C’est une étude menée par des scientifiques de l’Université d’État de São Paulo (UNESP) qui révèle des résultats inquiétants. Des chercheurs ont mis en évidence que les bouleversements du paysage conduisent directement à la perte non seulement des espèces, mais aussi des interactions entre la faune et la flore. Si nous savions depuis longtemps que la destruction de forêts provoquait un déclin dans la diversité des espèces animales et végétales, nous sommes désormais avertis des impacts négatifs sur la dispersion des graines par les oiseaux. Une activité pourtant cruciale pour la survie des écosystèmes. Explications.

Cette étude a été soutenue par la Fondation de recherche de São Paulo (le FAPESP) et publiée dans le magazine Biotropica dont elle fait aussi la couverture. Elle faisait partie du projet « Conséquences écologiques de la défaunation dans la forêt tropicale atlantique » dirigé par Mauro Galetti, professeur à l’Institut des biosiences de l’UNESP (IB-UNESP).

Sous sa direction l’équipe de chercheurs a compilé des données provenant de 16 études sur les interactions entre les plantes et les animaux frugivores dans différents fragments du biome (ensemble d’écosystèmes) de la forêt tropicale atlantique. Ces fragments ont été sélectionnés pour former un « gradient de perturbation humaine » déduit de la taille de chaque vestige forestier.

« En écologie, nous savons beaucoup de choses sur les relations entre les espèces et la superficie, mais peu ou presque rien sur la relation entre les interactions des espèces et la perte de superficie. Notre étude a utilisé des réseaux écologiques pour découvrir comment les interactions de dispersion des graines réagissent à la perte de superficie et à la fragmentation du paysage. Le rétrécissement des fragments forestiers entraîne une perte des interactions écologiques qui sont importantes pour le fonctionnement des forêts et le maintien de la biodiversité. » Carine Emer (auteure de l’article, post-doctorante à l’IB-UNESP).

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Si l’étude s’est particulièrement concentrée sur les relations entre les oiseaux et les plantes fruitières c’est que les oiseaux sont un vecteur indispensable de la dispersion des graines issues des fruits dont ils se nourrissent. Leur rôle dans la régénération constante des forêts est essentiel. La conclusion des chercheurs est limpide : plus le fragment de forêt est petit, plus le nombre d’espèces qui y vivent l’est également et moins les interactions peuvent subsister. La régénération de la flore est dès lors mise en danger. L’activité humaine sur un territoire donné à ainsi tendance à ralentir si non bloquer la dispersion des graines et la régénération du vivant.

Quand l’homme impacte un territoire, les premiers oiseaux à disparaître sont les plus gros, ce sont eux qui propagent les graines des espèces végétales les plus imposantes. De ce fait, la disparition de ces oiseaux signifie la diminution/disparition des plantes dont ils se nourrissaient entraînant à terme une modification radicale du paysage où ne restent que des oiseaux « disperseurs » d’espèces végétales à petites graines. Les végétaux à grande graine finissent donc par ne se concentrer que dans les zones les plus grandes et mieux conservées. Également, les espèces végétales dont les graines ne sont dispersées que par quelques espèces d’oiseaux sont plus menacées d’extinction qu’une autre espèce dont les fruits sont consommés par plusieurs espèces d’oiseaux différentes.

Aussi, selon la taille du fragment de biome étudié, les chercheurs ont noté une nette différence dans le nombre d’espèces végétales propagées par les oiseaux. Dans la forêt la mieux conservée de l’étude, à la fois la plus importante en superficie (42 000 hectares) et en diversité d’oiseaux & de plantes (81 frugivores et 185 plantes fruitières), les chercheurs ont enregistré un taux de dispersion de graines de 3,65 espèces par oiseau soit un total de 1 100 interactions. À l’inverse, dans la plus petite zone étudiée, un fragment de six hectares en régénération depuis un peu plus de huit ans comptant 28 espèces de petits oiseaux frugivores et 6 espèces de plantes fruitières, ont été enregistrés 169 interactions et un taux de dispersion de graines de 1,47 espèce par oiseau.

Non seulement des espèces animales et végétales disparaissent du fait de l’activité humaine mais les oiseaux survivants deviennent d’autant plus incapables de régénérer leur propre habitat lorsque la taille de ce dernier est réduit. La fragmentation d’un territoire compromet sa régénération et sa diversité animale et végétale. Dans un précédent article également écrit par Carine Emer, le seuil limite a été établi à 10 000 hectares. En dessous de ce chiffre, les interactions entre les grandes espèces animales et végétales sont perdues. Autre fait important, dans les espaces fragmentés, la cohésion est assurée par les petites espèces d’oiseaux généralistes dispersant les petites graines de plantes elles aussi dites généralistes. Ainsi, selon Carine Emer : « La forêt tropicale atlantique est actuellement connectée par des interactions impliquant des oiseaux généralistes qui dispersent des espèces végétales adaptées aux environnements perturbés. »

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C’est un équilibre naturel parfait issu de millions d’années d’évolution que l’homme dérègle en un très court temps par son activité de destruction de l’environnement. Une fois un biome en partie détruit ou fragmenté, l’équilibre est rompu et il ne peut se rétablir de lui-même. Sa reconstruction doit donc être incitée artificiellement par les responsables. Au contraire, l’interdépendance des espèces d’oiseaux et de plantes fait que si l’une disparaît elle entraîne la disparition de l’autre. Si bien que la conclusion de Carine Emer résonne comme un avertissement autant qu’un cri d’alarme :

« La forêt tropicale atlantique a diminué de 12% environ de sa superficie d’origine, et la plupart sont de petits fragments de forêt. Il y a une grande diversité d’interactions de dispersion des graines dans les fragments que nous avons analysés, la plupart se produisant dans un ou deux fragments seulement. Ces interactions correspondent à des millions d’années d’évolution. Les espèces ayant des trajectoires évolutives différentes interagissent dans le présent et sont de plus en plus limitées à quelques zones. En somme, nous avons atteint un seuil au-delà duquel nous ne pouvons plus supporter de pertes. Chaque fragment de la forêt tropicale atlantique correspond à des millions d’années d’histoire évolutive unique qui doivent être conservées. »

S. Barret

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Source image d’entête : likeaduck / Flickr

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