Des scientifiques britanniques viennent d’établir le lien entre la pollution atmosphérique et l’augmentation anormale de la taille du cœur. En cause : les particules fines, particulièrement présentes dans les centres urbains, qui provoquent l’élargissement des ventricules du cœur, un des symptômes précoces de l’insuffisance cardiaque.

Pour rappel, l’expression « particules fines » désignent des microparticules de 10 à 0,25 micromètre de diamètre (les PM10 et PM2,5) en suspension dans l’air. Particulièrement petites, elles proviennent de tous types de combustion incomplète : des gaz d’échappement des moteurs de voiture – surtout diesel – mais aussi de l’industrie, de l’agriculture avec l’utilisation d’engrais industriels jusqu’au bois de chauffage. La concentration de particules fines dans l’atmosphère peut atteindre des pics après plusieurs jours de beau temps avec peu de vent. Ce qui se produit souvent en hiver, au début du printemps et au moment d’épisodes caniculaires. En France, on considère que le pic de pollution est atteint lorsque « la concentration moyenne journalière de particules (PM10) dans l’atmosphère dépasse le seuil d’information/recommandation (50 µg/m3) ou le seuil d’alerte (80µg/m3)« . Mais la pollution en particule fine reste réelle toute l’année à de niveaux moindres.

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Des recherches ont déjà mis en lumière leur dangerosité : elle réside dans le fait qu’elles pénètrent profondément dans les poumons, jusque dans les bronches et les alvéoles qu’elles enflamment provoquant ou aggravant de l’asthme et des allergies (les pollens notamment peuvent pénétrer plus profondément dans les petites bronches). Elles sont responsables de bronchites chroniques et d’une partie de l’augmentation du nombre de cancers du poumon. Les particules fines sont particulièrement nocives pour les personnes âgées, les femmes enceintes, les bébés, les diabétiques et les personnes souffrant déjà de problèmes respiratoires. A fortiori, les populations habitant dans les régions les plus polluées sont les plus touchées.

Mais leur impact ne s’arrête pas au système respiratoire. Les particules fines peuvent pénétrer les vaisseaux sanguins jusqu’à boucher les plus petits, provoquant à terme des problèmes cardio-vasculaires : accident vasculaire cérébral, infarctus du myocarde, maladies coronariennes. Récemment, des chercheurs britanniques ont découvert qu’elles favorisaient l’insuffisance cardiaque en dilatant les ventricules gauche et droit du cœur. Le cœur devient alors moins efficace et cela peut conduire à l’apparition d’insuffisance cardiaque. Cette nouvelle étude édifiante fut publiée dans la revue Circulation et dirigée par le docteur Nay Aung, cardiologue à l’Université Queen Mary de Londres, avec l’appui de ses collègues.

Les chercheurs ont analysé pendant cinq ans les données de 4000 volontaires âgés de 40 à 69 ans ne souffrant pas de maladies cardio-vasculaires et qui n’ont pas déménagé durant le temps de l’étude. À été prise en compte en parallèle la concentration de la pollution atmosphérique aux domiciles des participants. Au bout de cinq ans, l’analyse des IRM cardiaques a révélé une lente augmentation du volume des ventricules chez les volontaires les plus exposés aux particules PM2.5, aux particules PM10 et au dioxyde d’azote. Plus précisément, pour une augmentation de l’exposition aux PM2.5 d’un micromètre par mètre cube d’air, la taille des ventricules augmente d’un peu moins de 1%. Des études antérieures avaient déjà suggéré une augmentation du ventricule gauche chez des souris exposées à de fortes concentrations de PM2.5.

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Si l’effet parait faible, les conséquences ne sont pas à sous-estimer. Le Dr Aung y voit « un signe d’alerte précoce, ce qui peut expliquer le risque accru d’insuffisance cardiaque chez les personnes exposées à un niveau de pollution plus élevé« . Dans les cas d’une insuffisance cardiaque, la taille du cœur augmente pour compenser la pression qu’il subit, ce qui, sans traitement adapté, peut le conduire à terme à s’arrêter. Les résultats de l’étude inquiète le Dr Aung en particulier parce que les participants vivent dans des zones peu polluées et sont exposées à des doses moyennes de particules situées dans la limite des recommandations de l’OMS. Mais ces limites sont largement dépassées les jours de pic de pollution et dans certaines zones comme le centre de Londres. Selon ces observations, ces limites sanitaires seraient alors à revoir à la hausse. Certains critiques émettent toutefois des réserves sur les résultats de cette enquête, arguant notamment qu’elle démontre seulement une corrélation plutôt que d’établir la preuve formelle d’un lien de cause à effet. Ce qui n’a pas empêché l’étude d’être accueillie favorablement par la communauté scientifique. Elle pourrait à l’avenir inciter les autorités à penser de nouvelles mesures pour lutter contre la pollution de l’air, mesures nécessaires pour la santé publique.

Le nombre de décès imputables aux effets des particules fines est en tout cas difficile à évaluer. Un rapport de 2005 rendu par la Commission Européenne estimait ce chiffre à 42 000 morts par an en France. Mais cette étude est remise en cause du fait qu’elle se basait sur des mesures de concentration d’émissions des particules datant de 1997. Des mesures trop anciennes donc, même si ces émissions ont été majorées de 25% dans le rapport final. Difficile au final de savoir si le chiffre de 42 000 morts annuels est pertinent ou carrément sous-estimé. On sait par ailleurs que l’émission de particules a baissé de 100 000 tonnes entre 2000 et 2010 suite à l’instauration de normes strictes. Mais paradoxalement, leur concentration dans l’air est restée stable

En résumé, on manque d’une étude s’appuyant sur des mesures récentes et prenant en compte la disparité géographique du territoire (la Creuse pas n’est aussi touchée que Paris) pour estimer avec précision le nombre annuel de victimes de la pollution aux particules fines. Mais un chiffre changerait-il le cœur de la problématique ? La seule chose certaine est leur réelle dangerosité et la nécessité de réduire leur concentration dans l’atmosphère que nous respirons. Et cela passe par la remise en question de nombreux aspects de notre vie contemporaine pour pouvoir laisser à nos descendants une Terre un minimum respirable.

S. Barret


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Source : theguardian.com / sante-medecine / lemonde.fr / lemonde.fr