« Cela fait maintenant plus de six mois que j’enquête sur Naturalia, et je ne suis visiblement pas au bout de mes surprises. Je croule littéralement sous le nombre de témoignages. Toujours plus ahurissants. Toujours plus affolants. Toujours plus indécents. Après mon premier article, j’en ai écrit un second et voici désormais le troisième. Ce dernier article n’est pas une pâle copie des deux précédents : il révèle au grand jour des pratiques de l’enseigne jusqu’ici cachées au grand public mais, surtout, il montre que cette enquête a eu un réel impact. L’omerta a laissé place à la libération de la parole, d’abord timide puis progressivement affirmée, puis à la création d’un véritable réseau d’entraide entre employés, qu’ils soient anciens ou encore en poste. Sur les réseaux, je sens que je suis surveillée. Enquêter sur une telle enseigne n’est pas de tout repos, et non sans risques. Mais c’est aussi la force du journalisme indépendant : dénoncer, sans aucune censure, les pratiques irrespectueuses tant de l’environnement que des droits humains. C’est en ce journalisme là que je crois, et c’est pour cela que je n’arrêterais pas ce travail. » témoigne notre journaliste en charge de l’enquête.

Tribune : Voilà maintenant plus de six mois que j’enquête sur Naturalia, et je ne suis visiblement pas au bout de mes surprises. Il y a quatre mois, je publiais mon premier article sur cette entreprise. Même si j’avais conscience du problème, je n’imaginais pas son ampleur : en quelques semaines, j’ai reçu des dizaines des témoignages, venant tous confirmer ce qui était dit dans le premier article. J’ai alors écrit un second article, rassemblant quelques uns de ces nouveaux témoignages, qui a fait l’effet d’une bombe. L’omerta a laissé place à la libération de la parole, d’abord timide puis progressivement affirmée, puis à la création d’un véritable réseau d’entraide entre employés, qu’ils soient anciens ou encore en poste.

Quant à Naturalia, l’enseigne a supprimé tous les commentaires sur sa page Facebook faisant mention de nos articles. Quand elle a répondu publiquement, c’était dans le but d’en nier leur contenu : 

Suite au second article, sur la page facebook de Naturalia.

Notre média est sans cesse observé, quand il n’est pas menacé plus ou moins directement de poursuites judiciaires. Et il est certain qu’enquêter sur une telle enseigne n’est pas de tout repos, et non sans risques. Mais c’est aussi la force du journalisme indépendant : dénoncer, sans aucune censure, les pratiques irrespectueuses tant de l’environnement que des droits humains. C’est en ce journalisme là que je crois, et c’est pour cela que je n’arrêterais pas ce travail. J’ai alors décidé d’écrire un troisième article. Cet article n’est pas une pâle copie des deux précédents : il révèle au grand jour des pratiques de l’enseigne jusqu’ici cachées au grand public (insalubrité criante, marketing à outrance, salariés en dépression et poussés au burn-out, entre autres), mais, surtout, il montre que cette enquête a eu un réel impact. J’ai choisi d’exposer six nouveaux témoignages parmi tous ceux que j’ai reçu. Tous sont anonymisés, à la demande de l’ensemble des personnes qui nous ont contacté, dans un souci de protection. Certaines d’entre elles se sont d’ailleurs ravisées ou nous ont demandé d’alléger certains passages, craignant des représailles, ce que nous avons respecté. Naturellement, leur identité et implication dans l’entreprise a été vérifiée.

Enquête sur Naturalia, épisode 3 et fin. 

Des antidépresseurs au burn-out, il n’y a qu’un pas

Témoignage n°1 :

«‌ Je vous contacte pour apporter ma pierre à l’édifice après les différents témoignages qui ont surgi au sujet de Naturalia. Tout d’abord, afin de préserver l’anonymat de mon témoignage, je peux seulement vous dire que j’y ai travaillé plusieurs années, que je viens de quitter mon emploi après avoir gravi quelques échelons au sein d’un magasin de province. Ce témoignage regroupe l’expérience de plusieurs personnes au sein de ce magasin.

Tous ces problèmes ne sont pas nouveaux mais ils empirent au fil des années, et le Covid a bien accentué toutes ces anomalies.

Avant ? Nous avions eu, par exemple, un ascenseur en panne pendant plusieurs semaines sans aucune réaction du siège si ce n’est pour nous pourrir car on fait moins de chiffres ; soit disant par ce qu’on n’est pas assez sympa avec les clients. Ce qui était peut-être vrai mais quand on sait qu’une panne d’ascenseur veut dire des livraisons quasi quotidienne avec des litres d’eau, de lait, de jus à monter soit même par les escaliers … oui, ça tire un peu sur le moral. Juste après cela, nous avions reçu un sondage IPSOS à remplir sur le « bien être en entreprise ». Nous voulions mettre en avant ce que d’autres ont expliqué avant nous, dans les articles précédents : pas de treizième mois alors qu’on fait partie du groupe casino, horaires indécentes, planning qui change tout le temps avec validation le dimanche soir par le siège pour le planning du lundi suivant, idem pour les vacances validées la veille pour lendemain, utilisation du téléphone perso pour le travail et appel sur les jours de repos, retard de paie sur les heures supplémentaires des étudiants, obligation de fermer seul certains soirs alors qu’il y a déjà eu des braquages, aucune formation professionnelle sur les produits, on ne nous fournit pas les budgets à faire à temps comme ça on ne nous donne pas de prime CA, RM [responsable de magasin, ndlr] super jeune qui ne connaissent rien au travail, pas de visite médicale avant la fin de la période d’essai, turn over de dingue…

Bref, nous voulions parler de nos conditions de travail déjà très difficiles. C’est alors que nous avons eu un appel absolument ahurissant de notre responsable régional, demandant à mon RM de l’époque de remplir le sondage de tous les employés « façon république bananière » (elle précise que ce sont les termes exacts, puisque l’appel était en haut-parleur). Alors quoi ? Mon RM a bien rempli le sondage à la place de chaque employé, en disant que tout allait bien. Voilà pour la fiabilité des sondages IPSOS. On avait également reçu une charte de « bonne conduite » en caisse, laquelle demandait d’avoir une tenue dite « décente » et interdisait les décolletés ou jupes « trop courtes ». Sans oublier le fameux « sourire obligatoire sauf si dents trop cariées » ! Bref, du délire pour une boite qui se dit « bio, fun et inclusive ». Sans parler du véritable espionnage qui sévit sur les employés : caméra sur eux, touche « surveillance caissière » qui permet de vérifier en temps réel les articles passés en caisse par l’employé, fouille des sacs et affaires intimes à la sortie du travail, salariés poussés à dénoncer les « attitudes suspectes des collègues ».

Et puis il y a eu le Covid, et là c’était absolument n’importe quoi. Quand les ¾ des salariés étaient en arrêt ou ont lâché l’affaire (Naturalia a triplé voir quadruplé son CA avant le premier confinement donc les livraisons étaient absolument dantesques pour le même nombre de personnel), on a appelé le responsable Richard Jolivet pour lui parler du droit de retrait il nous a répondu : « le droit de retrait n’existe pas chez Naturalia » alors que nous n’avions ni gants, ni plexiglass, ni masque, ni gel et des personnes à risques parmi les employés. Il faut savoir que les gens du siège sont très malins et ne disent jamais ce genre de choses par écrit, du type « on n’aime pas trop les profils qui font du droit dans le recrutement ». À chaque mail envoyé, on nous appelait pour nous dire des choses ahurissantes du style « il y a personne pour fermer ce soir ? Bah vous avez une intérimaire aujourd’hui non ? ». Je suis donc censée donner la clefs du magasin et du coffre à une gamine de 19 ans qui a commencé à travailler la depuis deux heures ? … Face au manque de personnel « c’est à vous de trouver des solutions c’est VOTRE magasin », un jour ou on a parlé d’augmentation au vu des circonstances, et on nous a répondu : « ici on travaille pas pour l’argent, on travaille pour l’esprit Naturalia, si c’est l’argent qui vous intéresse vous n’avez rien à faire ici ». Un comble quand on sait que nos managers, nos RR et le responsable Réseau ne nous parle QUE de CA et qu’on doit gagner toujours toujours plus. On nous a raccrochés au nez plusieurs fois quand on refusait de faire encore des heures sup après avoir enchaîné 3 semaines de 6 jours. A la fin du premier confinement, on a eu un mail nous disant que « exceptionnellement, cette année, pour vous récompenser, vous ne travaillerez pas les jours fériés ». On était en mai, on était trop contents sauf que 4 jours avant le 11 mai on nous indique qu’en fait, non, faudra travailler, on annule tout ! J’avais prévu un long week-end, et j’ai du tout annuler au dernier moment. C’était de la torture psychologique. On a eu aussi un papier à signer obligatoirement qui stipulait que le siège nous avait fourni du matériel de protections dès le début de l’épidémie, ce qui était un mensonge éhonté mais nous n’avions pas le choix.

Pendant ce temps-là le siège s’amuse à faire des petits vidéos formats Instagram du type « entretien validé » avec des émoticônes, des blagues pour montrer que c’est cool de bosser chez Naturalia. Le service marketing est très fort pour vous vendre du « bio fun », mais en aucun cas éthique. Nous avons les inconvénients d’une grosse boite comme Amazon (avec qui Naturalia a d’ailleurs fait un partenariat) mais sans les avantages (type prime, 13ème mois, ticket restau d’un montant digne de ce nom). Et je ne vous parle même pas des arnaques du type « on va faire croire que le prix d’un produit baisse alors qu’en fait il augmente sur le prix au kilo ou au litre car on le met dans un plus petit format » (vu sur toute la gamme Naturalia), du harcèlement fait aux clients pour avoir leur adresse mail afin d’envoyer des pubs et un lien pour « noter leur expérience en magasin » afin de bien saquer les employés, de promesses d’embauche à des intérimaires qui n’aboutissent pas, de RM psychopathes laissés en place avec l’aval du siège.

Je ne me fais aucune illusion sur le fait que rien ne changera malgré le nombre de témoignages, rien n’ébranlera le sacro saint groupe Casino. Mais, au moins, les gens seront au courant de ce qu’ils financent quand ils viennent faire leurs courses là bas. »

Opération menée par les salariés d’un magasin pour sensibiliser les clients sur la Politique sociale de l’entreprise / Crédits : employé anonyme

Témoignage n°2 :

« Lorsque j’ai quitté Naturalia (je n’y suis restée que 4 mois) j’ai du prendre un traitement anti-dépresseur pour calmer l’angoisse quotidienne que je ressentais et n’étais pas du tout en état de me battre pour mes droits, malgré ma colère. J’espère que mon témoignage vous servira…
J’ai été embauchée par Naturalia à Grenoble en juillet 2020, pour un CDI. J’étais contente qu’on me propose ce contrat car cela signifiait la stabilité et je ne voyais pas en quoi ça pouvait poser un problème. Je n’ai que le bac en poche et une expérience professionnelle dans la grande surface. On m’a tout de suite annoncé la couleur : « ici on ne veut pas de naturopathe ni de gens avec une éthique spécialement écolo, on veut des employés de grande distribution ou de restauration » Pour commencer, j’ai tout de suite remarqué que les conditions de travail étaient ignobles. En plein mois de juillet a Grenoble, il fait + de 35°. Le magasin ne disposait pas de climatisation, et ce depuis plusieurs années. Le gaspillage alimentaire engendré par les températures était monstrueux.

Toutes les heures on balançait des kilos de fruits et légumes à la poubelle … sans parler du pain qui séchait en deux minutes, du chocolat fondu qu’on jetait directement depuis la palette de livraison, du frais (produits laitiers, viande, plats préparés) qui restait 2/3 heures dans le chaud avant d’être mis en rayon.

Au début, je travaillais au sein d’une équipe soudée. On me mettait seulement en garde contre une personne, qui s’en prenait aux autres de façon assez vicieuse, en les surveillant et en se faisant passer pour leur amie pour rapporter à la direction tout comportement (réel ou non) prohibé. Comme je m’entendais bien avec tous les employés, on était d’accord entre nous de quand même récupérer discrètement quelques “déchets” et, avec l’accord de notre responsable, on se partageait les denrées encore consommables. Il se trouve que j’avais été embauchée en contrat spécial pour le weekend, et le dimanche matin j’étais seule avec un autre employé, qui était là depuis 1 ou 2 ans déjà. Après quelques semaines de boulot, j’ai déjà pu constater des dysfonctionnements dans l’équipe. Pour commencer : pourquoi nommer 3 responsables pour une équipe de 7 personnes ? Les deux sous-responsables étaient d’une rare inefficacité, obnubilées par le petit pouvoir qu’elles avaient, et par le grade qu’elles pouvaient gagner. Elles passaient des heures dans le bureau, laissaient les autres faire seuls le travail journalier, restaient introuvables pendant les heures de pointe, se montraient désagréables avec les clients et, pire que tout, faisaient mal le travail de la journée, de sorte qu’on devait en plus passer après pour refaire ce qui avait été mal fait. On en parlait entre nous et on m’a expliqué, la responsable du magasin y compris, que beaucoup étaient déjà partis à cause de leur comportement. La responsable m’a même confié je cite : « il n’y a personne qui n’a pas eu de problème avec … ». Après avoir fait ces constats, je n’étais pas d’accord pour jouer le jeu de l’amitié avec elles en faisant semblant de les apprécier alors qu’il était clair qu’elles compliquaient la vie à tout le monde.

Au bout d’un moment, j’ai reçu une convocation à un entretien disciplinaire, sans qu’on m’en donne la raison, et pareil pour mon collègue du dimanche. Nous sommes passés chacun notre tour. L’entretien était dirigé par la responsable régionale, une femme hautaine et autoritaire qui n’hésitait pas à insulter et humilier les vendeurs devant les clients, et le DRH. On m’a reproché d’avoir volé dans le magasin, de n’avoir pas porté le tablier (par +30° c’est un comble), d’avoir volé dans la caisse ; “preuves” vidéos à l’appui. On m’a clairement infantilisée. Quand je fais valoir que je ne fais que suivre l’exemple qu’on m’a donné, on me répond qu’on ne parle pas des autres mais de moi. Quand je dis que la loi n’est pas respectée par rapport aux dons aux associations, on me demande si je connais aussi bien le règlement de l’entreprise que la loi. Même réponse vague à tous les arguments que je soulève comme les heures sup pas payées, les horaires pas possibles, les ruptures de la chaîne du froid, le comportement clairement abusif de mes collègues malgré le témoignage des autres employés… sans parler du tutoiement d’emblée… Bref vous avez compris.

J’ai compris après pourquoi on proposait un CDI directement : pour ne pas payer de solde tout compte et pour rendre les départs plus faciles pour eux.

Beaucoup restaient en poste pour ne pas se retrouver le bec dans l’eau à ne pas pouvoir toucher de chômage pendant 3 mois, la direction le savait très bien et en jouait. Elle promouvait aussi à tour de bras pour pallier aux comportements abusifs des responsables, pour dissuader d’aller aux prud’hommes, ce qui ne faisait que perpétuer le problème. Sans parler de la compétition générée entre les vendeurs. Donner des responsabilités à des personnes incompétentes et déjà presque à bout pour les empêcher de parler, ou bien leur mettre la pression pour les forcer à partir : la méthode Naturalia.

Vous confier ce témoignage est la seule chose que je puisse faire, et j’espère que cela vous servira. Je ne vais certainement pas me cacher, on m’a déjà virée et traînée dans la boue. J’ai tenté de me défendre en contactant des associations et divers élus mais la durée de mon contrat était un problème. Mon collègue aurait pu aller plus loin mais ne voulait que passer à autre chose, ce que j’ai fini par faire aussi, en désespoir de cause.Enfin, merci pour votre travail, je me sens moins seule et impuissante à vous lire. Si je peux participer ne serait-ce qu’un tout petit peu c’est avec l’espoir de voir les choses changer que je le fais, et aussi pour ouvrir les yeux des consommateurs et des futurs employés de la chaîne qui ne porte désormais plus bien son nom. »

Témoignage n°3 :

« Tout d’abord, le contexte : je travaille chez Naturalia depuis décembre 2018 et suis
responsable de magasin chez eux depuis le 12 Novembre 2019. Je suis au sein d’une région que l’on nomme la Région Bastille. Au sein de cette région il y a des magasins top France (Jourdain/Lilas/Vincennes) et d’autres plus faibles comme le mien (X). Cette précision est essentielle pour remettre dans le contexte de la situation vécue depuis
plus d’un an, soit de la période Covid jusqu’à aujourd’hui. La région Bastille est dirigée par un certain F—-, responsable régional référent (c’est-à-dire qu’il dirige presque tous les responsables régionaux de Paris et qu’il est amené à prendre des décisions sur toutes les “régions” des magasins parisiens). Il ne doit rendre des comptes qu’à M. Richard Jolivet et M. Allon Zeitoun. Il est au cœur même de ce témoignage car il est le rouage essentiel de la région et de l’ambiance actuelle au sein des magasins. Il est la personne qui décide de quel magasin à besoin d’un renfort, de quel RM [responsable de magasin, ndlr] est dans quel magasin, etc. Pour faire simple, il est à l’image que la direction souhaite prendre.

Harcèlement, critiques, insultes cachées et non cachées, menaces de mise à pied et de
licenciement sont mon lot quotidien depuis 1 an.

En plein cœur de la crise Covid, entre fin Mars 2020 et Mi-Avril 2020, j’ai été envoyé à 2h de transport sur une région Parisienne pour aider un magasin (LEPIC) sans que ne soit prises en compte mes heures perdues dans les transports, sans masques ni gel au début, et j’ai même dû négocier une prime ridicule pour y aller … ceci alors que ma femme était enceinte et que je pouvais la contaminer à chaque instant. Nous devions prendre notre pause, debout, devant le magasin pour faire respecter les jauges clients (nous faisions l’après-midi à deux tous les jours malgré un CA qui montait à +10k de plus à la journée, précise-t-il) car la direction estimait que des vigiles n’étaient pas nécessaires dans notre magasin, que nous pouvions gérer un afflux de +100% de clients en plus. Ceci malgré des heures affreuses … je ne compte plus les 9h/21h sans être payé des heures sup. F—- répétait souvent que nous n’étions que des pions que la direction pouvait déplacer comme bon lui semble, se fichant des heures de transports ou des 45 minutes de transport maximum précisées lors du recrutement.

Ayant dû quitter plus tôt mon travail, pour faire face à une situation exceptionnelle pour mon enfant de 4 mois, j’ai eu la surprise de me voir menacé d’une mise-à-pied si cela se reproduisait.

Parlons des plannings, que nous, Responsables de magasins (RM), ne pouvons pas gérer car un service planning est au-dessus de nous pour pouvoir contrôler et modifier les plannings d’un magasin (ne le prévenant qu’au dernier moment, donc impossible d’envoyer aux collaborateurs leurs horaires ⅔ semaines à l’avance), ceci afin de pouvoir piquer les
vendeurs d’un magasin A et les envoyer au sein d’un magasin B, ne prenant pas en compte les trajets de retour du dit vendeur à la fin de sa journée, ni même les besoins du magasin
F—-, avec l’aval de sa direction, me répétant et affirmant à d’autres RM qu’il n’était pas là pour gérer de l’humain, mais pour gérer un business. Ceci est contradictoire avec l’esprit que Naturalia tente de promouvoir sur ses réseaux.
Réseaux qui sont observés par Naturalia : ayant partagé un post sur le réseau Linkedin, sans citer Naturalia ni rien, sur la situation actuelle en magasin et le contraste avec l’image que transmettent les sociétés, je me suis fais engueuler par F—-, m’indiquant que je serais convoqué en entretien avec la RH pour évoquer ce post.

Nous sommes aussi critiqués sur les notes clients [nommées NPS pour NET
PROMOTIONAL SCORE, ndlr], qui, ne comprenant pas le taux de gaspillage que nous faisons, l’indique en mettant un 0, ce même 0 qui me sera reproché par F—-, n’entendant pas mon explication et jugeant qu’il s’agissait d’une note sur notre équipe et non sur les
pratiques de Naturalia … alors même que le client l’avait bien expliqué dans sa note.

Plusieurs refus de coopération avec des associations, car cela ne ferait pas de chiffre d’affaires en plus, contrairement à ToGoodToGo.

Le manque de personnel n’est, pour eux, pas une excuse à l’impossibilité de faire tout le
travail de la journée (ménage, livraison, réassort, rangement, process, fascing, etc),
mais cette impossibilité de finir nous sera reprochée et critiquée.

Pour finir, sachez que toute les personnes que je connais dans cette zone subissent ce monsieur, sauf celles qui sont amies avec lui (un responsable, coupable de harcèlement envers ses collègues, s’est simplement vu déplacé dans un autre magasin sans autre sanction). Mais personne ne veut prendre la parole car il fait parti du syndicat élu et qu’il est donc intouchable au sein de la société. Cette pression, nous la vivons constamment et tous les jours. Elle m’oblige à me mettre en arrêt et à démissionner courant du mois de juillet 2021.

La dépression me rattrapera si je reste au sein d’une société qui n’a d’humain que l’image.

Merci pour votre travail, en espérant que ceci serve à montrer la vraie image de Naturalia. »

Heures sup impayées, cafards et souris en prime … vraiment « fun » de travailler chez Naturalia ?

Témoignage n°4 :

« J’ai commencé dans cette entreprise en tant que vendeuse en 2017 sur Paris, et j’ai gravi les échelons jusqu’à passer responsable en 2019. J’ai quitté l’entreprise officiellement en février dernier, après un abandon de poste. En l’espace de 3 ans et demi, j’ai connu 4 responsables régionaux, avec parfois des périodes ou nous n’en avions pas du tout pendant plusieurs mois sur la région, ainsi que 4 responsables magasin, avant de le devenir moi même. Sur les 4 responsables magasin que j’ai connu, une a démissionné, un autre a fait un abandon de poste, les deux derniers sont en burn out. J’ai finalement accepté de prendre le poste de responsable magasin, sans me douter qu’il allait m’arriver la même chose.

Les premiers mois se sont plus ou moins bien passés. Je rencontrais les mêmes problématiques habituelles, c’est à dire le sous-effectif, une mauvaise communication avec le siège, des retards de livraison de monnaie parfois allant jusqu’à plus d’un mois, des heures supplémentaires non payées, des fermetures à 21h pour commencer le lendemain à 6h, mais je m’en accommodais, cela étant de toute façon des situations récurrentes.

J’ai par la suite changé de magasin une première fois, puis quelques mois plus tard on m’a demandé de changer de région, et j’ai donc de nouveau changé de magasin. J’avais pour une fois une équipe complète, mais je m’en doutais, cela n’allait pas durer. Les problèmes ont commencé un mois après mon arrivée dans ce magasin. J’ai eu une nouvelle adjointe à former, or je n’avais pas le temps, la crise Covid arrivant. Avec cette même crise, cette adjointe s’est mise en arrêt, ainsi que plusieurs personnes ayant des enfants.
J’ai du gérer le magasin sans adjoints, avec des collègues qui venaient 2 à 3 fois par semaines, et arrivaient parfois avec 4h en retard. J’ai de nombreuses fois soulevé le problème, pour autant ces personnes n’étaient pas licenciés, et l’on ne me donnait toujours pas d’adjoint. Cette situation a duré près de 6 mois. Naturalia n’aime pas licencier. Ils ne veulent pas payer d’indemnités aux employés, et préfèrent garder quelqu’un pendant plusieurs années, même si cette personne cumule un nombre important d’absences. Comme m’avait dit un responsable régional : « Il y a des boulets dans tous les magasins, il faut juste les répartir, donc il faut que tu en prennes un dans ton magasin aussi ». Il y a aussi du très bon personnel chez Naturalia, professionel et motivé, mais ils ne sont jamais récompensés et sont tirés vers le bas par ce mauvais personnel qu’on refuse de licencier.

Après avoir géré cette « crise Covid », j’ai dû me mettre en arrêt 3 semaines, ne pouvant plus supporter le rythme. Pendant mon arrêt, ma région a changé de responsable régional, un externe venant de chez Lidl, et lorsque je suis revenu, celui ci s’est évertué à me faire payer mon arrêt. J’ai récupéré un magasin dans un état catastrophique, car rien n’avait été fait en mon absence pour pallier au fait qu’il n’y avait pas de responsable ni d’adjoint sur place. L’équipe a fait son possible, mais n’étant pas drivée, elle ne pouvait par faire de miracles. L’inventaire fiscal était à la fin de la semaine, et j’ai reçu une énorme pression de mon régional, qui n’a eu de cesse que me descendre en public. Ce même jour, je suis arrivée à 6h et j’ai du repartir à 21h, car encore une fois j’étais seule à devoir tout gérer, mes collègues vendeurs n’étant pas habilités à faire le travail demandé, celui ci étant réservé au responsable, co responsable et 3ème de magasin.

S’en est suivit dans les mois suivants, une descente au enfer :

Des remarques déplacées à moi-même et mon équipe. Pour exemple, un collègue s’est plaint du fait d’être seul le matin, et de ne pas se sentir en sécurité (à savoir que le matin, nous devons porter des charges très lourdes, recevons des Rolls de plusieurs centaines de kilos très souvent cassés, avec 3 roues etc et nous n’avions pas le droit d’ouvrir le rideau de la sortie de secours avant une certaine heure car cela dérangeait les voisins). Au lieu de trouver une solution, le régional a préféré lui répondre que s’il ne se sentait pas en sécurité chez Naturalia, il n’avait qu’a partir.

Des plannings validés le dimanche pour le lundi. Impossibilité de se déconnecter car on devait regarder les mails de chez soi, et informer nos collègues de leur planning par sms un jour avant leur prise de poste. Personne ne pouvait s’organiser. On pouvait toujours afficher le planning alors que celui-ci n’était pas validé, mais on prenait alors le risque que celui ci soit changé au dernier moment, bien que le personnel travaillant au planning n’ait aucune conscience de ce qu’il se passait réellement sur le terrain.

Des pressions toujours plus grandes sur le NPS. Le NPS est un outils qui sert aux clients à nous noter ainsi que le magasin. Le client ne se rend pas forcément compte qu’il « nous descend », car une note acceptable ne l’est qu’a partir de 8/10. Si nous recevions un mauvais commentaire, nous devions regarder les caméras pour voir ce qu’il s’est passé, pour pouvoir mieux taper sur notre collègue qui a fait descendre notre moyenne, ou alors pour pouvoir nous défendre au près de notre régional. Mais défense ou pas, le mal était fait, la note était descendu, et nous recevions alors un mail bien senti.

J’essayais de tenir tant bien que mal avec tous ces paramètres. Bien que mon équipe soit au complet, la moitié ne venait pas, et personne n’avait l’air de vouloir les licencier, malgré de nombreux mails au siège.

Puis ce fameux jour est arrivé. Mon responsable régional est venu en magasin, en commençant à m’assener de mauvaises remarques, puis à demander à avoir une entretien avec moi. J’étais seule et sans témoin. Il en a profité pour me dire que mon travail était mauvais, que je ne gérais pas du tout et m’a laissé 3 choix : celui de faire une demande pour repasser Co-responsable (ça faisait alors 1 an et demi que j’étais responsable de magasin), celui de faire un abandon de poste, ou celui « de me faire vivre un enfer au travail jusqu’à ce que je craque ». Il a rajouté qu’il valait mieux que je parte de moi même, car si je ne le faisais pas, il n’hésiterait pas à dire du mal de moi à mes prochains employeurs pour que je ne puisse par être embauché s’ils l’appelait. Après 30 minutes ou j’ai été complètement acculée, il m’a demandé de faire un choix en 5 minutes. Je lui ai répondu à la hâte que ce serait un abandon de poste, sans même avoir pu en parler à mon conjoint ou à qui que ce soit. J’ai continué à venir travailler quelques jours, puis ça a été trop, j’ai du me mettre en arrêt pour burn out. L’arrêt a duré 2 mois, avec prise de rendez vous chez le médecin, prise de rendez vous avec la médecine du travail et psy du travail, prise de médicaments car stress aigu. J’étais au fond du trou.

Avec ça, d’autre problèmes d’ordre financier sont d’arrivés. Naturalia n’envoyait pas les papiers qu’il fallait à la sécurité sociale pour que je sois payée pendant mon arrêt. Je suis restée 2 mois sans salaire, et je suis loin d’être la seule dans ce cas. Une fois mes indemnités enfin payées, j’ai ensuite du envoyer plusieurs mails, car la compensation salariale n’arrivait pas non plus. En même temps, j’ai contacté une RH, pour lui dire que je voulais faire un abandon de poste, ne pouvant plus me permettre de rester en arrêt. Je lui ai expliqué la situation, et celle-ci ne m’a évidemment pas cru. Elle a tout de même consenti à me faire « un abandon de poste rapide ».

Quelques semaines plus tard, j’ai reçu mon solde tout compte et j’ai eu la désagréable surprise de constater qu’il manquait mes heures de récupérations (58h non payées). Après leur avoir envoyé un mail, j’ai eu la réponse que « celles ci n’avaient pas été posées à temps et qu’elles étaient perdues ». J’ai par la suite dû les menacer de les poursuivre en justice pour que finalement, mes heures de récupérations ainsi que ma compensation salariale soient enfin payées. J’ai été en arrêt à partir de septembre, j’ai eu mes indemnités de la sécurité sociale en décembre, et ma compensation salariale fin février. D’autres collègues ont été dans cette situation, et ont même dû faire des prêts pour subvenir à leurs besoins.

Il faut se battre pour avoir son argent chez Naturalia. Ainsi que les primes.

Celles ci sont souvent « oubliées » sur la fiche de paye, principalement pour les « spé du matin ». Ce poste est pratiquement à horaire fixe (6h-13h30), ce qui peut être avantageux pour certaines personnes. Ces personnes sont chargées du rayon fruits et légumes et parfois du frais et du vrac, et reçoivent normalement une prime pouvant être entre 50 et 200 euros, pour la plupart des cas. Celles-ci sont parfois zappées, ou alors on leur fait tout simplement comprendre qu’ils ne la méritent pas. Un collègue qui était en accident du travail, s’est vu rétrogradé de son poste sans pouvoir rien faire alors qu’il occupait ce poste depuis plus d’un an et demi. La raison ? Naturalia ne lui a jamais fait signer d’avenant, et bien qu’il occupe ce poste depuis longtemps, il n’était en fait pas spé selon leurs dires. Ce genre de magouilles derrière le dos des employés est monnaie courante. Lorsque les régionaux « complotent » derrière le dos de quelqu’un, ils nous mettent dans la confidence en nous disant de ne surtout rien dire tant que cela n’est pas fait.

En ce qui concerne les clients, des magouilles il y en a aussi. Depuis plusieurs années, les promos n’en sont plus vraiment, ou alors pas au bon pourcentage affiché. La plupart des produits en promotion (prix qui changent les 1er du mois), voient leur prix augmenter quelques jours avant la dite promotion. Très souvent les fruits et légumes en promotion ne passent pas au bon prix en caisse pendant plusieurs jours. Beaucoup de clients s’en rendent compte avant nous et s’en plaignent, mais pour les autres, ils ont payé leur produit au prix fort, et tant pis pour eux. Les clients croient venir dans une entreprise où tout est beau, où les équipes sont bien traitées, et ne se rendent pas compte qu’ils ne sont que des chiffres et que les gens de dessus se foutent littéralement d’eux.

En ce qui concerne le « confort employés », énormément de magasins sont très vieux et pas aux normes. Les plus vieux magasins ne disposent pas de salle de pause, ou alors, il y en a une (si on peut appeler ça comme ça), qui se trouve dans la réserve, au milieu des produits, et ou il n’y a même pas la place de s’asseoir. Beaucoup de magasins sont envahi de souris, de cafards et de mites, et il faut se battre pour avoir une vraie intervention. De même pour les fuites d’eaux. Beaucoup de magasins se retrouvent complètement inondés lorsqu’il y a de fortes pluies et en deviennent très dangereux et pour les équipes et pour les clients. Je suis restée pour ma part 3 semaines avec 10 centimètres d’eau dans les locaux sociaux, avant qu’il y ait une quelconque intervention.

Capture d’écran d’une vidéo de souris présentes dans un magasin / Crédits : employé en poste anonyme

Naturalia, comme cité dans l’article, est une entreprise de paraître. Tout doit paraître beau et grand, avec des accords signés qui ne sont jamais respectés. Même son DG Allon Zeitoun (de son vrai prénom Georges), a changé de prénom car ça sonne plus « Start-up »

Si Naturalia lit ce témoignage, ils sauront qu’il vient de moi. Je ne sais pas si j’encoure des poursuites pour diffamation en vous disant tout ça, mais si vous voulez l’utiliser, je vous en donne quand même l’autorisation. Il faut que les gens sachent, il faut que ça change, et il faut qu’ils payent pour ce qu’ils font subir à leurs employés. Ce n’est pas humain. J’ai vu beaucoup trop de gens craquer et mettre leur santé en péril pour que tout cela reste secret. J’ai encore de bonne relation avec d’anciens collègues, et 90% d’entre eux n’en peuvent plus. »

Témoignage n°5 :

« J’ai été responsable de magasin de 2017 à 2021, principalement sur Paris. C’était juste l’enfer. Nous étions en permanence en sous effectif … lequel était organisé afin de gagner en productivité et en charges salariales : la productivité avoisine les 400k€/ETP quand la moyenne du secteur est a 230k€/ETP (Biocoop). Ce sous effectif organisé entraînait une pression forte de mes responsables régionaux et du stress de ma part lié aux attentes et aux moyens mis en place.

J’ai adopté des comportements que je regrette. Notamment le fait de mettre la pression sur les équipes pour gagner en productivité.

Par chance, j’ai eu des équipes plutôt motivées (j’ai même fait évoluer 5 responsables), mais je n’échappais pas aux mobilités et demandes de remplacements. Des fois, il arrivait qu’on doive fermer à trois : c’est forcement à ce moment là que ton responsable régional, ou ton directeur du réseau passe pour te tomber dessus. Mais ils n’ont aucune conscience des difficultés que tu peux rencontrer :

Les équipes du siège sont déconnectés de la réalité terrain. Ce sont des personnes qui ont évolués au siège et qui se permettent de juger l’ensemble du magasin. Ils prennent les équipes magasins pour des vaches à lait. Toujours bonnes à apporter le cash, mais qui n’ont jamais aucune reconnaissance.

Les recrutements sont envoyés en priorité dans les régions qui gueulent le plus. Les autres attendent et récupère des nouveaux entrants pas vraiment motivés. Une employée a effectué 3h sur mon magasin avant de partir car le magasin était a plus d’1h de transport de chez elle. Pour 1200€ net je ne pouvais que comprendre, même si je savais que j’allais rester en galère.

Pour le turnover, nous devions justifier l’ensemble des départs au directeur régional, mais que voulez vous justifier ? Les plus mauvais se voyaient convoqués par le siège et le DRH, qui instaurait cette politique de turnover. Il y en avait tellement qu’on avait plus de responsable magasin …

J’ai supervisé 2 magasins en plus du mien pour pallier aux turnovers. Je n’avais plus de vie, bossait par moment 7/7J sur des 60/70h hebdos pour ne pas laisser les équipes dans la merde et satisfaire les clients. Sans une vraie reconnaissance de ma direction.

Pour ma part, en chiffrant les heures supp non payés. Ce sont presque 22000€ non majorées que Naturalia ne m’a jamais payé entre 2017 et 2021. Autant d’euros gagné aussi sur l’Etat.

J’ai eu à :
– gérer des vols d’espèces qui n’avaient pas lieu sur mon magasin
– gérer un lendemain de braquage
– vider des frigos d’autres magasins
– finir des inventaires fiscaux de 6h30 à 1h du matin
– recevoir des menaces de morts d’anciens salariés

Au total, j’ai travaillé sur les 18 magasins de ma région alors qu’officiellement je n’ai jamais changé de magasin.

Certains responsables étaient abjectes et considéraient les équipes comme de la merde. Je plains les personnes. Concernant les syndicats, tout est factice. Ce sont les RH qui montent les listes syndicales. Et ce sera toujours la CFDT et CGE. Une employée d’un autre magasin, salariée pendant presque 30 ans chez Naturalia, a tenté de monter une liste CGT. Elle a été changée de magasin, poussée à bout par la nouvelle responsable, jusqu’à ce que l’employée frappe sa responsable et se fasse licencier. Le but étant qu’elle parte sans indemnité. Si elle lit cet article, sache que je pense a toi.

Voila ce que Naturalia apporte : de la haine, quelques souvenirs, et un souvenir ineffaçable. »

Témoignage 6 :

« Je travaille à Naturalia depuis juillet 2020 en tant que simple vendeur, sur Paris nord. Je ne peux que confirmer tout ce qui est dit dans les témoignages de vos deux articles, que ce soit sur le gaspillage ou les conditions de travail. Je confirme aussi la très mauvaise réputation de F—- (ancien responsable de la région où je travaille), mentionnée dans le témoignage précédent. Cependant, quelques aspects n’ont pas encore été mentionnés et mériteraient d’être davantage mis en avant :

l’absence de propreté, qui découle des conditions de sous effectifs. Le manque de personnel et de temps fait que l’on a pas DU TOUT le temps de faire le ménage nécessaire. Un magasin du nord parisien a été fermé par les service d’hygiène il y a quelques mois pour un nettoyage en profondeur et une remise à niveau, car il était infesté par les souris. Il n’est pas rare de voir des souris se balader dans les magasin et on retrouve très régulièrement des souris mortes sur les pièges collants installés en magasin. Les souris ne sont pas un problème dans chaque magasin, mais c’est assez fréquent.

Sans parler des problèmes de crottes de souris qui sont très présentes sur les étagères, où les produits grignotés côtoient les produits que les clients achètent. L’odeur d’urine de souris est très présente dans certains magasins.

Morceaux de pain grignotés par les souris, dans les corbeilles à pain destinées aux clients / Crédits : employé en poste anonyme
Paquets de graines grignotés par les souris / Crédits : employé en poste anonyme

pour ce qui est des labels et chartes, Naturalia se targue depuis 2 mois d’être certifié Bcorp en mettant l’accent sur la gouvernance et le le respect des collaborateurs. Deux aspects qui, pour moi, sont tous sauf respectés… Une collègue a par ailleurs subi des violences de la part d’une cliente. Quand elle a été en arrêt après avoir vu un médecin, elle a eu le plus grand mal à faire reconnaître son arrêt de travail par la direction. On lui a dit, je cite : « nous, tant qu’il n’y a pas de casse de matériel, cela ne nous regarde pas… ». Cela a fini par rentrer dans l’ordre mais je trouve incroyable de dire ça à une employée qui s’est faite violentée par une cliente.

Merci pour votre travail d’investigation afin de mettre en lumière les problèmes dans la grande distribution. »

De l’omerta à la libération de la parole, puis à la création d’un véritable réseau d’entraide suite à notre enquête

Au-delà de cette nouvelle vague de témoignages à propos des conditions de travail et pratiques de l’enseigne, nous avons aussi reçu des messages visant à nous faire part de l’impact qu’avait eu notre enquête. Par exemple, des anciens employés qui reçoivent miraculeusement des compléments de salaire non payés : « Naturalia vient de me payer le complément de salaire suite à mon accident de travail survenu en décembre 2019. Coïncidence? La gestionnaire de paie ne me répondait plus depuis des mois, l’article sort et comme par hasard j’ai mon complément de salaire à la fin du mois alors que j’avais arrêté de relancer… ». Ou encore une opération menée par les salariés d’un magasin pour sensibiliser les clients sur la Politique sociale de l’entreprise :

Opération menée par les salariés d’un magasin pour sensibiliser les clients sur la Politique sociale de l’entreprise / Crédits : employé anonyme

Surtout, un véritable réseau d’entraide est né : « Après votre article, les témoignages ont explosé ! Du coup, pour pallier l’inactivité des représentants du personnel, nous avons décidé de créer un réseau d’entraide et nous étions loin d’imaginer que cela prendrait une telle ampleur ! On reçoit tous les jours ou presque des messages et témoignages d’anciens et actuels salariés de Naturalia. Au début, c’était un peu du bouche à oreille, « quelqu’un qui disait à quelqu’un d’autre » de nous contacter, mais assez vite les demandes ont été tellement nombreuses que nous avons opté pour la création d’une adresse mail (help-natu@outlook.fr) et on s’efforce de répondre le plus rapidement possible aux différentes sollicitations. Au début c’était un peu démoralisant de voir autant de situations problématiques mais finalement, c’est très facile de rester motivés étant donné que pratiquement tous ceux qui nous contactent nous disent la même chose : ils pensaient être seuls et isolés mais avec du soutien, ils réalisent qu’ils peuvent se défendre face à la direction. Il y a eu un véritable effet boule de neige: quelques salariés en conflit avec la direction de Naturalia ont décidé de ne pas en rester là et au fur et à mesure qu’ils avançaient dans leur démarche et nous tenaient informés, beaucoup d’autres ont commencé à envisager d’en faire autant et de saisir les Prud’hommes. Et notre réseau est utile pour les aider à préparer et consolider leurs dossiers. Ce que je trouve le plus formidable, c’est que ceux qui ont reçu de l’aide sont du coup très motivés pour aider à leur tour quelqu’un d’autre. On continue de rencontrer des gens qui sont en conflit avec la Direction de Naturalia mais leurs récits ne nous démotivent plus, on se sait déjà suffisamment costauds et nombreux pour leur venir en aide. D’ailleurs, si je peux d’ores et déjà donner un conseil, c’est de ne surtout pas attendre de ne plus faire partie des effectifs pour agir. Dans l’optique d’une saisie prud’hommale ou ne serait-ce que pour mieux négocier son départ qu’en acceptant un abandon de poste « proposé » par la Direction, on s’est rendu compte avec les salariés qui se préparent en amont que tout ce qui est le plus utile et le plus efficace se fait lorsqu’on est encore en poste. En tous cas merci à vous d’avoir permis de faire voler en éclat l’omerta qui régnait chez Naturalia !, témoigne l’un de nos principaux informateurs.

Si l’enquête a eu un impact positif certain, il affirme cependant la nécessité de rester vigilant tant que l’enseigne n’aura pas pris de réel engagement pour ses employés : « La responsable régionale a expliqué à une RM que la Direction a donné son feu vert pour changer les effectifs : “L’année 2020 a été extraordinaire, si vous voulez changer vos effectifs c’est le moment, faites-vous plaisir”. En gros, ils ont un budget illimité pour dégager du monde. C’est leur manière de remercier les gens qui ont traversé les gilets jaunes et la crise sanitaire. Le turn-over est très élevé parce qu’ils ne veulent pas garder les salariés. Moins un salarié resté longtemps, moins il a l’opportunité de contester la direction en se constituant un réseau. C’est une mécanique parfaitement huilée. Ils ont les représentants du personnel dans la poche et vu la situation actuelle, ils peuvent se débarrasser des gens, il y aura toujours des demandeurs d’emploi. Même les salariés deviennent du consommable. C’est le comble de l’ironie et du cynisme sachant les valeurs que cette entreprise se vante de défendre. Naturalia, c’est la honte.»

Propos recueillis par C.B.L.

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