Gilets jaunes : après une semaine de manifestations à la Réunion, la population ne décolère pas. Dans une région où 40% des personnes vivent sous le seuil de pauvreté (INSEE 2015), le sentiment d’être abandonnés par l’État français gagne du terrain. Dans la tribune libre qui suit, un groupe d’étudiant(e)s de « prépa Lettres » de l’ile de la Réunion exprime sont désarroi dans une lettre ouverte aux élus et citoyens. Ils en appellent à plus de considération ainsi que des actions concrètes de la part du Gouvernement Philippe.


Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs nos élus, cher(e)s concitoyen(ne)s,

Permettez-nous, en ces heures de manifestations, de nous adresser à vous en tant que citoyens et citoyennes français(e)s afin de vous faire part de nos inquiétudes sur cette situation que vivent en ce moment même une large majorité des Français, qu’ils se trouvent en France métropolitaine ou ici, sur l’île de la Réunion. En tant qu’étudiant(e)s réunionnais(es) de nationalité française, c’est dans un sentiment d’indignation profonde que nous nous exprimons face à la crise qui frappe actuellement notre pays.

 

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Aujourd’hui, nous écrivons pour soutenir le mouvement pacifiste des « gilets jaunes » qui perdure depuis ce samedi 17 novembre 2018, et qui est perturbé par des casseurs qui ne vont pas dans le sens du mouvement. En outre, nous sommes profondément touchés qu’une telle manifestation n’ait pas amené un seul représentant de l’État à répondre de manière claire et honnête aux attentes d’une population qui semble aujourd’hui désespérée. La seule réponse qu’ont obtenue les Français jusqu’à présent n’est qu’un silence profond de la part de nos élus ou, lorsqu’il y a eu une réaction, celle-ci n’a été que méprisante face à l’expression d’un réel malaise de la part d’un grand nombre de citoyen(ne)s. La France gronde, et les élus ne veulent pas l’écouter.

Mesdames, Messieurs, membres du gouvernement, vous ne cessez de détourner les questions. À quand les réponses claires ? À quand le soutien ? À quand les vraies solutions ? L’idée vous est-elle réellement venue à l’esprit que ces manifestants sont des pères et des mères de famille, des retraité(e)s, des étudiant(e)s, en d’autres termes des Français de la classe moyenne qui bien souvent finissent le mois avec un fond de riz dans le coin d’un placard ? Comprenez la peine et même la misère dans laquelle vit la majorité des Français au quotidien. Ceux qui ont de l’argent ont tout et ceux qui n’ont rien sont ceux qui se lèvent chaque matin pour essayer d’arriver au bout du tunnel. Face à cela, nous accusons la politique sociale et économique du gouvernement : c’est bien celle-ci, notamment l’augmentation de la taxe sur l’essence, qui est la cause première du mouvement des « gilets jaunes ». Mais elle est surtout la façade derrière laquelle se cache une vérité plus insidieuse, celle d’une suite de réformes, comme celle des retraites, qui a été votée malgré le désaccord d’une majorité des français(e)s, et qui ne sont en réalité que la partie émergée de l’iceberg des mécontentements qui ont menés à la situation actuelle.

Gilets jaunes - No pyro no party

Nous accusons l’injustice de ces réformes qui favorisent une fois de plus les plus riches, malgré les valeurs de réussite par le mérite que prône le gouvernement depuis la IIIe république. Mais quelle chance avons-nous, étudiant(e)s, si nous travaillons d’arrache-pied pour notre avenir, pour relever notre île sans pouvoir subvenir à nos besoins vitaux ? Allez-vous réellement rester de marbre devant une population victime de la baisse de leur pouvoir d’achat ?

Nous accusons l’inégalité des Réunionnais et des Français devant les impôts, mais plus encore l’aveuglement du gouvernement face à l’évasion fiscale. Ramenez l’égalité au sein du peuple et faites payer ceux qui en ont réellement les moyens et non pas ceux qui triment !

Nous accusons enfin, de manière plus large, le gouvernement français de prôner des valeurs prétendument républicaines tout en s’obstinant à nous prendre comme simple moyen d’accès au pouvoir. En effet, sur l’île de la Réunion, comme en France métropolitaine, le peuple n’est plus souverain, il n’est plus qu’un instrument que le gouvernement utilise à sa guise, et l’appel de détresse ne sonne plus que comme un écho prêt à disparaître.

La plupart des réactions ayant fait suite aux manifestations n’ont concerné majoritairement que les « débordements urbains ». Le refus de distinguer ce mouvement populaire du vandalisme égoïste de certains est frappant. Ceci explique sûrement que la seule véritable réponse que nous ayons eue jusqu’à présent soit l’envoi des forces de l’ordre. Malgré ce que certains médias et politiques aimeraient nous faire croire, le mouvement des « gilets jaunes » ne perd pas en puissance, et l’ouverture d’un dialogue équitable est une urgence.

Comprenez, mesdames et messieurs les élu(e)s, que l’attention que l’on porte au peuple, plutôt que l’ignorance et le mépris, est le meilleur moyen d’obtenir des résultats. À l’heure qu’il est, nous sommes profondément inquiets pour notre avenir. Comment évoluerons-nous dans un monde où le coût de la vie ne cesse d’augmenter ? Si la violence est inacceptable, la manifestation, elle, reste légitime : les « gilets jaunes » sont les bras, par leur courage et leur motivation, d’une lutte qui est celle de tout un peuple. Peut-être sommes-nous jeunes, mais nous avons déjà bien appris que c’était sur de tels épisodes et de telles valeurs défendues par le peuple que s’est construite la République. Il serait temps que nos gouvernants s’en souviennent. Cela est entre vos mains.

Et surtout, pour les « gilets jaunes », n’oubliez pas que derrière vous, il y a des jeunes comme nous, mais aussi sûrement une masse silencieuse, admirative de votre engagement, de votre courage, de votre abnégation et de votre pacifisme. Vous êtes les citoyens qui permettront de changer la société pour qu’elle soit plus juste et solidaire, « gardez le cap ». Tien bo larg pa !

Citoyens, citoyennes, exprimez-vous !

Groupe d’étudiant(e)s de prépa Lettres de l’île de la Réunion

 

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