Chacun doit le constater, le modèle capitaliste s’est imposé au cours du siècle dernier face à d’autres modèles économiques et sociaux. Pour cause, dans un monde qui ne conçoit la vie que par le prisme des quantités et richesses produites (croissance), le système apparaît être comme le plus efficace. Il reproduit également les conditions sociales et culturelles de sa propre existence. Mais au moment où les démocraties libérales vacillent, et où l’effondrement écologique approche, le néolibéralisme se transforme-t-il en menace pour la liberté ? Analyse à la lumière des pensées de Benjamin Barber, Michel Foucault et Gilles Deleuze.

Nous vivons dans un monde de plus en plus globalisé. Selon le sociologue britannique Anthony Giddens : « il y’a une intensification mondiale des relations sociales ce qui lie des localités distantes d’une telle façon que la vie locale est souvent façonnée par des événements arrivant à des milliers de kilomètres, et inversement. » Depuis la chute du mur de Berlin, le système économique capitaliste peut (quasiment) être considéré comme hégémonique. Beaucoup de nouveaux régimes démocratiques ont émergé des cendres de l’URSS. De nombreux pays d’Asie ou de l’Amérique du Sud vivent également une croissance économique soutenue et peuvent maintenant être considérés comme de véritables pôles de puissance à l’échelle des relations internationales. Si la guerre reste d’actualité, le nombre de régimes autoritaires, comme les dictatures ou les juntes militaires, a diminué. Globalement, la notion de liberté dans ses différentes composantes a gagné du terrain sur les quarante dernières années.

Cependant, de nombreux intellectuels ont également soutenu qu’un monde capitaliste globalisé n’impliquerait pas que des bénéfices ou du moins des gains démocratiques. C’est notamment ce que Benjamin Barber a développé dans son texte McWorld vs. Jihad publié en 1992. Ce professeur américain de sciences politiques y décrit que les deux principes centraux qui marqueront la fin du 20-ème et le début du 21-ème siècle sont : le tribalisme (par exemple sous la forme de l’intégrisme religieux) et la mondialisation néolibérale. Selon Barber, les deux ont un point commun, ils négligent l’aspect démocratique, soit le rôle joué par la population dans l’édiction des règles collectives.

De la fin des années 70 au début des années 90, deux philosophes français majeurs, Michel Foucault et Gilles Deleuze, ont apporté des hypothèses sur la forme que le concept de pouvoir allait prendre dans la société. À la lumière d’une pensée néolibérale croissante, ces deux intellectuels développèrent l’idée qu’un accent global pour plus de liberté, dû à la mutation du système capitaliste, n’amènerait pas nécessairement moins de mécanismes contrôlant les individus. Barber, Foucault et Deleuze basent leurs analyses sur des concepts différents. Cependant, l’interprétation de leurs écrits montre que leurs pensées se recoupent et permettent une perspective intéressante sur la société actuelle.

2014 Flood Wall Street 5

Benjamin Barber : Démocratie et mondialisation néolibérale

La question de la place de la démocratie dans un monde globalisé est centrale dans le travail de Benjamin Barber. Ce professeur est devenu célèbre dans le monde académique grâce à son travail nommé Jihad vs. Mc World. D’un côté, le soi-disant Jihad symbolise ici le regain d’identités sous-nationales (souvent religieuses) au sein de communautés en constante révolte contre l’uniformisation (notamment contre de soi-disant « valeurs universelles »). Selon Barber « la notion de Jihad résulte en un délitement de la civilité au nom de l’identité, au déclin de l’assemblée au nom de la communauté » [1]. D’un autre côté, « la notion de Mc World représente la mondialisation du politique qui s’est développé à travers quatre impératifs différents : l’impératif du marché, l’impératif des ressources, l’impératif de l’information et de la technologie, et l’impératif écologique. Une dichotomie maligne et anti-démocratique dans ses deux extrêmes.

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Le premier aspect illustre la quête d’un nombre toujours plus important de marchés au niveau mondial. Cela découle en la volonté d’un affaiblissement quasi généralisé des entraves au commerce (quotas, droits de douane, traités,…), en des devises convertibles, en un accès toujours plus simple au système bancaire, ect … Sur quasiment chaque continent, ce procédé a contribué à une érosion des souverainetés nationales en faveur d’organisations supranationales (Union Européenne, …) ou internationales (Fonds Monétaire Internationale, Organisation Mondiale du Commerce, …). Cette diffusion mondiale de la notion de « marché » a conduit à une uniformisation du comportement des populations, en diminuant notamment l’influence des cultures nationales, des clivages ou des religions, et en mettant en avant deux caractéristiques principales : la production et la consommation de biens et de services.

Benjamin Barber illustra cet impératif du marché avec une phrase plus ou moins sarcastique disant : « les cyniques pourraient mêmes dire que les révolutions qu’ont connu les pays d’Europe de l’Est n’avaient pas comme véritables objectifs la liberté et le droit de vote, mais des jobs bien-payés et le droit de consommer » [2]. L’impératif des ressources correspond à une prise de conscience grandissante de l’interdépendance des pays du globe au niveaux des ressources de subsistance. Il s’agit de la réalisation que chaque nation a besoin de quelques choses qu’une autre nation possède. Cet élément est aussi considéré comme crucial dans la dynamique de la mondialisation.

Troisièmement, l’impératif de l’information et de la technologie est basé sur l’idée que les nouvelles technologies comme internet ou le développement de la téléphonie mobile ont sérieusement augmenté le flux transnational d’informations. Cet aspect a également amené à une plus grande homogénéisation du monde, notamment au niveau culturel. Finalement, l’impératif écologique rappelle que la question de l’environnement est transnationale et qu’un désastre écologique dans un pays, comme une explosion nucléaire, aurait un impact sur d’autres nations.


Comme présenté ci-dessus,
les notions de Jihad et de McWorld sont par nature opposées. Cependant, leur point commun est qu’aucun des deux n’est réellement lié au concept de démocratie. Comme Benjamin Barber l’évoque : « ni le concept de McWorld, ni celui de Jihad, n’est, même vaguement, d’impulsion démocratique. Aucun n’a besoin de la démocratie, aucun ne promeut la démocratie. » [3] Peut-on dès lors en conclure que le salut de l’humanité ne se trouve dans aucune de ces visions absolues du monde ?

La mondialisation est l’intérêt central de ce texte, c’est pourquoi le concept de McWorld, et son implication pour la démocratie vont être analysés plus précisément, dans toutes ses nuances de gris. Selon le professeur américain, les valeurs politiques fondamentales requises par le marché mondial sont l’« ordre, la tranquillité et la liberté » [4]. On y trouve donc un engagement, dans une certaine mesure, pour les droits de l’homme, mais les notions de citoyenneté ou de participation politique sont clairement absentes dans l’archétype du McWorld.

Dans la même logique, la justice sociale et l’égalité sont nécessaires, dans une certaine limite, pour assurer une production économique efficace. La logique qui pose les bases du McWorld est qu’il existerait un « ordre politique naturel », qui pourrait plutôt être compris comme une négligence du politique au sens démocratique du terme. Barber déclare que : « pour le McWorld, c’est l’antipolitique du mondialisme : une vision bureaucratique, technocratique, et méritocratique, concentrée sur la notion d’administration des choses – avec les gens, cependant, parmi l’élément principal à administrer. » Cette phrase est primordiale pour la compréhension du sujet. Effectivement, les gens sont contrôlés, mais pas autoritairement dirigés. L’objectif n’est pas d’instaurer un régime politique rigide qui limite les libertés fondamentales (sauf éventuellement en cas de péril rouge). Cependant, cette mondialisation néolibérale (l’analogie du McWorld), possédant la philosophie du marché comme caractéristique fondamentale, doit survivre coûte que coûte, même face aux volontés citoyennes d’émancipation. Elle ne peut pas être démocratiquement renversée puisqu’il existerait un ordre politique naturel, un cadre inné, auquel le citoyen n’a pas accès. Le paradoxe saute aux yeux.

En 2008, Benjamin R. Barber a publié un nouvel article appelé The Near-Death of Democracy (La Mort Prochaine de la Démocratie). Il actualisa en quelque sorte sa pensée vis-à-vis de la mondialisation néolibérale en tant que menace véritable pour la démocratie. Un des aspects développés dans ce travail est le processus de Dé-démocratisation. Benjamin Barber le définit comme suit : « l’idéologie du marché, aspect central de la mondialisation néolibérale dépeinte comme McWorld, a amené à une idéologie de privatisation qui est assimilable à une véritable philosophie de dé-démocratisation » [5]. Il explique que sur les 30 dernières années, les flux de la mondialisation néolibérale ont amené à une dérégulation et à une privatisation de beaucoup de sphères de la société auparavant vue comme des biens publics, donc impliquant une responsabilité collective. Le professeur américain déclare que les citoyens ont permis à cette idéologie de les détourner de leur citoyenneté, proclamant notamment que « tout ce qui leur est demandé en tant que citoyen peut être atteint en tant que consommateur ».

Tokyo Ginza
Partout, dans les grandes villes, la culture s’uniformise

Michel Foucault et Gilles Deleuze : Néolibéralisme et le « contrôle » comme pouvoir

Michel Foucault est un des plus importants chercheurs en sciences sociales du 20e siècle. Il est surtout connu pour son étude du concept de « pouvoir ». Outre l’idée de « pouvoir étatique » développé par Thomas Hobbes au 17e siècle, Foucault était convaincu que le pouvoir, à travers notamment le prisme de violence, pouvait aussi émaner d’autres aspects sociaux comme la violence à caractère sexiste, la violence raciste ou encore la violence dans l’entreprise. [6] La manière dont le philosophe français a analysé ce concept révéla que le pouvoir peut évoluer de façon à contrer l’effort entrepris par les individus pour se libérer de son emprise. Deux types principaux de pouvoir ont été développés par Foucault : le pouvoir disciplinaire et la biopolitique.

Comme défini par le philosophe français, la discipline est une sorte de pouvoir qui commande aux individus la façon de se comporter en leur induisant de se conformer à la norme. C’est une forme subtile de correction qui vise à produire des sujets dociles. Le meilleur exemple concret que Foucault a présenté pour développer son analyse du pouvoir disciplinaire est la prison. Il explique que le premier objectif de l’institution pénale n’est pas tellement de confiner les prisonniers, mais plutôt de les rendre dociles. Au sein d’une prison, les condamnés doivent réaliser qu’ils peuvent être constamment surveillés. Foucault explique : « il n’y a pas besoin d’armes ou de violence physique. Juste un regard. Un regard que chaque individu sous son poids va finir par intérioriser au point qu’il devient son propre surveillant, chaque individu exerçant de la surveillance sur, et contre lui-même » [7]. Sous cet aspect, ne sachant pas quand il peut être atteint par ce regard, l’individu va se conformer à une certaine norme. Pour finir son livre Surveiller et punir traitant du pouvoir disciplinaire, Foucault écrit : « Quoi d’étonnant si la prison ressemble aux usines, aux écoles, aux casernes, aux hôpitaux, … tous qui ressemblent aux prisons ? »

Après avoir travaillé sur cette notion de pouvoir disciplinaire au sein d’institutions plutôt monolithiques, Foucault a développé une vision plus large et plus diffuse d’une nouvelle forme de pouvoir : la biopolitique. Ce terme signifie que le pouvoir n’est plus seulement basé sur l’administration de territoires ou sous la forme de discipline au sein d’institutions, mais également comme un appareil de contrôle exercé sur une population tout entière. Dans le cours nommé « Biopolitique » et donné au Collège de France entre 1978 et 1979, Foucault a développé sa vision d’un capitalisme rénové qui émergeait à l’époque : le néolibéralisme. Le philosophe français dépeint l’application de celui-ci comme un état réduit, possédant un corps juridique exclusivement gouverné par des principes formels, ceux que le marché requiert [8]. Effectivement, en lien avec les écrits de Hayek, le projet néolibéral est celui d’une société tout entière régie par les lois du marché [9].

Spécialiste de l’œuvre de Foucault, Jacques Bidet explique : « Foucault décrit le néolibéralisme comme une technologie qui entend tout à la fois unir le droit et l’économie et séparer l’économie du social. Ce qui revient à produire un droit séparé du social, c’est-à-dire aussi du politique ». Il ajoute que le nouveau champ de référence de l’art de gouvernement dans un système néolibéral serait la « société civile ». Foucault illustre celle-ci comme une symbiose spontanée d’individus qui ont des relations économiques rationnelles et intéressées. Le challenge d’une telle « société civile » est de gouverner selon les règles du droit, dans un espace souverain peuplé de sujets économiques (homo œconomicus). Effectivement, en se conformant à l’ordre économique naturel, le gouvernement est restreint en faveur des principes qui régissent le marché libre. Cette analyse de Foucault se base sur la vision radicale et utopiste du néolibéralisme. Une vision qui n’a jamais été complètement appliquée. Cependant, certains de ces éléments peuvent faire échos à la situation actuelle dans beaucoup de pays occidentaux. De plus, Jacques Bidet explique que : « le concept de démocratie est paradoxalement absent de la recherche de Foucault sur le néolibéralisme ; comme si c’était extrinsèque à notre comportement rationnel moderne » [10]. La notion de citoyenneté ou de participation politique est également absente de la vision du néolibéralisme par Foucault.

Après la mort de Foucault en 1984, Gilles Deleuze, un autre éminent philosophe français, décida de poursuivre les recherches sur le concept de pouvoir. En 1990, il publia le texte : Post-scriptum sur les sociétés de contrôle. Dans ce travail, Deleuze commença par expliquer « les sociétés disciplinaires » que Foucault théorisa et dans lesquels les  individus ne cessent jamais de passer d’un environnement clos à un autre (Ecoles, usines, …) [11]. Cependant, il explique que le pouvoir, précédemment présent dans ces institutions disciplinaires, a maintenant pris la forme de « contrôle ». Ce nouveau système de pouvoir n’est plus basé sur le confinement, mais sur un suivi permanent et une communication constante, grâce aux mécanismes inhérents au champ social [12]. Ce changement d’une « société disciplinaire » à une « société de contrôle » est dû non seulement à la perte d’influence des « institutions disciplinaires » (post-Mai 68, …), mais également comme un résultat de la mutation du système capitaliste.

Deleuze illustre notamment cette évolution à travers l’exemple de la production capitaliste. Précédemment, les usines comprenaient une masse distincte de travailleurs, à l’avantage que les individus pouvaient être surveillés en masse par la direction et que la résistance pouvait être atteinte par les syndicats via une mobilisation du personnel. Cependant, la plupart de ces types d’usines ont été délocalisées et ont laissé la place aux entreprises actuelles. Ces dernières mettent en avant le mérite individuel et la compétition interne entre les employés comme « une force de motivation qui oppose les individus entre eux » [13]. La notion de « marketing » est vue par Deleuze comme la valeur fondamentale au sein de l’entreprise. Le philosophe français déclare : « on nous apprend que les entreprises ont une âme, ce qui est la nouvelle la plus terrifiante au monde ».

Deleuze explique que la vision dominante du marché dans la société se produit en partie grâce à ces formes de contrôle sur les individus. Dans le monde capitaliste, il y’a un établissement subtil, diffus et continu de nouveaux schémas de domination. Les sirènes du soi-disant « marketing », vu comme un « cheval de Troie néolibéral », pourraient amener à une situation de servitude volontaire. Effectivement, Deleuze conclut que : « beaucoup de jeunes gens réclament étrangement d’être « motivés », ils redemandent des stages et de la formation permanente ; c’est à eux de découvrir ce à quoi on les fait servir, comme leurs aînés ont découvert non sans peine la finalité de la discipline. » [14]

Conclusion

Barber, Foucault et Deleuze basent leurs analyses sur des concepts différents. C’est un fait. Pendant que le professeur américain, à travers son idée de McWorld, met l’accent sur la notion de mondialisation néolibérale en tant que menace pour la démocratie, Foucault et Deleuze se concentrent sur le concept de pouvoir au sein d’une pensée néolibérale émergente. Cependant, leurs conclusions ne diffèrent pas spécialement. Barber explique que l’impératif du marché, dynamique centrale de la mondialisation, a conduit à une plus grande homogénéisation des comportements humains sur le globe, principalement basée sur l’idée commune de production et de consommation. Cet élément peut être lié, dans une certaine mesure, au concept utopique de « société civile » que Foucault a décrit comme un espace peuplé d’Homo oeconomicus qui ont des relations économiques rationnelles et intéressées. Barber présente également les valeurs politiques fondamentales de la mondialisation comme étant « l’ordre, la tranquillité et la liberté ». Cette notion d’ordre peut être basiquement définie comme étant « la façon dont les individus ou les choses sont arrangés » [15]. Ce concept est donc étroitement lié aux notions de pouvoir et de contrôle.

Dans sa publication sur les Sociétés du Contrôle, Deleuze explique que le pouvoir a évolué de la « discipline » au « contrôle » grâce notamment à la notion de « marketing » due à la mutation du système capitaliste. Une telle approche peut être liée à la vision de Barber qui explique que la dérégulation et la privatisation de nombreuses espaces de la société a amené à une apparente dé-démocratisation, et donc à une perte d’autorité citoyenne. Ce contrôle, aspect nécessaire au maintien d’un pseudo « ordre naturel », tire donc sa substance du capitalisme néolibéral, et réciproquement. C’est-à-dire que les individus sont contrôlés via des mécanismes inhérents à cette pensée néolibérale comme la compétition ou le mérite individuel, et que le capitalisme néolibéral a besoin de ce contrôle pour créer « l’ordre naturel » qui lui permettra de subsister.

Le concept de liberté est un aspect primordial dépeint par Barber pour définir la mondialisation. Il explique que, dans la théorie, les individus jouissent d’un commerce libre et sans entraves, d’une liberté de la presse, d’un marché libre, sans gouvernement autoritaire qui pourrait mettre en danger cette liberté. Cette idée est intimement associée à la perception de Foucault. Ce dernier explique que la société néolibérale aurait un état réduit au strict minimum, avec une somme d’individus qui se régulent grâce aux lois du marché et à leurs comportements économiques rationnels. L’État de droit serait basé en conséquence sur des principes formels, naturels, ceux que le marché requiert. Barber présente également cette forme de gouvernance comme étant « antipolitique » due au fait que la notion de citoyenneté et de participation politique démocratique en est absente. Même si Foucault n’aborde pas précisément ces aspects de gouvernance, il révèle implicitement durant sa présentation que l’idéologie du marché, développée à travers le néolibéralisme, semble être étrangère à toute forme de démocratie. Finalement, Barber met aussi en avant le concept de méritocratie comme une caractéristique importante du McWorld. C’est notamment ce que Deleuze présente quand il explique que le mérite personnel et la compétition sont à la base de la mutation de la production capitaliste. Ces éléments tendent vers une société centrée sur l’individu, sur la responsabilité individuelle et sur l’avènement d’un homo œconomicus, tantôt producteur, tantôt consommateur, au détriment d’un citoyen pouvant potentiellement changer l’ordre soi-disant « naturel » des choses via des outils démocratiques.

Même si Deleuze et Foucault n’expliquent pas précisément comment le néolibéralisme pourrait menacer la démocratie, ils l’anticipent tous les deux et décrivent des éléments importants qui jettent les bases du McWorld dépeint par Barber. Une analyse combinée de ces trois intellectuelles, qui incorpore les concepts de démocratie et de pouvoir, permet une meilleure compréhension de la façon dont notre société actuelle, immergée dans un ordre capitaliste mondiale, fonctionne. Pour finir ce texte, une citation de Spinoza semble pertinente : « Ainsi donc, l’expérience et la raison sont d’accord pour établir que les hommes ne se croient libres qu’à cause qu’ils ont conscience de leurs actions et ne l’ont pas des causes qui les déterminent » [16].

C. B.


Sources :

[1] Barber, B.R. (1992). Jihad vs. McWorld. The Atlantic Monthly, 269(3), 53-65. Retrieved from http://www.theatlantic.com/magazine/archive/1992/03/jihad-vsmcworld/3882/

[2] Barber, 1992, p. 3

[3] Barber, 1992, p. 10

[4] Barber, 1992, p.10

[5] Barber, B.R. (2009). The Near-Death of Democracy. In World Policy Journal, Vol. 25, No. 4. Pp. 145-151. Duke University Press. Citation p.146

[6] Koopman, C. (2017). Why Foucault’s work on power is more important than ever. In (https://aeon.co/essays/why-foucaults-work-onpower-is-more-important-than-ever) p.3

[7] Foucault, 1980, p.5

[8] Foucault, M. (1979). Discipline and punish: the birth of the prison. New York: Vintage Books, Part three: Discipline, pp. 135-149

[9] Bidet, J. (2006). Foucault et le libéralisme. Rationalité, révolution et résistance. In Actuel Marx. No. 40. Pp 169-185. P. 175

[10] Bidet, 2006, p.180

[11] Deleuze, G. (1992) “Postscript on the Societies of Control.” October, Vol. 59. pp. 3-7. P.3

[12] Deleuze, 1990, P.7

[13] Deleuze, 1992, p5

[14] Deleuze 1990, p7

[15] Cambridge Dictionnary

[16] Spinoza, Ethics, 1677, part III, Prop.2.

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