« En écologie, on fait tout ou rien » ? « Tout » diraient ceux qui choisissent de rompre avec le modèle actuel pour vivre en autonomie complète. « Rien » dirait la colère naturelle face aux gros pollueurs, surproducteurs et gouvernements complices. Car en effet, face à ces géants, quelques astuces individuelles paraissent bien vaines et la responsabilité de les adopter à notre petite échelle bien injuste. « Il ne s’agit ni de rien faire, ni de tout faire », choisit de répondre Aline Gubri, conférencière en commerce circulaire et zéro déchets. A travers son nouvel ouvrage, elle décide de nous livrer 101 alternatives dont elle a calculé le bénéfice environnemental, mais aussi financier, par individu et à l’année. Sans non plus nous faire adhérer absolument à l’adage du colibri, cette liste peut-elle nous permettre d’y voir plus clair dans l’univers confus de notre consommation ?


En préambule de son livre, Aline Gubri rappelle que chaque changement d’habitude, même infime, doit être source de fierté. Puisque la perfection au sein du système actuel est quasiment impossible – et surtout inaccessible au plus grand nombre – il faut savoir faire le deuil du paroxysme et se satisfaire d’aller, au moins, dans une direction plus saine et plus respectueuse de notre environnement. Autrement dit : mieux, c’est déjà bien. L’écrivaine conférencière défend d’autant plus ce point de vue qu’elle insiste sur les autres bénéfices, souvent peu reconnus, de ces alternatives écologiques : le gain financier non négligeable, jusqu’à 6000 euros d’économies par personne et par an selon elle, et le respect de notre santé. Il est vrai qu’on oublie, parfois, que reprendre le contrôle de nos achats, c’est avant tout ménager cette santé que l’agro-chimie, la pétrochimie et les autres industries malmènent scandaleusement. Supprimer les perturbateurs endocriniens, les substances cancérigènes et les particules nocives de ce qu’on ingère, tout en gagnant quelques économies parfois vitales, voilà des avantages notables qui enjoignent à découvrir la centaine de propositions. 

Mais si c’était si simple, pourquoi ne pas avoir adopté ces astuces plus tôt ? 

Avant de plonger dans la lecture des 101 points développés par Aline Gubri, il est nécessaire de se demander : pourquoi n’aurions-nous pas été capables d’intégrer ces bonnes pratiques plus tôt ? Dans les faits, il est d’abord très difficile d’échapper à nos conditionnements. Sans cesse, nous sommes emportés par nos habitudes, par les plaisirs hérités de notre éducation et par une enfance qui a associé, bien profondément en nous, tant d’odeurs, de goûts et de lieux peu sains à un sentiment de bonheur ou de réconfort. On tente de s’en défaire, mais ces choix inconscients nous rattrapent là où on ne les avait pas sentis venir. Une situation labyrinthique sans fin et anxiogène.

Comment nous en défaire une fois pour toute et intégrer, enfin, un mode de vie plus avantageux pour nous, pour la planète, notre mental et notre portefeuille ? La plupart du temps, ce qui nous manque, c’est en fait du Temps. Noyés sous un travail de moins en moins délimité, notre vie sociale, familiale et parfois bénévole, les aléas de santé, les tâches ménagères, l’administratif, les transports, les injonctions et, enfin, notre besoin vital de repos – cette déconnexion qui nous connecte quelques fois des heures à l’écran – il nous reste trop peu de temps qualitatif à accorder à ce que nous achetons et jetons et à comment nous le faisons. Le marketing décide alors pour nous, malgré nous. 

C’est d’autant plus une spirale infernale qu’elle est culpabilisante. Le temps, quand on veut, on le trouve, se murmure-t-on ? Facile à dire et pas si facile à mettre en place quotidiennement, dans un système qui nous coince aux embouchures. Alors, en attendant de trouver une issue viable à ce vortex temporel, frein à l’éveil citoyen et écologique, d’autres font les recherches à notre place et nous les servent sur un plateau. Si tant est qu’on trouve un moment pour bouquiner ces petits guides, ils permettent en effet a minima de mieux comprendre à quel point il existe des alternatives au système actuel, à quel point nous coûtent, dans tous les sens du terme, les nombreuses habitudes créées par les marchés, et au mieux d’en choisir quelques unes à mettre en place, avant tout pour nous-mêmes. 

Mais nous-mêmes, qui est-ce ?

Illustration de Youliedessine


Le livre s’adresse aux étudiants, familles, personnes âgées, écolos confirmés comme débutants. Bref, à tout ceux qui tentent quotidiennement d’échapper à la nocivité des produits et habitudes héritées, comme à ceux qui n’étaient pas conscients de leur consommation et voudraient y jeter un œil. Il y a des astuces dont certains ont vu les recettes mille fois et c’est tant mieux : si la lessive maison devient une évidence, c’est que d’une certaine façon, il y a un déplacement effectif des habitudes. Il y a aussi des idées originales comme la recette de soda maison à la casserole, le rasoir en inox incassable (50€ d’économie par pers./an) ou encore l’emballage des présents avec des chutes de tissus (10€ de gagnés par an, mais surtout une sensibilisation aux 20 000 tonnes de papiers cadeaux jetés chaque année en France).

Acheter d’occasion, nettoyer au vinaigre blanc, réduire sa consommation d’eau, restent toutefois des comportements de plus en plus partagés par les avertis. Mais Écologie sans me ruiner semble posséder un atout supplémentaire : des chiffres ! Des chiffres qui font enfin sentir le bénéfice direct de nos actions, en permettant d’évaluer distinctement leur gain et de contredire l’idée reçue que le bio ou les alternatives plus respectueuses seraient plus coûteuses et réservées à une classe privilégiée. Encore faut-il ne pas tomber dans des calculs frénétiques et systématiques. Tout soupeser ne ferait qu’ajouter du poids au lourd fardeau déjà imputé au fameux consommateur. Heureusement, le guide fait l’effort de déculpabiliser. Il incite à noter seulement quelques dizaines d’astuces faciles qui nous plaisent et rappelle combien les appliquer n’est pas une obligation, ni une responsabilité, mais peut ouvrir le champ des possibilités en matière d’usages de la vie courante.

Le premier chapitre indique par exemple que « 25 millions de bouteilles en plastiques sont jetées chaque jour en France ». Pour y remédier ? Il faudrait surtout mettre la main sur les fabricants et leurs réglementations. Pour y échapper du moins ? Plusieurs possibilités, dont le filtre de robinet. L’économie serait d’environ 120€ par pers./an. Mais le livre nous met aussi en garde contre les pièges : les carafes filtres sont apparemment peu écologiques, parfois inefficaces et, in fine, assez coûteuses en recharges. Enfin, un encart n’oublie pas de souligner que l’eau des bouteilles en plastique, souvent exposée au soleil, est en fait imprégnée des particules de son contenant, ce qui ne permet pas d’en faire une eau plus saine. Vous le saviez sûrement, mais beaucoup n’en ont pas encore conscience, pour toutes les raisons légitimes déjà énumérées. En témoignent d’ailleurs, très largement, les 4,5 milliards de bouteilles d’eau plate toujours vendues en France chaque année… La faute aux industriels, bien sûr, qui organisent l’écoulement des stocks. Mais en attendant, mieux vaut en avoir connaissance et, qui sait, par la suite, nous en épargner le préjudice sanitaire et financier ? Pour la planète, ce sera peut-être plus compliqué de s’en satisfaire…

Un livre pour la planète ? 

Illustration de Youliedessine


Aline Gubri défend l’idée que l’écologie est affaire de plusieurs fronts. Et qui pourrait contredire cette position ? Les différents lieux et échelles de lutte pour la préservation de la nature sont au moins complémentaires. Seul bémol, toutefois : le livre semble parfois tomber dans les écueils du consommateur pleinement décisionnaire et influent. «Ce n’est pas toi tout seul qui vas changer le monde » introduit l’écrivaine, et on ne peut qu’être d’accord. Mais le paragraphe suivant d’avancer que, d’autres consommateurs agissant parallèlement, nous contribuerons collectivement à « changer efficacement la situation environnementale et climatique actuelle » et même à influencer les marques. Personne ne peut effectivement nier que chaque geste a une conséquence immédiate sur notre paysage, y compris industriel. « Recycler son t-shirt pour en faire un sac de courses », ce sera effectivement potentiellement un tissu en moins de jeté dans une décharge à ciel ouvert, des sacs plastiques en moins d’achetés en magasin qui auraient finis dans les océans et un tote-bag de moins à fabriquer. La démarche pourrait aussi convaincre des supermarchés de ne plus vendre de sacs jetables. Toutefois, c’est un leurre de penser que tous les efforts réunis pourraient avoir raison des mastodontes qui nous engluent dans leurs offres et leurs propres bilans, ainsi que dans un modèle structurellement nocif. Cette récente vidéo du « Coup de Gueule » met d’ailleurs en lumière quelques chiffres à ce propos. 

Alors, autant ne rien faire ? Réfléchir ou modifier sa consommation ne peut-être que positif sur le plan écologique. Du moins, pour autant que l’on persiste à refuser aux grands groupes l’image du consommateur responsable ou que l’on accompagne ses démarches de réflexions plus larges. En effet, aucune liste de courses ne saurait porter en elle le destin d’une planète usée à grande échelle par des mécanismes complexes et d’une consommation globale dans laquelle elle a été façonnée à grands renforts de manipulations commerciales

Peut-être, finalement, l’argument le plus fort de ce guide pratique est-il avant tout de nous renseigner sur ce qu’on perd d’argent et de santé à vivre ce dit modèle et combien on gagnerait à s’en extraire. Fil après fil, nœud après nœud, pour éviter les cancers provoqués par le PFOA de nos poêles anti-adhésives, tout comme les fins de mois difficiles en partie causées par ces ventes de produits toujours moins chers là où, en réalité, nous ne devrions même pas payer. C’est le cas de l’eau, du recyclage, du troc, du compost et de bien d’autres ressources au départ gratuites.

En somme, si vous connaissez ou adoptez déjà des alternatives plus respectueuses de l’environnement ou de votre santé, vous pourrez surtout évaluer précisément leur bénéfice, y compris financier. Si vous êtes moins sensibles à votre manière de consommer, mais que vous souhaitez vous y intéresser tranquillement, ou passer le cap en douceur, ce livre pourra vous y aider de manière positive et lisible. Il vous épargnera des recherches interminables sur internet pour trouver les bonnes recettes et leur véritable plus-value. Enfin, si vous souhaitez surtout informer vos proches, parents (un chapitre est par exemple consacré à la toilette des nourrissons), amis, conjoints sur des habitudes auxquelles ils sont complètement étrangers : ce livre est alors idéal. De fait, il est surtout un bon moyen d’éveiller à la réalité de cette consommation avec laquelle nous cohabitons et que nous connaissons finalement bien peu. 

Sharon H.

En attendant qu’il soit disponible en seconde-main, vous pourrez vous le procurer ici, sur le portail des librairies parisiennes dont beaucoup livrent partout en France. 

Aline Gubri est conférencière en économie circulaire et zéro déchets auprès du grand public, d’entreprises et de collectivités. Ecologie sans me ruiner, son troisième livre, est publié aux éditions Robert Laffont depuis le 5 Novembre 2020. 

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