Personne ne s’étonnera plus en apprenant que près de 20 millions de tonnes des déchets dérivent sur les océans du monde chaque année, dont entre 8 et 18 millions de tonnes de plastique. Mais avez-vous déjà entendu parler des biomédias ? Ces petits filtres en plastique méconnus du grand public polluent pourtant nos plages et cours d’eau depuis près de 20 ans. Utilisés à la base dans les stations d’épuration municipales ou industrielles, des centaines de milliers de biomédias chargés de bactéries et de germes se retrouvent aujourd’hui dans la mer, l’océan ou les cours d’eau, avant d’échouer sur nos plages. Focus sur une pollution plastique et sanitaire aussi dévastatrice qu’ordinaire.

Comme souvent, le matin du 21 avril, Léa Saby, jeune femme corse et sensible à la cause écologique, décide d’aller marcher sur la plage munie d’un sac pour y ramasser quelques déchets. Mais ce jour-là, « j’ai commencé à ne ramasser quasiment que des biomédias car c’était ce qu’il y avait majoritairement sur le sable », explique-t-elle plus tard après avoir réuni plus de 500 grammes de ces petits filtres plastiques sur les plages du nord de la Marana, en Haute-Corse. Plusieurs promeneurs autour d’elle ne s’étonnent plus de voir ces déchets plastiques joncher le sable de la plage. En effet, cela fait plus de 20 ans que ce problème de pollution a vu le jour. Pourtant, beaucoup ne savent pas ce que sont réellement ces petites pièces rondes et parsemées, ni comment elles sont arrivées là.

Biomédias, une pollution méconnue du grand public

Mare Vivu, une association créée en 2016 qui mène un suivi minutieux de cette pollution en Corse, définit les biomédias, ou médias filtrants, comme de petits filtres circulaires en plastique utilisés depuis le début des années 2000 dans de nombreuses stations d’épuration municipales ou industrielles, telles que les piscicultures ou les papeteries. Leur rôle est de servir de support aux micro-organismes qui, en s’y agglutinant, permettent de dégrader plus efficacement la matière organique pendant la phase de traitement biologique des eaux.

Les biomédias sont des filtres plastiques utilisés par les stations d’épuration – Photo de Léa Saby.

Si le rôle des biomédias semble jusqu’ici plutôt louable, c’est sans compter la défaillance des systèmes des stations d’épuration en place qui laissent passer les biomédias et les déversent ainsi directement dans les cours d’eau ou dans la mer. A Bastia, toujours en Haute-Corse, c’est pourtant plus de 29 millions d’euros qui ont été dépensés en 2014 pour la construction de la station d’épuration responsable aujourd’hui d’une partie des biomédias ramassés par Léa. Malgré ce montant astronomique et de nombreuses études avant-projet, il semble que personne n’ait pensé à installer de grilles pouvant retenir les filtres plastiques, alors que la problématique était connue depuis 2008.

Des stations d’épurations peu soucieuses responsables de cette pollution

Bernard Bombardi, directeur d’Aqua Publica qui gère la station, reconnait qu’« un défaut de conception manifeste de l’actuelle station d’épuration de Bastia Sud est la cause de cette pollution ». Mais celle-ci n’a pas qu’une seule origine, et une grande partie des biomédias ramassés sur les plages corses proviennent aussi très certainement d’Italie où de nombreuses stations déversent ces mêmes déchets. En effet, d’autres types d’incidents peuvent conduire à ces cas de pollution : de fortes pluies causant des débordements dans les stations, des eaux usées emportant avec elles les biomédias, ou encore des travaux dans les bassins de traitement qui engendrent des pertes imprévues.

Mais outre la pollution plastique gigantesque que ce genre d’accidents ou d’erreurs génèrent, ces biomédias posent également de sérieux problèmes d’ordre sanitaire. En effet, leur fonction première étant de constituer des supports aux micro-organismes dégradant la matière organisme présente dans l’eau à épurer, ces plastiques transportent avec eux de nombreux germes et bactéries, comme la escherichia coli ou les entérocoques intestinaux, qui, en contact avec des êtres humains ou animaux, peuvent provoquer des gastroentérites, des infections urinaires, des septicémies, ou encore la gale. En plus du désastre écologique, se combine alors un véritable désastre sanitaire.

Les plages corses sont alors jonchées de déchets, et en particulier de biomédias. – Pixabay

Désastre écologique et sanitaire

C’est en 2008 que Surfrider Foundation Europe a pris connaissance de cette problématique. Aujourd’hui référente sur la problématique depuis plusieurs années, la fondation a lancé l’alarme après avoir découvert des milliers de biomédias sur les côtes françaises, particulièrement sur les plages de la baie de Biscaye dans le Golfe de Gascogne. L’organisation a alors étudié pendant de nombreuses années l’origine et les causes d’une telle pollution, en plus de continuer à identifier les endroits de déversement et d’échouement des biomédias partout dans le monde. Actuellement, elle est la première dans le monde a avoir publié un rapport complet sur cette problématique. Surfrider Foundation Europe met alors en lumière le caractère global et sérieux de cette pollution qui sévit partout sur le globe.

Les témoignages des citoyens, comme ceux de Léa Saby, sont ainsi essentiels pour les organisations comme Mare Vivu ou Surfrider afin qu’elles puissent poursuivre leurs études sur la répartition et la source de ces biomédias qui polluent les littoraux. Mais pour la jeune femme corse, « ce n’est pas normal que ce soient les citoyens qui doivent tenter de corriger l’erreur des entreprises en ramassant les biomédias sur la plage. Elles doivent assumer leur responsabilité, corriger les problèmes en interne et des moyens doivent être déployés pour nettoyer la catastrophe ». Il est clair que si les industriels et les politiques publiques mettaient autant d’énergie à solutionner ce genre de problématique qu’à penser à leur chiffres d’affaire annuel, les plages corses et d’ailleurs dans le monde demeureraient certainement bien plus propres qu’elles ne le sont aujourd’hui.

L.A.

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