La copie de nos articles à des fins commerciales nous tue. STOP.

Une pratique douteuse s’est généralisée dernièrement sur internet : la copie systématique des contenus vidéos, photographies et textes par des pages d’intérêts privés à des fins commerciales se faisant passer pour des associations militantes. En tête de liste de ce business, le site français « La Vraie Démocratie » comptabilisant plus de 400.000 fans sur Facebook. Des médias francophones comme Médiapart, Huffpost, FranceInfo, Marianne et bien d’autres sont concernés par cette copie à une échelle industrielle. Derrière le prétexte du libre partage, le plagiat du contenu des rédactions, associations, dessinateurs et vidéastes posent une véritable question de démocratie, de savoir vivre et même de survie économique pour les véritables créateurs de contenus. Pourquoi la copie s’est-elle banalisée, qui en profite et pourquoi vous ne devriez pas fermer les yeux. (Cet article est sous Creative Commons – À reproduire librement sans but commercial).

Aujourd’hui, le plagiat d’un article de presse ou un écrit original est vivement condamné par tous avec raison. Il ne viendrait l’idée à personne de créer un média où 100% des articles seraient copiés ailleurs avec une fausse signature. Copier un texte original sans autorisation est un irrespect profond envers l’auteur et son travail. C’est d’autant plus vrai quand il est fait commerce du texte copié. Pourtant, certains ne s’en privent pas. Le site francophone « La Vraie Démocratie », qui comptabilise plus de 450.000 fans à ce jour, est fondé sur cette copie systématique. 100% du contenu de ce site est un grossier copié collé d’un autre média, et personne ne semble s’en inquiéter.

Et la copie ne se limite pas aux articles de presse. En matière de vidéos, de dessins originaux ou de photos, tous les abus sont également permis. Copier-coller une vidéo, souvent même pour ajouter son propre logo par dessus, est devenu courant et ne semble plus choquer personne. Il n’est donc plus question de partage, mais d’appropriation d’un travail dans un objectif lucratif. Mais nous consommons tellement de contenus audiovisuels chaque jour que rares se questionnent sur l’origine des choses et donc sur ces anonymes qui travaillent d’arrache pied sur le terrain à leur création.

Chez Mr Mondialisation, une petite équipe de 3 à 4 personnes produit du contenu vidéo plusieurs fois par mois ainsi qu’environ 100 articles originaux. Derrière chaque clip, chaque article, chaque image, se cache un travail anonyme conséquent de petites mains sur le terrain, du matériel, des déplacements, du temps et surtout de la passion. Nous publions également des vidéos produites par des partenaires, des associations ou des militants, toujours avec autorisation, ce qui nécessite également rencontre, organisation et transparence. Contrairement à la production d’un grand film de cinéma, ces vidéos sont gratuites au visionnage. Mais gratuit ne signifie pas appropriable !

Chaque semaine, nous observons que nos vidéos et articles sont copiés/collés à la volée (et non pas repartagées via les boutons prévus à cet effet) par des pages plus ou moins connues qui sont passées maîtres dans l’art de s’accaparer le travail des autres. Le réseau militant – sur la forme – qui pratique le plus la copie systématique est à ce jour « La vraie démocratie ». Tout comme les autres médias concernés, nous n’avons jamais reçu aucune demande cordiale d’autorisation, les copies ne contiennent souvent pas de source ou tout au mieux un lien vers la copie, on y trouve un nombre alarmant de publicités et des liens sponsorisés (objectif mercantile). Concernant la vidéo, les propriétaires de ces pages ajoutent leur logo par dessus, s’accaparant ainsi la paternité de ce travail pour gagner en popularité et détourner un éventuel profit financier. En dépit de l’illégalité, ce business de la copie fonctionne au delà de toute proportion.

« Avec ou sans source, une copie à but commercial, reste du plagiat illégal et malhonnête »

Exemple 1

Ajouter son propre logo par dessus un contenu original. Sans commentaire.

Exemple 2

Un exemple de copie sur des centaines. À noter que même avec une source, le plagiat à but commercial est interdit.

Le cas « La vraie démocratie »

L’exemple le plus édifiant de cette pratique banalisée est sans aucun doute possible le réseau « La vraie démocratie« . 99% du contenu publié par ce site est ainsi plagié d’autres médias, petits et grands. Un véritable business-plan lucratif construit sur du vide. Et pourtant, ça marche, les utilisateurs n’en ayant absolument pas conscience.

La technique est simple : télécharger une vidéo (ou une image) à l’aide d’un logiciel sur son ordinateur, ajouter la référence « www.lavraiedemocratie.net » par dessus, et republier le tout sur leur page/site privé afin de capitaliser des « likes » sur le travail d’autrui. Concernant les articles de presse, c’est encore plus facile. Il suffira de deux clics de souris pour copier des textes qui seront collés sur leur site privé, gorgé de publicités.

Sur le site de La Vraie Démocratie, on peut compter plus de 5 publicités de type « Google » et 20 contenus sponsorisés par article. Ceci représente un potentiel économique majeur que nous estimons entre 50 et 100 euros par article copié. Rappelons que le site La Vraie Démocratie en copie plusieurs par jour et ceci sans effort ni investissement. Soit plusieurs milliers d’euros détournés des auteurs et médias originaux chaque mois.

En dépit de ce plagiat de masse manifeste, et l’absence de création originale, plus de 400 000 personnes aiment La Vraie Démocratie sur Facebook et les commentaires sont globalement très engagés alors qu’aucun travail réel de production/rédaction n’a été réalisé. De quoi laisser songeur sur le rapport des utilisateurs avec l’origine des contenus qu’ils consomment sur le réseau. Pire encore, quand un propriétaire d’une vidéo ou d’un article signale la copie, ceux-ci publient un communiqué criant à la censure afin de renforcer l’adhésion des fans.

« 50 et 100 euros par article volé pour des centaines d’articles volés chaque mois. Le préjudice pour les médias alternatifs est faramineux. »

Suffirait-il donc d’arborer un petit côté engagé pour justifier un plagiat de type industriel ? À plusieurs reprises, nous avons contacté les responsables du réseau « La vraie démocratie » qui estiment qu’ils n’ont aucune raison de culpabiliser, la plupart de leurs contenus copiés provenant de médias connus ou engagés. La popularité justifierait donc l’appropriation à des fins économiques. Nos journalistes ont finalement été bannis de leur page. Si www.lavraiedemocratie.net a bien daigné ajouter, parfois, une source, ceci n’ouvre pas le droit à une copie dans un but commercial contre l’autorisation de l’auteur. Car on parle bien ici d’instrumentaliser des causes sociales en privatisant des contenus d’associations, de journalistes et de bénévoles dans un but économique.

Cette manne financière est donc détournée pour finir dans la poche d’une personne anonyme n’ayant pas travaillé à la création de ces contenus. Parmi les youtubeurs « victimes » de leur copie systématique, on trouve Tatiana Vantôse, La Relève et la Peste, Thinkerview, Polony TV, DataGueule, Dany Caligula, Brut., Là-bas si j’y suis, Osons Causer, Et tout le monde s’en fout (c’est le cas de le dire). Côté médias, tous les bords politiques sont concernés : de Médiapart à France Info en passant par le Huffington Post, Mr Mondialisation, Le Figaro et Le Monde.

Naturellement, le nom de l’auteur de l’article original sera systématique effacé. L’individu caché derrière La vraie démocratie fait ainsi croire à ses lecteurs qu’il est l’auteur de l’article publié. Par ailleurs, le site propose de faux liens commerciaux, notamment pour Amazon, ce qui aggrave le caractère du détournement. En effet, si le plagiat est déjà grave par nature, la copie dans un objectif commercial est punissable par la loi.

99% des articles copiés mot pour mot !

L’effet de la copie sur les petits médias est méconnu

Respecter les créateurs de contenus du web devrait être naturel pour tout le monde. Ils font vivre internet comme nous le connaissons. Certains seraient tentés de se dire : « La copie se fait dans l’intérêt collectif, pour informer, alors c’est bon ! ». L’argument ne résiste pas longtemps à la réalité. Il existe sur Facebook le bouton pratique et visible « partager » permettant de republier légalement tout contenu vidéo qui circule. Pour les pages, il existe également l’option de crosspostage (partage officiel entre partenaires). C’est simple, évident, utilisé par tous. Si des pages comme « La vraie démocratie » préfèrent utiliser un logiciel de capture, puis de montage pour ajouter leur logo, héberger leur propre wordpress, c’est dans le but de générer un profit économique personnel.

En effet, en copiant vidéos, images et articles sur leur réseau, ceux-ci vont pouvoir détourner les vues et « capitaliser » du like et de nouveaux fans, avec le risque d’orienter le discours de ces contenus vers leurs propres buts politiques ou économiques. Ce qui explique le succès rapide de ces réseaux : pourquoi se fatiguer à produire du contenu quand on peut simplement copier tout ce qui se fait de mieux sur internet dans un domaine particulier sans payer les auteurs ni demander d’autorisation ?

Très concrètement, quand Mr Mondialisation édite 2 articles originaux, « La vraie démocratie » publie dans le même temps 15 articles copiés, sans payer qui que ce soit, tout en récoltant les fruits de leur travail.

Irrémédiablement, ce sont autant de lecteurs qui ne découvriront jamais les auteurs d’origine, la source de ce qu’ils viennent de visionner. Summum du cynisme, avec la confusion savamment entretenue, les lecteurs peuvent même être tentés de contribuer par un don envers l’auteur de la copie ! Et nous savons tous à quel point les créateurs de contenus indépendants peinent à simplement survivre de leur métier. Même d’un point de vue éthique, le message envoyé aux plus jeunes est assez clair : « copiez, volez, plagiez, et vous gagnerez de l’argent facile sur Internet ».

Tous les articles de « la vraie démocratie » suivent la même logique marchande.

Au final, on constate souvent que les pages originales des auteurs sont souvent moins suivies que ceux qui les copient. À petite échelle, difficile de concevoir l’étendue de l’impact. Mais à grande échelle, la copie massive des contenus alternatifs génère des difficultés pour les créateurs indépendants qui peinent par exemple à simplement survivre où à récolter des fonds sur Tipeee pour vivre dignement de leur travail. De plus, elles dissocient les « fans » de la cause (écologique, sociale,..) portée par l’auteur ou l’association. Elle divise les éventuels militants plutôt que de les rassembler. Car s’il y a bien un mythe persistant bien que fallacieux, c’est que la copie ferait honneur à l’auteur en lui donnant de la visibilité (un peu comme ces dessinateurs qui devraient travailler gratuitement car c’est leur passion…). Globalement, c’est le visage même de nos fils d’actualité qui est défiguré. D’ici quelques années, si les utilisateurs n’ont pas la sagesse de se détourner des réseaux copieurs, ceux-ci vont se développer par appât du gain, détournant des milliers de soutiens potentiels des auteurs originaux. C’est la capacité même de produire du contenu original qui est en jeu. Car, contrairement aux géants médiatiques, les créateurs indépendants du web n’ont ni capitaux et réalisent rarement un profit. Bien souvent, leur seul salaire, ce sont leurs fans, ceux qui les suivent et les encouragent pour ce qu’ils sont vraiment, sans avoir besoin d’usurper pour exister.

La copie est également une aberration écologique

Tout le monde le sait, le coût écologique d’Internet est colossal. Nous devons donc faire en sorte de la limiter par une utilisation intelligente. Ce qui implique aussi de PARTAGER et non pas COPIER. En effet, les Data-center énergivores hébergent l’ensemble des contenus que vous voyez à l’écran. Les vidéos font partie des contenus les plus lourds. Un simple « lolcat » de quelques secondes est équivalent à l’envoie de plusieurs milliers d’e-mails en matière d’impact carbone. Pour pallier la moindre défaillance, les équipements de Facebook sont généralement installés en double voire en triple exemplaires. Chaque copie de vidéo quadruple la capacité nécessaire pour héberger la vidéo. On vous laisse imaginer l’ampleur de la copie systématique des vidéos. Le partage direct (via bouton de partage) et le crosspostage ne posent pas ce problème.

« La concentration d’un tel nombre de machines provoque immanquablement de la chaleur qu’il faut évacuer sous peine de griller le système, chaque possesseur d’un ordinateur le sait. Et la production de chaleur dans un Data Center nécessite une climatisation constante qui à elle seule absorbe 40% de l’électricité qu’il consomme. Un de ces climatiseurs suffirait à refroidir un hôtel de 50 chambres, or il y en a des dizaines dans un Data Center ! Globalement, on estime qu’un Data Center consomme autant d’électricité en un jour qu‘une ville de 30 000 habitants. » rappelions-nous dans un précédent article. La manière dont nous consommons du contenu internet joue donc un rôle important sur cette pollution invisible mais bien réelle.

On a retrouvé le clavier du site « La vraie démocratie »

Le « crosspostage » comme alternative honnête

Pour pallier ces problématiques et la copie, il existe (outre le bouton de partage habituel) une option proposée par Facebook depuis bientôt deux ans à destination des propriétaires de pages : le crosspostage (ou crossposting). Il s’agit simplement de créer un lien de partenariat entre deux pages afin que celles-ci puissent republier leurs contenus vidéos, en toute transparence, avec sources. Les pages sont ainsi liées par un accord formel et chacun s’engage à respecter les auteurs en sourçant dûment l’origine du contenu. Si les règles ne sont pas respectée, un auteur peut décider de bloquer son contenu ou le réserver à lui seul. Il reste libre et propriétaire de son contenu.

La vidéo crosspostée légalement est quant à elle hébergée une seule fois sur les serveurs physiques, ce qui évite le duplicata (légal ou pas) et donc de générer une pollution inutile et évitable. Malheureusement, ceux qui copient évitent volontiers cette solution car elle impliquerait un travail minimum de collaboration, l’accord des auteurs, mais aussi une plus faible portée des contenus partagés par ce biais (une copie brute étant toujours plus virale). Enfin, personne ne veut collaborer avec des plagieurs.

Que puis-je faire en tant que lecteur ? 4 actions simples et utiles :

1. Cesser de suivre les pages qui plagient comme La Vraie Démocratie. Sans vous, les copieurs n’existent pas. Les suivre, c’est encourager l’appauvrissement des auteurs.

2. Laisser un commentaire sur ces pages pour exposer les copieurs. Signaler à Facebook les contenus copiés. Ensemble, nous pouvons arrêter ça.

3. Prévenir et inviter les victimes d’un contenu copié à porter réclamation. Il existe un formulaire simple pour dénoncer une plagiat avéré sur Facebook.

4. Faire un don aux auteurs des contenus originaux. L’univers médiatique engagé et alternatif existe grâce à leur travail.

400.000 français suivent un site qui copie/colle 99% de ses contenus. Bienvenue en 2018.

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