Médiapart, Huffpost, FranceInfo, plagiés en toute impunité !

Communiqué : Une pratique douteuse s’est généralisée dernièrement sur Facebook et internet en général : la copie systématique des contenus vidéos, photographies et textes en tout genre par des pages d’intérêts privés. Des médias francophones comme Médiapart, Huffpost, FranceInfo sont touchés avec de nombreux autres. Derrière le prétexte du partage, le plagiat du contenu des rédactions, associations, dessinateurs, rédacteurs et vidéastes posent une véritable question de démocratie, de savoir vivre et même de survie économique pour des petits projets qui donnent toute leur énergie, souvent bénévolement, pour produire ces contenus. Des créations originales qui donnent pourtant toutes ses couleurs à l’Internet que nous connaissons. Pourquoi la copie s’est-elle banalisée, qui en profite et pourquoi vous ne devriez pas fermer les yeux. (Article sous Creative Commons – À copier librement sans but commercial).

Aujourd’hui, le plagiat d’un article de presse ou un écrit original est vivement condamné par tous avec raison. Il ne viendrait l’idée à personne de créer un média où 100% des articles seraient copiés ailleurs avec une fausse signature. L’idée semble bien intégrée : copier un texte original sans autorisation est un irrespect profond envers l’auteur et son travail. C’est d’autant plus vrai quand il est fait commerce du texte copié. Pourtant, en matière de vidéos, dessins ou de photos, tous les abus sont permis. Copier-coller une vidéo, et même parfois y ajouter son logo par dessus, est courant et ne semble plus choquer personne. Il n’est donc plus question de partage, mais d’appropriation dans un but lucratif. Nous consommons tellement de contenus audiovisuels que rares se questionnent sur l’origine des choses et donc sur ces anonymes qui travaillent d’arrache pied sur le terrain à leur création.

Le clavier du site « La vraie démocratie » / Image libre de droits réalisée par Sielan

Chez Mr Mondialisation, une petite équipe de 3 à 4 personnes produit du contenu vidéo plusieurs fois par mois ainsi qu’environ 100 articles originaux. Derrière chaque clip se cache un travail anonyme conséquent de petites mains sur le terrain, du matériel, des déplacements, du temps et surtout de la passion. Nous publions également des vidéos produites par des partenaires, des associations ou des militants, à leur demande, toujours avec autorisation, ce qui nécessite également rencontre, organisation et transparence. Contrairement à la production d’un grand film de cinéma, ces vidéos sont gratuites au visionnage. Mais gratuit ne signifie pas appropriable !

Chaque semaine, nous observons que nos vidéos, et celles d’autres associations partenaires, sont copiées/collées à la volée (et non pas repartagées) par des pages plus ou moins connues qui sont passées maîtres dans l’art de s’accaparer le travail des autres. Le réseau pseudo-militant qui pratique le plus la copie systématique est à ce jour « La vraie démocratie ». À noter que même un contenu libre publié sous Créative Common (C.C.) oblige de sourcer et interdit l’ajout de logo tiers ou l’appropriation à des fins commerciales. Tout comme d’autres médias concernés, nous n’avons jamais reçu aucune demande cordiale d’autorisation, les copies ne contiennent souvent pas de source, on y trouve des publicités et des liens sponsorisés (but capitaliste) et, dans le pire des cas, les propriétaires de ces pages ajoutent leur logo par dessus, s’accaparant ainsi la paternité de ce travail pour gagner en popularité. Et ça marche !

« Avec ou sans source, une copie à but commercial reste du plagiat illégal et malhonnête »

Ajouter son propre logo par dessus un contenu original. Sans commentaire.
Un exemple de copie sur des centaines. À noter que même avec une source, le plagiat commercial reste du plagiat commercial !

Le cas « La vraie démocratie »

L’exemple le plus édifiant de cette pratique banalisée est sans aucun doute le réseau « La vraie démocratie » dont 99% du contenu est plagié d’autres médias, petits et grands. Un véritable business-plan construit sur du vide. Et pourtant, ça marche, les utilisateurs n’en ayant pas conscience. La technique est simple : télécharger une vidéo (ou une image) à l’aide d’un logiciel sur son ordinateur, ajouter la référence « www.lavraiedemocratie.net » par dessus, et republier le tout sur leur page/site privé afin de capitaliser des « likes » sur le travail d’autrui. En dépit de ce plagiat de masse manifeste, et l’absence de création originale, plus de 300 000 personnes « aiment ça » sur Facebook et les commentaires sont globalement très engagés alors qu’aucun travail réel de production n’a jamais été réalisé. De quoi laisser songeur sur le rapport des utilisateurs avec l’origine des contenus qu’ils consomment sur le réseau. Pire encore, quand un propriétaire d’une vidéo signale la copie, ceux-ci publient un communiqué criant à la censure afin de renforcer l’adhésion des fans. On croit rêver.

« Ce n’est pas car le plagiat se fait à travers un écran qu’il est soudainement plus acceptable. »

Suffirait-il donc d’arborer un petit côté engagé pour justifier un plagiat de type industriel ? À plusieurs reprises, nous avons contacté les responsables du réseau « La vraie démocratie » qui estiment qu’ils n’ont aucune raison de culpabiliser, la plupart de leurs contenus copiés provenant de médias déjà connus. La popularité justifierait l’appropriation à des fins économiques. Nos journalistes ont finalement été bannis de la page. Si www.lavraiedemocratie.net a bien daigné ajouter, parfois, une source, ceci ne justifie pas de perpétuer le plagiat perpétuel dans un but commercial. Car il s’agit bien ici d’instrumentaliser des causes sociales en privatisant des contenus d’associations, de journalistes et de bénévoles. Parmi les « victimes » de leur copie systématique, on trouve Tatiana Vantôse, La Relève et la Peste, Thinkerview, Polony TV, DataGueule, Dany Caligula, Brut., Là-bas si j’y suis, Osons Causer, Et tout le monde s’en fout (c’est le cas de le dire) et bien d’autres encore.

Dernièrement, le réseau « La vraie démocratie » a lancé son propre site internet où ils y copient-collent, titre inclus, chaque jour des articles entiers en provenance de médias divers comme Médiapart, FranceTv ou encore le Huffington Post. Le nom de l’auteur de l’article original est systématique effacé. L’individu caché derrière La vraie démocratie fait ainsi croire à ses lecteurs qu’il est l’auteur de l’article publié. Par ailleurs, le site est gorgé de publicités et de faux liens commerciaux, notamment pour Amazon, ce qui aggrave le caractère de l’usurpation. En effet, si le plagiat est déjà grave par nature, la copie dans un objectif commercial est punissable par la loi. Encore faut-il que les médias concernés aient les moyens de se défendre…

99% des articles copiés mot pour mot !

L’effet de la copie sur les petits médias est méconnu

Respecter les créateurs de contenu du web n’est pas une question d’égo. Certains seraient tentés de se dire : « La copie se fait dans le cadre de l’intérêt collectif, pour informer ». L’argument ne résiste pas longtemps à la réalité. Il existe sur Facebook le bouton pratique et visible « partager » permettant en un clique de publier légalement tout contenu vidéo qui circule. Pour les pages, il existe également l’option de crosspostage (partage officiel entre partenaires). C’est simple, évident, utilisé par tous. Si des pages comme « La vraie démocratie » préfèrent utiliser un logiciel de capture, puis de montage pour ajouter leur logo, nécessitant une action plus longue, c’est par stricte profit personnel.

En effet, en copiant vidéos, images et articles sur leur réseau, ceux-ci vont pouvoir détourner les vues et « capitaliser » du like et de nouveaux fans, avec le risque d’orienter le discours de ces contenus vers leurs propres buts politiques ou économiques. Ce qui explique le succès rapide de ces réseaux : pourquoi se fatiguer à produire du contenu quand on peut simplement copier tout ce qui se fait de mieux sur internet dans un domaine particulier ? et faire fructifier la copie dans son propre intérêt économique au détriment des auteurs ? Rien ne peut le justifier.

Irrémédiablement, ce sont autant de lecteurs qui ne découvriront jamais les auteurs d’origine, la source de ce qu’ils viennent de visionner. Summum du cynisme, avec la confusion savamment entretenue, les lecteurs peuvent même être tentés de contribuer par un don envers l’auteur de la copie, et pas de l’original. Et nous savons tous à quel point les créateurs de contenus indépendants peinent à simplement survivre de leur métier. Même d’un point de vue éthique, le message envoyé aux plus jeunes est assez clair : « copiez, volez, plagiez, et vous gagnerez de l’argent facile sur Internet ». Pas étonnant que la pratique se répande comme une trainée de poudre dans tous les domaines : sport, voyage, cause animale,…

Les sujets les plus polémiques semblent copiés pour maximiser les profits publicitaires.

Au final, on constate souvent que les pages originales des auteurs sont moins suivies que ceux qui les copient. À petite échelle, difficile de concevoir l’étendue de l’impact. Mais à grande échelle, la copie massive des contenus alternatifs génère des difficultés pour les créateurs indépendants qui peinent par exemple à simplement survivre où à récolter des fonds sur Tipeee pour vivre dignement de leur travail. De plus, elles dissocient les « fans » de la cause (écologique, sociale,..) portée par l’auteur ou l’association. Elle divise les éventuels militants plutôt que de les rassembler. Car s’il y a bien un mythe persistant bien que fallacieux, c’est que la copie ferait honneur à l’auteur en lui donnant de la visibilité (un peu comme ces dessinateurs qui doivent travailler gratuitement car c’est leur passion). Globalement, c’est le visage même de nos fils d’actualité qui est défiguré. D’ici quelques années, si les utilisateurs n’ont pas la sagesse de se détourner des réseaux copieurs, ceux-ci vont se développer par appât du gain, détournant des milliers de soutiens potentiels des auteurs originaux. C’est la capacité même de produire du contenu original qui est en jeu. Car, contrairement à Hollywood, les créateurs indépendants du web n’ont ni capitaux et ne réalisent rarement de gros profits. Bien souvent, leur seul salaire, ce sont leurs fans, ceux qui les suivent et les encouragent pour ce qu’ils sont vraiment, sans avoir besoin d’usurper pour exister.

NB : il existe un marché des pages Facebook. L’appropriation de likes génère aussi de la valeur marchande.

70 000 euros de copiés-collés sans investissement ni travail. Sans parler des revenus publicitaires mensuels estimés à au moins 1000 euros par mois.

La copie est également une aberration écologique

Tout le monde le sait, le coût écologique d’Internet est colossal. Nous devons donc faire en sorte de la limiter par une utilisation intelligente. Ce qui implique aussi de PARTAGER et non pas COPIER. En effet, les Data-center énergivores hébergent l’ensemble des contenus que vous voyez à l’écran. Les vidéos font partie des contenus les plus lourds. Un simple « lolcat » de quelques secondes est équivalent à l’envoie de plusieurs milliers d’e-mails en matière d’impact carbone. Pour pallier la moindre défaillance, les équipements de Facebook sont généralement installés en double voire en triple exemplaires. Chaque copie de vidéo quadruple la capacité nécessaire pour héberger la vidéo. On vous laisse imaginer l’ampleur de la copie systématique des vidéos. Le partage direct (via bouton de partage) et le crosspostage ne posent pas ce problème.

« La concentration d’un tel nombre de machines provoque immanquablement de la chaleur qu’il faut évacuer sous peine de griller le système, chaque possesseur d’un ordinateur le sait. Et la production de chaleur dans un Data Center nécessite une climatisation constante qui à elle seule absorbe 40% de l’électricité qu’il consomme. Un de ces climatiseurs suffirait à refroidir un hôtel de 50 chambres, or il y en a des dizaines dans un Data Center ! Globalement, on estime qu’un Data Center consomme autant d’électricité en un jour qu‘une ville de 30 000 habitants. » rappelions-nous dans un précédent article. La manière dont nous consommons du contenu internet joue donc un rôle important sur cette pollution invisible mais bien réelle.

Nawak est un illustrateur engagé, publié régulièrement chez Mr Mondialisation.

Le « crosspostage » comme alternative honnête

Pour pallier ces problématiques et la copie, il existe (outre le bouton de partage habituel) une option proposée par Facebook depuis bientôt deux ans à destination des propriétaires de pages : le crosspostage (ou crossposting). Il s’agit simplement de créer un lien de partenariat entre deux pages afin que celles-ci puissent republier leurs contenus vidéos, en toute transparence, avec sources. Les pages sont ainsi liées par un accord formel et chacun s’engage à respecter les auteurs en sourçant dûment l’origine du contenu. Si les règles ne sont pas respectée, un auteur peut décider de bloquer son contenu ou le réserver à lui seul. Il reste libre et propriétaire de son contenu.

La vidéo crosspostée légalement est quant à elle hébergée une seule fois sur les serveurs physiques, ce qui évite le duplicata (légal ou pas) et donc de générer une pollution inutile et évitable. Malheureusement, ceux qui copient évitent volontiers cette solution car elle impliquerait un travail minimum de collaboration, l’accord des auteurs, mais aussi une plus faible portée des contenus partagés par ce biais (une copie brute étant toujours plus virale). Enfin, personne ne veut collaborer avec des plagieurs.

Que puis-je faire en tant que lecteur ? 4 actions immédiates :

1. Cesser de suivre les pages qui plagient ! Sans vous, les copieurs n’existent pas. Les suivre, c’est participer à l’appauvrissement des auteurs.

2. Laisser un commentaire sur ces pages pour exposer les copieurs. Signaler à Facebook les contenus copiés.

3. Inviter les auteurs d’une vidéo, dessin ou article à signaler la copie. Il existe un formulaire simple pour dénoncer une plagiat avéré.

4. Penser à faire un don aux auteurs des contenus originaux. L’univers médiatique engagé et alternatif existe grâce à eux, pas à ceux qui les copient.

300.000 français suivent un site qui copie/colle 99% de ses contenus. Bienvenue en 2018.

Bref :  S’il ne vous viendrait pas à l’esprit d’acheter un livre dont une personne tiers aurait collé grossièrement son nom par dessus la couverture pour se faire de l’argent tout en prétendant « informer les gens », ne le faites pas sur Internet. La survie de beaucoup des créateurs de contenus en dépend !


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