Vous avez bien dormi ? Non ? Nous non plus. Et ce n’est pas un hasard. À mesure que la planète se réchauffe, les nuits deviennent de plus en plus étouffantes, au détriment direct du sommeil. Selon une étude du Climate Central, publiée en août 2024 et toujours d’actualité, le dérèglement climatique entraîne désormais des semaines supplémentaires de nuits dangereusement chaudes pour plusieurs milliards de personnes chaque année. Un phénomène en aggravation, aux conséquences multiples sur notre santé.

[Article initialement publié le 2 septembre 2024, mis à jour le 26 juin 2026 | Temps de lecture estimé : ~ 4min]

Le sommeil est un des piliers d’une bonne hygiène de vie. Pendant que nous dormons, notre corps se régénère et assure de nombreuses fonctions vitales : réparation des tissus, production d’hormones, consolidation de la mémoire, récupération musculaire et renforcement du système immunitaire.

Mais pour que ces fonctions opèrent correctement, la qualité du sommeil est aussi essentielle que sa durée. « Le sentiment d’être reposé le lendemain et le bon fonctionnement de l’organisme dépendent non seulement du nombre total d’heures de sommeil, mais aussi du nombre de minutes passé à chaque étape des cycles du sommeil », détaille l’Agence de santé canadienne.

Nuits sans sommeil

Alors que les vagues de chaleur s’intensifient partout dans le monde, les nuits se réchauffent encore plus rapidement que les journées. « Les températures nocturnes ont augmenté encore plus rapidement que les températures diurnes à mesure que la planète se réchauffe, exposant des millions de personnes à des risques potentiels pour la santé », souligne le Climate central, exposant des millions de personnes à des risques sanitaires accrus.

Leur constat est sans appel : plus d’un milliard de personnes ont déjà subi au moins 30 nuits supplémentaires au-dessus de 25°C en raison du changement climatique.

Une autre étude publiée dans la revue One Earth confirme cette tendance inquiétante : la hausse des températures pourrait entraîner une réduction significative du temps de sommeil, avec des pertes cumulées particulièrement importantes dans les régions les plus chaudes et parmi les populations les plus précaires.

59 des 202 pays et territoires analysés ont connu une semaine supplémentaire par an avec des températures minimales supérieures à 18 °C en moyenne au cours de la dernière décennie. L’Ouganda et la Zambie ont été les pays les plus touchés, avec jusqu’à un mois supplémentaire de nuits chaudes.

Aucune région du monde n’est épargnée

En Europe, plusieurs pays sont en première ligne : Espagne, Italie, Croatie, Moldavie, Bulgarie ou Hongrie. En France aussi, les « nuits tropicales » (au-dessus de 20°C) se multiplient, notamment dans les grandes villes comme Paris, Lyon ou Marseille, où le béton piège la chaleur jusque tard dans la nuit.

Sur les 994 villes analysées, 30 ont connu au moins un mois supplémentaire de nuits chaudes, où la température minimale dépassait le seuil de 18°C. Les chercheurs précisent :

« Parmi ces villes, 8 ont observé 2 mois supplémentaires de jours supérieurs à 18 °C. Katmandou, au Népal, a observé trois mois supplémentaires au-dessus de 18 °C, ce qui signifie que sans le changement climatique, ces températures nocturnes auraient été extrêmement rares »

D’autres villes fortement touchées incluent Turin, Milan, Brasilia, Lima, Marrakech ou encore Salt Lake City.

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Le béton et l’asphalte accumulent la chaleur en journée et la restituent la nuit, amplifiant les îlots de chaleur urbains. | Crédit : Pexels

Les villes en première ligne

Si les effets des températures nocturnes élevées varient d’un pays à l’autre et au sein d’un même territoire, les populations à faible revenu reste touchées de manière disproportionnée

« [en partie] en raison des différences de qualité du logement et d’accès à des solutions de refroidissement »

Dans de nombreuses régions du monde, la climatisation reste inaccessible – et son développement massif pose lui-même un problème écologique majeur, en augmentant la consommation d’énergie et les émissions.

Les villes aggravent encore la situation. Le phénomène d’îlot de chaleur urbain, causé par le béton, l’asphalte et le manque de végétation, empêche les températures de redescendre la nuit. Or, avec près de 68% de la population mondiale attendue en zone urbaine d’ici 2050, cette exposition ne fera qu’augmenter.

Derrière ces nuits de plus en plus étouffantes, c’est toute l’organisation de nos sociétés thermo-industrielles qui est en cause : urbanisation massive, artificialisation des sols, dépendance aux énergies fossiles.

Risques de mortalité accrus

Les effets sur la santé vont bien au-delà de l’inconfort. Le manque de sommeil chronique est également associé à de nombreux troubles : affaiblissement du système immunitaire, diabète, dépression, troubles cognitifs ou encore baisse des capacités de concentration et de productivité.

« Les températures nocturnes élevées sont particulièrement dangereuses car elles empêchent le corps de se refroidir et de récupérer de la chaleur diurne. Cela augmente le risque d’accident vasculaire cérébral, d’autres maladies cardiovasculaires et de mortalité ».

Les populations les plus vulnérablesnourrissons, personnes âgées, femmes enceintes – sont particulièrement exposées. Chez ces dernières, les troubles du sommeil sont notamment associés à des risques accrus de complications, comme les accouchements prématurés.

Quelles solutions ?

Face à ce phénomène, les réponses existent mais restent insuffisamment déployées, notamment par nos gouvernements. La végétalisation des villes, la désimperméabilisation des sols, la rénovation thermique et énergétique des bâtiments, la réduction des émissions de gaz à effet de serre et la réduction drastique de nos activités humaines – comprendre thermo-industrielles – sont autant de leviers essentiels.

À l’échelle individuelle, certaines adaptations peuvent atténuer les effets (ventilation nocturne, isolation, textiles adaptés), sans toutefois remplacer les transformations structurelles nécessaires.

Cette analyse, issue du rapport Sleepless Nights du Climate Central, rappelle une évidence : le dérèglement climatique ne se vit pas seulement le jour. Il s’infiltre aussi dans nos nuits – et dans nos corps jusqu’à les mettre en péril.

– L.A. | mis à jour par Mara Pron


Photo de couverture : cottonbro studio | Pexels.

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