L’empathie nait de notre capacité de nous mettre dans la peau de quelqu’un d’autres. Mais comment faire pour le monde animal ? Pas évident de se glisser dans la peau d’une libellule, d’une grenouille ou d’un hibou. C’est pourtant ce que propose de faire « Dans les yeux des animaux », dernière création du collectif artistique anglais Marshmallow Laser Feast.

Septembre 2015, en Angleterre, au cœur du Parc National de Lake district, pendant le festival d’arts numériques AND (Abandon Normal Devices), dédié au questionnement de la nature à travers l’art, le cinéma et la culture digitale. Assis sur des rondins de bois, coiffés d’énormes casques de réalité virtuelle d’où s’échappent quelques herbes folles et munis de sacs à dos vibrants, des participants sont immergés dans l’univers sensoriel des créatures de la forêt. Pendant que les vibrations du sac reproduisent les mouvements et la respiration animale, le dispositif retransmet une vidéo à 360° reconstituant la forêt de Grizedale, vue à travers les yeux de l’un de ses habitants ailé où à quatre pattes.

Le studio Marshmallow Laser Feast propose ainsi de se plonger quelques minutes dans la peau d’un animal pour une promenade pas comme les autres. Cette expérience immersive nous plonge à travers les bois, tantôt depuis la cime des arbres, tantôt au ras du sol entre les herbes, selon le mode de déplacement de l’animal sélectionné. Le tout est appuyé par une bande son de grande qualité, avec bruissement des feuilles piétinées, craquement des branches, souffle du vent… Un voyage sensoriel aux frontières du réel et à l’objet pédagogique.

Commandée par la commission des forêts d’Angleterre et le festival AND, l’installation a pour but de créer une meilleure compréhension de la façon dont d’autres êtres vivants traitent l’information optique et d’inciter à la réflexion sur nos propres perceptions visuelles. Cette expérience, entre art et technologie, permet d’interroger le réel à travers sa subjectivité et préfigure aussi la question de la limite entre le monde virtuel et le monde réel…

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Réalité virtuelle, tolérance réelle ?

Cette œuvre du studio Marshmallow Laser Feast, spécialisé dans la création d’expériences immersives, est un concentré de technologies de pointe. La forêt a été cartographiée point par point grâce à la télédétection Lidar, qui permet de numériser en 3D la surface terrestre par le biais de points géo-référencés. Les points collectés ont ensuite été combinés avec d’autres données issues de techniques scientifiques habituellement dédiées à l’imagerie médicale, comme la photogrammétrie (qui permet de faire des mesures 3D d’images a priori planes) et le scanner CT (appareil à rayons X couplé à un ordinateur). Le tout grâce à des drones équipés de caméras à 360°.

Des tomodensitogrammes (forme perfectionnée d’imagerie radiologique permettant de créer une image tridimensionnelle très détaillée) d’insectes et d’animaux ont également été réalisés. La bande sonore a été enregistrée en binaural dans la forêt de Grizedale. Cette technique d’enregistrement reproduit le plus fidèlement possible l’audition naturelle et procure l’impression d’un son en 3D réel, ce qui renforce le caractère immersif du dispositif.

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Véritable expérience multi-sensorielle, l’installation sera présentée en mai 2016 dans la forêt d’Hamsterley puis fera le tour des festivals européens. Au delà du spectacle même, c’est une opportunité de se plonger quelques instants dans la tête d’un habitant de la forêt dont nombre d’entre-eux doivent subir les conséquences de l’activité humaine. Voici un aperçu du résultat, même si l’expérience ne peut se vivre sur simple écran.


Source : mymodernmet.com / thecreatorsproject.vice.com / andfestival.org.uk / spi0n.com

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