À la question de savoir comment se comporter vis à vis d’une personne qui rencontre des difficultés, l’universitaire américaine Brené Brown nous répond qu’il faudrait faire « simplement » preuve de plus d’empathie. Et l’empathie est une pratique qui s’apprend comme n’importe-quelle autre. Se rapprocher des autres en faisant de notre mieux pour comprendre leur perspective et partager leurs émotions est-il une solution ? La question laisse place à un débat très ouvert.

Brené Brown est une auteure et conférencière américaine née en 1965 à San Antonio, au Texas. Actuellement professeure à l’University de Houston, elle est l’auteure de deux bestseller, The Gifts of Imperfection (2010) et Daring Greatly (2012). À travers ses recherches, elle explore les divers comportements et sentiments humains ainsi que leur signification pour le développement de relations sociales. Pour ses publications, elle privilégie des formats à destination du public au sein de revues, d’exposés ou encore de films. Elle a abordé des thèmes comme le sentiment de honte ou encore la vulnérabilité.

Dans le court dessin animé présenté ici, elle développe l’idée selon laquelle le sentiment d’empathie peut nous rapprocher les uns des autres. Cette émotion peut-être définie comme la capacité à comprendre les sentiments de tiers, même lorsqu’on ne partage pas les mêmes expériences qu’eux. Ainsi, l’empathie se distingue de la sympathie ou encore de la compassion. En effet, la sympathie nécessite non seulement de partager les mêmes émotions mais également les mêmes valeurs. La compassion, elle, ajoute l’idée que la personne est victime d’une injustice, elle implique également la notion d’une tolérance vis à vis d’une situation autre que la nôtre.

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L’empathie crée des connexions

Selon Brené Brown, le sentiment d’empathie possède plusieurs caractéristiques : parmi elles, on compte la capacité à adopter la perspective d’un tiers, la capacité à ne pas porter de jugement et enfin la capacité à reconnaître les émotions chez les autres et à le communiquer. Bien sûr l’empathie n’est pas forcément une émotion à laquelle on a envie de se livrer, car « elle nous rend vulnérable » puisqu’on se met dans une situation sentimentale similaire à celle de la personne qu’on entend aider.

Mais selon Brené Brown, c’est bien cette posture qui permet de trouver les mots justes pour aider la dite personne : grâce à l’empathie on est plus à même de comprendre sa situation. D’ailleurs, souligne la psychologue, ce qui apporte le réconfort, c’est surtout la connexion créée par le partage de sentiments similaires. C’est aussi, par ailleurs, l’empathie qui peut pousser des individus à s’investir dans une cause humanitaires pour venir en aide à des personnes qu’ils ne connaissent pas. Il faut ainsi développer sa capacité à se projeter dans cette réalité partagée par d’autres.

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Ne pas tomber dans l’excès d’empathie

Faut-il vraiment se mettre à la place de l’autre pour pouvoir aider ? C’est ce que mettent en doute d’autres chercheurs comme Paul Bloom, professeur à l’Université de Yale aux États-Unis. Car l’empathie a également des revers et l’éloge de ce sentiment connaît des limites. Un trop d’empathie peut conduire à son contraire sur le long terme en raison du besoin de prendre du recul sur des choses trop lourdes à porter, et aboutir de cette manière à une perte de sensibilité. Par ailleurs, l’empathie ne doit pas conduire à privilégier les besoins des autres à nos propres besoins. Ainsi, l’empathie peut venir en aide aux autres si celui qui la porte conserve suffisamment de recul et de discernement, d’où l’importance de l’apprentissage.

Tous les jours, nous sommes confrontés à des situations pénibles dans les relations avec nos proches, nos amis ainsi que nos collègues de travail. De plus, les médias font appel de manière quotidienne à nos sentiments. Pour le meilleur et pour le pire. Deux effets négatifs peuvent être escomptés si l’on réagit avec trop d’empathie à ces faits. Premièrement le repli sur soi car il n’est pas possible de toujours partager les difficultés des autres. Deuxièmement, l’instrumentalisation de l’empathie : n’est ce pas à ce sentiment qu’appellent les politiciens avant de partir en guerre ? « L’empathie peut nous aveugler » conclue Paul Bloom.

Le débat n’est pas terminé. Il met en lumière la difficulté à aider au mieux les autres et articuler ses propres émotions avec celles de tiers. Le juste milieu se trouve peut-être dans un équilibre entre écoute des besoins personnels et compréhension des autres. C’est aussi le combat d’une société axée sur l’individu où l’égoïsme prend trop souvent la place de l’empathie. Une chose est certaine, nos sociétés modernes ne transpirent pas par leur empathie et le respect d’autrui. Certains pays tentent de pallier ce manque d’ouverture à l’autre en l’enseignant tout simplement à l’école. C’est notamment le cas du Danemark où les cours d’empathie sont obligatoires au même titre que l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et des mathématiques. On insistera pour conclure sur la simple définition du mot selon l’encyclopédie Larousse : L’empathie est définie par « la faculté intuitive de se mettre à la place d’autrui, de percevoir ce qu’il ressent. » Prenons-en de la graine !

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Sources : cuberevue.com / thenewyorker.com / zeit.de

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