« Politique de l’autruche » : un court-métrage brillant en allégorie de notre société

Sous la forme d’une comparaison subtile, le réalisateur libanais Mohammad HouHou interroge, dans son dernier court-métrage intitulé La politique de l’autruche, la façon dont nos sociétés se construisent autour de croyances erronées et pourtant particulièrement difficiles à remettre en cause. Il nous invite à cesser de nous voiler la face pour interroger nos convictions profondes à la lumière de la réalité.


Dans une société dominée par les autruches, la croyance selon laquelle il est normal de porter en permanence des œillères au mépris de la réalité physique du monde et au profit d’une « nation qui progresse » façonne l’identité d’un peuple entier. Lorsque le bien-fondé de cette croyance est remis en cause par un scientifique, le Docteur Kays, ce sont l’ensemble des structures du pays qui vacillent : le mythe commun fondateur, celui-là même sur lequel s’appuyait la coopération et la bonne entente de milliers d’individus, se délite. Car, à ne s’y pas tromper, cet aveuglement collectif semble apporter paix et prospérité…

Ce brillant film d’animation réalisé entièrement par Mohammad HouHou, tout jeune diplômé de l’École de l’image Gobelins à Paris, nous confronte aux faiblesses et limites de notre propre société. « Les autruches n’ont jamais caché leur tête dans le sol », nous explique-t-il. Et pourtant, cette fausse idée a donné naissance à l’expression « faire l’autruche », qui désigne les personnes qui refusent de voir la réalité en face. L’expression façonne notre imaginaire, notamment par l’intermédiaire des nombreux dessins animés voire des publicités qui ont repris l’image de l’autruche mettant la tête dans le sol.

Crédit image : Mohammad HouHou
Crédit image : Mohammad HouHou

« J’ai voulu questionner la trajectoire de cette fausse information », nous précise Mohammad Houhou, qui affirme également vouloir nous pousser à nous interroger à propos des autres informations, « toutes nos croyances, pas seulement religieuses, mais également morales, sociales et éthiques » que nous considérons comme vraies sans que ce soit pour autant nécessairement le cas. « En tant qu’espèce humaine, nous travaillons tous les jours à résoudre des problèmes, problèmes auxquels nous sommes confrontés en raison de notre incapacité à imaginer les conséquences de nos actions. La majorité de ces problèmes ont pour cause nos propres constructions, aussi bien physiques que psychologiques. Je m’inquiète de nos prochaines inventions, en particulier si nous les adoptons sans les remettre en question », poursuit-il.

Le court-métrage de Mohammad Houhou nous renvoie directement à l’immobilisme de nos sociétés ainsi qu’aux croyances et méconnaissances qui nous empêchent de changer de trajectoire. C’est ainsi que, par exemple, une bonne partie de la population, des économistes et des décideurs politiques cultivent une foi absolue dans la capacité du progrès et de la croissance économique à nous aider à nous sortir de la crise environnementale que nous traversons aujourd’hui. Pourtant, ce raisonnement ne tient pas compte du fait que c’est ce même « progrès » qui est la cause de l’essentiel de la destruction inédite et généralisée de l’environnement ainsi que de l’épuisement des ressources naturelles. Dans le même ordre, l’idée selon laquelle il serait désormais nécessaire d’intervenir à grande échelle pour modifier le climat manifeste la croyance indéfectible de certains dans les capacités techniques des êtres humains. Pourtant, non seulement l’idée est hasardeuse comme le rappel le dernier épisode de #datagueule, mais en plus elle conduit à repousser à plus tard le plus urgent : la réduction des émissions de gaz à effet de serre par l’intermédiaire d’une décroissance des consommations.

Mohammad Houhou expose ainsi avec beaucoup d’acuité les difficultés qui se présentent désormais à nous et qui se matérialisent via des injonctions souvent contradictoires et des paradoxes de société de plus en plus perceptibles. Saurons- nous relever la tête à temps pour questionner nos modes de développement, ce qui nous demande cependant, de manière individuelle et collective, de sortir de notre zone de confort et de changer radicalement nos façons de penser, d’agir et d’envisager l’avenir ?

Crédit image : Mohammad HouHou
Crédit image : Mohammad HouHou

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