Au lendemain de la conférence de presse tenue par Emmanuel Macron, des femmes ont réagi aux propos tenus sur la natalité. Voici leur tribune parue dans Combat Le Média. 

Mardi 16 janvier 2024, le Président de la République a tenu une conférence de presse post remaniement. La question de la parentalité nous a particulièrement fait bondir. Au programme : « réarmement démographique », congé parental remplacé par un congé naissance plus court mais « mieux payé », lutte contre l’infertilité…

« Produisez des enfants en masse, puis retournez travailler »

Ce programme parental ressemble tout au plus à un programme industriel. Produisez des enfants en masse, puis retournez travailler. La société s’occupera de votre enfant, peut-être, si on a de l’argent. C’est donc officiel : la parentalité n’est qu’un concept au bon service de l’Etat et les femmes se verront bientôt assignées à un devoir de procréation pour le bien de la Nation.

Mais voilà, il y a un problème. Nous, femmes et mères, refusons de devenir de simples ventres destinés à fournir de la chair à canon. Cette métaphore guerrière est nauséeuse. On ne fabrique pas des enfants comme on fabrique des munitions. Nos utérus ne sont pas des chars d’assaut. Nous n’enfanterons pas à la chaîne, le plus vite possible. Nos enfants ne sont pas des produits manufacturés.

@shimmishimmi/Flickr

A l’heure où intégrer le droit à l’IVG dans notre Constitution devient une nécessité, ce discours sonne comme une régression évidente des droits de la femme.

Vous promettez un congé parental plus court, mieux payé. Ce dernier point est évidemment important. A l’heure qu’il est, instaurer un congé parental dignement rémunéré et établir une reconnaissance économique plus juste des mères est plus que nécessaire.

En revanche, raccourcir sa durée est à bien des égards une grossière erreur. Cette mesure est même complètement décorrélée de la réalité de la vie familiale. Ce n’est pas le salaire qui fait les nuits, qui allaite 20h/24, qui accouche, qui a mal, qui se sent seul, qui cumule des doubles voire triples journées, qui gère les maladies, les poussées dentaires, les rendez-vous, l’organisation millimétrée. Obliger les mères à retourner au travail le plus tôt possible aura nécessairement des retombées dramatiques

Ce discours est complètement déconnecté des réalités de la parentalité. Croyez-le ou non, mais certains parents font le choix d’un long congé pour s’occuper de leurs enfants. Aujourd’hui, un couple doit se préparer à confier son enfant à la société dès les premiers mois de grossesse. L’absence de places en crèche, conjuguée avec l’incitation à retourner travailler le plus tôt possible, crée autour des futurs parents un climat anxiogène.

Toujours plus d’enfants dans des crèches saturées, chez des nounous épuisées, puis dans des classes sans instituteurs, au sein d’écoles de plus en plus pauvres ; c’est la porte grande ouverte aux dérives.

“Luttez contre le changement climatique”

Nos terres sont malades, notre eau est polluée, notre air est vicié, notre alimentation nous empoisonne, et il faudrait mettre au monde toujours plus d’enfants pour permettre au pays de se «réarmer»?

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Les enfants sont déjà en première ligne, ils sont devenus les petits soldats du régime, ils sont poussés dès le plus jeune âge à consommer, toujours plus, à se conformer, à rentrer dans des cases. Il en va de même pour nos choix parentaux, et vos invectives pour retourner sur le marché du travail le plus tôt possible ne prennent pas en considération ces choix. Pensez-vous à toutes ces mères en dépression post-partum? En dépression tout court, à leur charge mentale, à leur manque de soutien? Vous poussez à ce que ce soit la société qui éduque nos petits, mais nos enfants n’appartiennent pas à l’État.

@charlygutmann/Pixabay

Dans un contexte économiquement instable et écologiquement terne, les générations de parents à venir attendent plutôt la mise en place de meilleures conditions de vie. Le plan de lutte contre l’infertilité mentionné ce soir-là aurait d’ailleurs bon goût de se pencher sur les conséquences environnementales de celles-ci. A aucun moment les mots de « pesticide » et « pollution » n’ont été prononcés. Ces données sont pourtant écrites noir sur blanc dans le rapport sur les causes d’infertilité publié par le Ministère de la Santé en 2022.

Votre programme ressemble à un remake de la Servante écarlate. Imaginez donc ces femmes en rouge qui passent de couple en couple pour se faire inséminer de force. Objectiver nos corps, nos cœurs, instrumentaliser nos grossesses, nos enfantements, nous empêcher de faire des choix en conscience, de prendre nos responsabilités de parents, nous transformer en usine à bébés, n’est pas un choix progressiste. C’est une volonté de prise de pouvoir sur les femmes, encore, sur les hommes aussi ; ne soyons pas hypocrites.

Vous voulez qu’on fasse des enfants ? Donnez-nous le temps de nous en occuper et de les entourer d’amour. Donnez-nous les moyens de les élever dignement. Luttez contre le changement climatique pour que, si nous en avons envie, nous n’ayons plus peur de les mettre au monde.

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– Une tribune de Combat Le Média, partagée avec toutes autorisations

Image d’entête @TotumRevolutum/Pixabay


Premières signatures :

Charlotte Meyer, rédactrice en chef à Combat

Jessica Combet, rédactrice en chef adjointe à Combat

Mathilde Larrère, historienne et militante féministe

Azelma Sigaux, Porte-parole de la Révolution Écologique pour le Vivant (REV)

Anne-Sophie Novel, auteure et journaliste

Sixtine Guellec, activiste et militante NousToutes

Claudine Cordani, écojournaliste et fondatrice des Cent Plumes

Fabienne Lacoude, autrice et fondatrice de MILF média

Mélanie Popoff, médecin experte en santé environnementale

Mathilde, autrice-compositrice-interprète et militante anarcha-féministe

Samira El Ayachi, écrivain

Daliborka Milovanovic, éditrice

Koclico, artiviste

Reine Prat, ancienne haute fonctionnaire au ministère de la Culture et autrice de l’essai Exploser le plafond

Nina Narre, réalisatrice

Esther Meunier, journaliste

Aurélia Blanc, journaliste et autrice

Camille Teste, professeure de yoga, militante féministe et autrice

Camille Lizop, journaliste indépendante

Solène Robin, étudiante en journalisme à l’IJBA

François Rodet, sage-femme libéral

Elena Vedere, Rédactrice à Combat

Céline Piques, autrice

Nathalie Raoux, historienne

Cécile Kovacshazy, enseignante-chercheuse habilitée, enfantiste

Flore Berlingen, coordinatrice de Plaidoyer chez En Mode Climat

Claire Duplan, illustratrice et auteure

Capucine Bastien-Schmit, rédactrice à Combat

Axelle Sergent, journaliste à Combat

Mathilde Trocellier, secrétaire de rédaction à Combat

François Le Terrien, maquettiste à Combat

Rody Joyce

SERGENT Marie-Christine, Aquarelliste

Aminata Diallo, EN retraitée

Loriaud Amelie, Médecin

Diana LE GUINER, Pharmacienne Hospitalière

Hajjaj alain

Dutheil Géraldine

Carette Caroline, Jeune maman devant bientôt reprendre le boulot avec la sensation qu’on lui arrache les tripes en la forçant à se séparer de son petit…

FAGES-CAMBON, Adèle

Lucie Barette, Enseignante-chercheuse féministe

Ldg, Militante

Léa Saunier, Militante transféministe antispéciste

Pierre Courtois–Boutet, Créateur de contenu, syndiqué, AED

Charon Nelly, Citoyenne

Di Luigi Clara

Claire Gauthier, enseignante

Juliette Godin, Militante France Insoumise

Ragot Salomé

Lallement Chantal, Infirmière

Leclair James

Jean Isabelle

Lolie H.

Paumier Valérie, Présidente fondatrice de Resilience Montagne

Brandily Anne-Sophie, Combat

Mazoyer Claire, Utérus libre

Ludivine Gaillard, Créatrice de Mieux vaut art que jamais

Pereira Maria

Cathy C

GASSILLOUD MARIE-HELENE

Bredoux Camille, Citoyenne

Gallay Elisabeth

Denise Pierrot

BERTHEVAS Christelle scénariste

Ranque Stephanie, Medecin

CABIAC Lucie

Martine AMORIM, Chargée de mission

Voindrot Marie, Mère et femme active

Rafaèle Le Dû, Professeure de philosophie

Balestier Anita, Medecin de sante publique

Bob Eero, Soutien

LENOIR Amélie, co-présidente de l’association Les Internettes

Bauer Justine

KICIAK Pierre

Maurice Anne-Lise

Leiser Fabrice

Zawislak Lydie

Pertin Morgane, Aide à domicile

BOËT Margaret, Retraitée

BEZIAT Catherine, Enseignante

Parisot Sabine                        Bibliothécaire

Mazeran Marion

Gourdet Isabelle

Bontempelli Léo

Nina Schwartz

BEN SALAH Amina, Médecin chercheuse

Boirin-Fargues Clémentine

L’humeau Marie Ange

Tissot Alexia

Karine MONNIN

Forestier Chloé

Aloui Mathilde

Cornet Vincent , Soutien

Quéré Agnès, Psychanalyste et grand-mère

CREUSET Adeline, Maman et en formation aide-soignante

Mathilde, Artiste

BERTHEUIL Caroline, Bertiine

Bejan Ana Maria, Femme

Godeau Fleur

Julia Groffe

CRÉTIER MURE Aline, Doula-Accompagnante en périnatalité, parentalité et féminité

Millet Gaël

Segalen Camille

Mure Emmanuel, Père de famille

CAPETTE Emmanuelle, Citoyenne

Simonnet Maël

Levet Alexandra

MALLARD Mallory, Féministe

Lespiaucq Laure

Gentes Marion

Jessica GIBERNON, Maman

Dupont Déborah

Moreira Justine, Éducatrice Spécialisée

RENIÉ / Guilaine, Bibliothécaire

Lefort Benedicte, Acheteuse

Frélaut/ Thumette, Etudiante

MARCET Laetitia

Corinne mollon, Gestionnaire de Crèche

RENVOISE Elodie

Royquizt Anne-Claire

Crépin Aline

BOURDAUD Charlie

Rouvier Laurence

LADEBOURG Liorah-Noemie, Militante féministe et enfantiste

Roustan Bernard, Syndicaliste

Maniglier Valérie, Collectif Enfantiste Lille

Audrey Klipfel

Ernoul Isabelle

Coste Emmanuelle, Mère au foyer en congé parental, éducation alternative.

Emilly Coste

COSTE Victorien

Gillon Eva

Martin Anna

Elsa Cabanie

Pereira Maria, Femme et mère

Corbel Miléna

Gurdjian Olivia

Stackler Johanne

Marine Marconnet, Psychologue et acupunctrice

Correia sylvia

DAVID Axelle

Garcia adeline

Elsa

Fischer Caro

CHARBONNELLE Claire

Mascret Bruno, Enseignant – Chercheur et Thérapeute

Aupoix Camille

DESOMBRE Cécile

Giraud Françoise, Professeure retraitée

Fayet france

TOCHON Anne-Marie

Bouvier Natacha

Laura Codella

Gauthier Laurence, Militante associative

Torre fanny

Ernoul Véronique, Brodeuse

BURDET Maeva, Mère et femme avant tout

Le Méné Nathalie

OLLER Anne-Claudine

Herfeld isabelle

Spennel Rozenn

HENKOUS Amélie

GARCIA PASCALE

Thérèse Atangana

Cosson astrid

COTTON Marc-André, Psychohistorien

LOUIS Pauline

Remy Charlotte

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