Convoqué par la police pour deux plaintes portant sur des intrusions dans des élevages, le réseau Direct Action Everywhere France (DXE), spécialisé dans la diffusion d’images réelles pour dénoncer la condition animale en France, déplore une tentative « d’intimidation » des autorités envers l’association.


La pression exercée par les autorités publiques sur les vecteurs d’informations sensibles, lanceurs d’alerte et journalistes, s’étend. Désormais, c’est Direct Action Everywhere France (DXE) qui en fait les frais. Après avoir déjà été auditionnés par trois fois pour s’être introduits dans des élevages et avoir diffusé des vidéos de l’intérieur de ces derniers, les militants de DXE France vont devoir se présenter deux nouvelles fois à la police. « Deux nouvelles plaintes […] ont été déposées pour violation de propriété privée dans deux régions différentes », indiquent-ils par communiqué de presse.

La première concerne une enquête réalisée en collaboration avec Hugo Clément. La seconde porte sur une caméra cachée chez un éleveur fournisseur de Fleury Michon, dans laquelle les militants de DXE mettent en exergue les contradictions dans le discours du géant de l’agroalimentaire qui met en avant ses engagements en termes de transparence et de protection animale. L’association avait décidé de prendre au pied de la lettre le fameux « venez vérifier » de la publicité Fleury Michon.

Les images diffusées par DXE sur les réseaux sociaux montrent sans filtre l’intérieur des élevages dans lesquels vivent des animaux élevés en masse pour leur viande, la production de lait ou d’œufs : on y voit des bêtes entassées les unes contre les autres, arborant de nombreux stigmates en raison de la promiscuité dans laquelle elles vivent. Sur ces documents vidéos souvent inédits, on peut également observer des animaux en mauvaise santé, parfois mourants, voire des cadavres piétinés par leurs congénères. Ces éléments choquent inévitablement l’opinion publique, et participent à la multiplication des critiques à l’encontre des élevages industriels ces derniers mois. La profession se retrouve sous pression, menacée dans ses intérêts économiques en raison de son image qui se dégrade.

Bras de fer

Depuis quelques semaines, la pression contre ces lanceurs d’alerte est montée d’un cran. À la fin du mois de mai, la FNSEA s’insurgeait suite à une vidéo tournée dans un élevage de cochons dans les Côtes-d’Armor. Les militants de DXE s’étaient introduits dans un hangar sans autorisation en compagnie d’un député de la France insoumise, Bastien Lachaud. À la suite, dans un communiqué, le syndicat professionnel majoritaire dans la profession agricole (FNSEA) invitait ses membres à porter plainte de manière systématique contre ces incursions perpétrées par les militants. Le syndicat, connu pour sa défense d’une agriculture industrielle conventionnelle, réclame « la plus grande fermeté aux pouvoirs publics et à la justice pour sanctionner sévèrement toutes les infractions de ce type ». Dans la foulée, le ministre de l’agriculture français, Didier Guillaume, a exprimé son soutien aux industriels visés et a lui aussi invité les procureurs à la plus grande fermeté contre ces actes. La pression du secteur industriel est ainsi manifeste et les autorités n’ont pas tardé à plier.

Crédit image : Nicolas Cortes
Crédit image : Nicolas Cortes

Les militants souhaitent quant à eux montrer au grand public les conséquences concrètes de l’industrialisation de la production de viande et les conditions de vie des animaux dans les établissements industriels. Ils réclament des contrôles plus stricts, une législation moins permissive et plus respectueuse des droits des animaux, ainsi qu’une évolution des consciences face à la consommation de viande. « On veut montrer au public comment la viande est faite en France, ce que les industriels essayent de cacher. Peut-être que si les personnes voyaient que les animaux souffrent, elles arrêteraient de manger de la viande« , nous indique William Burkhardt, le cofondateur de DXE en France. À titre personnel, il souhaite à terme que toutes les formes d’abatage soient abolies.

Les nombreuses vidéos de l’association, une trentaine en quelques mois à peine, le plus souvent diffusées en partenariat avec des médias alternatifs, nourrissent ainsi un débat de fond de plus en plus tendu à propos des conditions d’élevage en France. Elles s’ajoutent à celles proposées par d’autres associations, notamment L214, et tordent un peu plus l’image bucolique des élevages français majoritairement industrialisés aujourd’hui. Les arguments des défenseurs de la cause animale et des professionnels du secteur de la viande semblent aujourd’hui irréconciliables et laissent malheureusement place à un dialogue de sourds. D’autant plus dans un contexte où d’autres groupes minoritaires et isolés ont opté pour des actions violentes contre des personnes physiques – par exemple contre un boucher à Paris. Les discussions se sont nécessairement envenimées donnant une image caricaturale et binaire des défenseurs de la cause animale dans une certaine opinion publique.

Quelle que soit la position défendue, c’est un fait largement démontré, l’industrialisation de la production de viande cause des problèmes sanitaires et environnementaux majeurs et interroge profondément notre éthique face au monde vivant, ainsi que notre responsabilité face à la souffrance engendrée par nos modes de consommation. Reste à savoir combien de temps encore la négation collective gardera le dessus sur nos comportements.

Crédit image : Nicolas Cortes

Image de tête : Nicolas Cortes

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