MagiCJacK à l’assaut de la fourrure dans cette vidéo délirante

Grinçant et sans concession : le dernier clip de Maxime Ginolin, alias MagiC JacK, a le mérite de mettre les pieds dans le plat en caricaturant l’hypocrisie d’une part de l’industrie de la mode qui aurait encore recours à la fourrure pour confectionner leurs lignes de vêtements. La question est pourtant légitime : à l’heure où la production de fourrure repose sur une industrialisation des méthodes dont les conséquences catastrophiques pour les animaux sont désormais bien connues à force d’enquêtes et de caméras cachées, comment justifier la souffrance et la violence que subissent ces êtres vivants dans les élevages ?

À l’image de la Norvège, qui décidait il y a quelques mois d’interdire les élevages de fourrure sur son territoire à partir de 2025, nombreux pays d’Europe sont intervenus pour réglementer et mettre fin à cette industrie. C’est le cas des Pays-Bas, où une loi de 2013 prévoit la fermeture des élevages d’ici 2024 (décision particulièrement courageuse alors qu’il s’agissait d’un des premiers producteurs mondiaux), mais aussi du Royaume Uni. En Suisse, la législation est si contraignante que les élevages ont disparu dans les faits.

La France à la traîne sur la question, la Belgique divisée

Le mouvement d’interdiction des élevages qui a pu être observé en Europe depuis plus d’une décennie est notamment la conséquence d’une prise de conscience des nouvelles générations quand à la souffrance des animaux dans l’industrie et de la nécessité de les protéger. Sous la pression croissante de la part engagée des citoyens et des citoyennes, gouvernements et parlements se voient contraints de s’emparer du sujet.

Pourquoi la France ne réagit-elle pas ?

La France fait désormais partie des seuls pays de l’UE où la pratique n’a pas fait l’objet d’une intervention de la part du législateur. Réalité peu connue du grand public, l’élevage d’animaux pour leur fourrure y est pourtant pratiquée : il existe 10 élevages de visons d’Amérique (exclusivement élevés pour leur fourrure et dont une récente enquête de L214 mettait en lumière les dessous macabres) ainsi que des élevages de lapins Orylag sur le territoire. Pourtant, comme le révélait un récent sondage commandé par L214, 84 % des Français et des Françaises s’expriment de manière favorable quant à l’interdiction de la pratique. En Belgique, l’élevage d’animaux pour leur fourrure a été interdit en Wallonie et à Bruxelles, mais reste bien présent en Flandres, où 160.000 visons seraient tués chaque année pour leur fourrurePourquoi la France ne réagit-elle pas ?

Credit: Jo-Anne McArthur/#MakeFurHistoryPas d’interdiction générale de commercialisation de la fourrure en Europe

Si l’on peut regretter que la France et une partie de la Belgique soient à la traîne, on peut aussi se demander si une simple interdiction des élevages, aussi louable que soit l’intention, est réellement suffisante à l’échelle nationale pour endiguer la problématique. Pour cause, en dépit de la mauvaise presse dont elle fait l’objet, l’industrie de la fourrure se porte économiquement très bien. En 2015, l’industrie pesait 35 milliards d’euros, deux fois plus qu’en 2013. Le secteur est donc en pleine croissance en dépit des interdictions ! En effet, de nouveaux marchés se sont récemment ouverts a elle, notamment celui de la Chine, ce qui explique une grande partie de son succès économique.

De surcroît, malgré les interdictions d’élever des animaux pour leur fourrure dans certains pays d’Europe, le commerce de ces mêmes fourrures n’est toujours pas prohibé, hormis pour celle de chiens, chats et phoques (le règlement n° 1523/2007 du Parlement européen et du Conseil du 11 décembre 2007 interdit la mise sur le marché, l’importation dans la Communauté ou l’exportation depuis cette dernière de fourrure de chat et de chien et de produits en contenant. Idem pour les peaux de phoque, depuis la résolution législative du Parlement européen du 5 mai 2009). Certains ont d’ailleurs considéré que la situation était d’une grande hypocrisie : à quoi bon interdire les élevages si l’on laisse la possibilité aux industriels de rebondir en exportant leurs activités vers des pays moins contraignants, en particulier en Asie ? La question est donc posée : s’il l’on veut réellement freiner l’industrie de la fourrure, faut-il interdire la commercialisation des peaux de manière générale en Europe ? Mais une telle décision ne serait-elle pas contraire au sacro-saint diktat du marché porté par l’Europe ?

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