Une véritable invitation à repenser la gestion locale des déchets selon un modèle plus vertueux. Découverte.

C’est un gaspillage quotidien sous nos yeux : les biodéchets, encore mal triés dans de nombreuses collectivités françaises, sont le plus souvent incinérés (avec une valorisation énergétique pour 31 % de ces déchets) ou enfouis. Faut-il alors s’attaquer à cette boîte noire que représentent nos poubelles et ces déchets à propos desquels le grand public reste peu informé ? Bien que les industriels ne soient pas en reste en matière de pollution, pourquoi attendre pour faire sa part à l’échelle de la commune ?

Depuis trois ans, La Tricyclerie collecte les déchets organiques des restaurants et entreprises nantais, le tout à vélo-remorque traqueté à la force des molets, avant de déposer les restes de cuisine dans das plateformes de compostage gérées par l’association. À la fin du processus de maturation, le compost est revendu aux jardiniers et maraîchers de la région ou redistribué aux particuliers. La démarche est ainsi circulaire et vertueuse.

Crédit image : Coline Billon

Plusieurs tonnes de déchets récoltées par an

Les déchets fermentescibles, c’est-à-dire ceux qui peuvent être compostés, représentent 30 % des poubelles des particuliers. « Cette proportion peut monter à 50 % chez les restaurateurs », insiste Margaux Bourigault, chargée de projet au sein de l’association. Mais faute de dispositif adéquat pour récupérer de manière efficace ces déchets à Nantes, une bonne partie des épluchures finissent à la poubelle, donc incinérées. Une absurdité écologique ainsi qu’un énorme gaspillage énergétique auxquels La Tricyclerie veut mettre fin en sensibilisant au compostage et en invitant les restaurants à intégrer leur dispositif de récupération des biodéchets.

Depuis ses débuts, les membres de La Tricyclerie ont récupéré environ 60 tonnes de déchets organiques. À ce jour, une quarantaine de restaurants et d’entreprises de Nantes font appel à leur service. Les tournées à vélo sont assurées par les trois salariées qui se rendent une fois par semaine dans chacune des structures partenaires. L’association permet ainsi non seulement de réduire considérablement la taille des poubelles des restaurateurs, mais aussi de valoriser une part non négligeable de détritus. Certains particuliers se prêtent au jeu et apportent leurs déchets de manière volontaire.

Crédit image : Coline Billon

Le modèle inspire d’ailleurs bien au-delà de la ville : « Depuis 1 ans, on a reçu plus de 200 demandes de porteurs de projets qui souhaitent monter des Tricyclerie sur leur territoire », se réjouit Margaux Bourigault. Les membres de l’association tentent alors d’accompagner les porteurs de projet dans la création de nouvelles structures locales et les guident pour les aider dans leurs démarches administratives ainsi que dans leur communication.

Un terreau économique mal exploité

Selon Zero Waste France, « le compostage de proximité est une solution de tri à la source qui favorise la production d’un compost de qualité, contribue à une baisse significative des ordures ménagères résiduelles et satisfait les habitants ». Mais, à l’image de La Tricyclerie, le modèle dépend aujourd’hui encore de subventions et de mécénat d’entreprises. Pour cause, un peu à l’image des médias indépendants, leur but premier n’est pas de générer des profits ou de la productivité. Les membres de l’association espèrent donc pouvoir gagner en autonomie financière pendant les prochaines années.  Mais cette évolution dépend en partie de la volonté des communes à multiplier les incitations au compostage, notamment en faisant évoluer les taxes pour favoriser le tri. D’ici là, le développement de la filière peut s’appuyer sur les exemples fournis par les structures associatives engagées.


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Image de tête : Charlotte Goislot

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