Le parlement japonais vient de mettre fin à plus de 70 ans de politique pacifiste en adoptant une série de lois qui ouvrent la possibilité d’une intervention militaire à l’étranger. Le Japon s’ouvre ainsi au risque de devoir intervenir militairement partout dans le monde pour soutenir son principal allié : les États-Unis.

Selon l’opposition, les lois fraichement adoptées par le gouvernement japonais entrent en contradiction directe avec leur Constitution fondamentalement pacifiste. En effet, son article 9, votée le 3 novembre 1946 sous l’occupation américaine, interdit au Japon d’user de la force militaire sous aucun prétexte : « Aspirant sincèrement à une paix internationale fondée sur la justice et l’ordre, le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ou à la menace, ou à l’usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux. » (source).

Si cette décision fut imposée par les forces américaines, durant 70 ans, ce pacifisme s’est mué en véritable culture s’insinuant profondément dans toutes les sphères de la société nippone. C’était sans compter sur les ambitions politiques du Premier ministre Shinzo Abe qui, voguant sur la crise au moyen orient, a souhaité renverser cette tradition pacifiste. Les dirigeants japonais évoquent également des menaces grandissantes venues de Chine et de Corée du Nord. Menaces jugées totalement farfelues par nombre d’observateurs dont les autorités chinoises elles-mêmes qui implorent le Japon à «agir réellement pour protéger la paix et la stabilité régionales».

Brisant avec le respect légendaire de l’archipel, les parlementaires en sont venus aux mains en plein débat quant à cette législation très contestée à travers tout le pays. Des images qui n’ont pas tardé à faire le tour du monde, symbolisant une crise politique profonde qui divise le pays du soleil levant. Les empoignades n’ont cependant pas empêché l’adoption des textes controversés. En pratique, cette nouvelle lecture de la Constitution risque d’entrainer le Japon dans des interventions armées aux côtés des Américains à l’autre bout du monde. En effet, les nouvelles lois de la défense japonaise ouvrent la possibilité pour le pays d’intervenir militairement à l’extérieur pour soutenir un allié. Le fait est que les principaux alliés du Japon sont les États-Unis.

Cette ouverture à de possibles guerres marquant l’abandon de 7 décennies de pacifisme est perçue par l’opposition comme étant une soumission aux volontés impérialistes américaines. Face à cette volonté militariste du gouvernement actuel, à l’orientation politique très à droite, des dizaines de milliers de japonais ont manifesté dans les rues de toutes les grandes villes de l’île. Une mobilisation d’une ampleur jamais vue dans l’archipel depuis un demi-siècle. Des milliers de Japonais s’étaient également amassés devant le parlement pour protester contre cette dérive militaire perçue comme un réalignement sur la politique américaine impérialiste.

4000Photographie : Guillaume Bression pour le Guardian

Sur les pancartes des manifestants, on pouvait lire : «War against war» (la guerre contre la guerre), «Peace not war» (La paix, pas la guerre), ou «Give peace a chance» pour « donner une chance à la paix » selon la fameuse chanson de John Lennon. Ces mouvements populaires d’un genre nouveau au Japon ont mis en lumière certains visages de la résistance contre la tentation militariste du gouvernement conservateur.

Dans l’archipel nippon, où le travaillisme et la soumission stricte à la hiérarchie sont au cœur de la société, le militantiste est toujours perçu par la majorité comme étant excentrique, marginal ou immature. Les récents évènements viennent ainsi bousculer ces préjugés. Parmi les manifestants, on observe de nombreux étudiants cultivés ayant foi en la liberté et la démocratie, autant que de personnes âgées qui craignent la résurgence de quelques volontés guerrières ou colonialistes enfuient profondément dans l’histoire d’un Japon que personne n’aspire à revoir.


Source : liberation.fr / theguardian.com

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