L’autoconsommation d’énergie est-elle l’avenir de la consommation énergétique ? Cette pratique, qui reste marginale en France, suscite un regain d’intérêt depuis que la France s’est dotée en 2016 et 2017 d’un cadre légal qui facilite son développement. Alors que le modèle de production énergétique français rencontre de nombreuses critiques parce qu’il est fortement centralisé et peu durable, certains voient dans l’autoconsommation un facteur d’autonomisation et de résilience. Le point. 

Appelée de vive voix, l’autoconsommation est finalement entrée dans la loi française avec les ordonnances publiées en juillet 2016 à la suite de la loi sur la transition énergétique. Début 2017, une loi et un décret sont venus préciser ces premières dispositions. Depuis ces textes, l’autoconsommation est définie comme « le fait pour un producteur, dit autoproducteur, de consommer lui-même tout ou partie de l’électricité produite par son installation ». La France a ainsi comblé une partie du retard sur ses voisins comme l’Italie ou l’Allemagne, où des dispositions similaires figuraient déjà dans la loi depuis de nombreuses années, et où la pratique est bien plus répandue. Alors qu’en France, seuls 30.000 foyers recourent à l’autoconsommation, ils sont 2 millions en Allemagne et 750.000 en Italie. L’autoconsommation ayant désormais un cadre légal et bénéficiant de tarifs spécifiques et avantageux sous certaines conditions, son développement est favorisé.

Concrètement, l’autoconsommation, qu’est ce que c’est ?

Il s’agit de la possibilité pour les individus de consommer l’électricité qu’ils produisent par l’intermédiaire de leurs propres installations, généralement des panneaux solaires, bien que d’autres formes de production soient possibles, via des éoliennes personnelles par exemple. En d’autres termes, s’affranchir énergétiquement du « système » (ou presque).

En permettant aux citoyen.ne.s de s’emparer d’un élément dont le contrôle leur avait largement échappé, l’autoconsommation permet de se réapproprier la production énergétique, mais aussi de questionner les choix sociétaux fait auparavant et les fondements du modèle énergétique français en proposant des alternatives concrètes. L’autoconsommation accompagne l’idée de diversification de la production, mais aussi celle de délocalisation, permettant ainsi d’accroître les résiliences locales.

Par ailleurs, l’autoconsommation encourage chacun.e à faire des économies d’énergies (et donc financières) et à consommer autant que faire se peut ce qu’il produit, au moment où il le produit. Souvent, le producteur autonome va adapter son mode de vie dans une approche holistique de la transition (simplicité volontaire). De plus, la majorité des foyers restant connectés au réseau, cela ouvre la voix à « l’injection du surplus » : lorsque la maison dotée d’une installation de production électrique ne consomme pas, pour que l’électricité produite ne soit pas perdue, elle est réinjectée au réseau et revendue. De même, le foyer producteur peut continuer à s’alimenter sur le réseau, si nécessaire.

P1280093 - Le CruasL’autonomie, oui, mais jusqu’où ?

C’est justement à cet endroit que les professionnels du secteur mettent en garde. « Est-ce que le principe d’autonomie est compatible avec le principe de solidarité du réseau et est-t-il pertinent de se mettre en situation d’autarcie énergétique », questionne Marc Mossalgue, chargé de communication au sein de l’association Energie partagée. Parmi les groupements citoyens qu’accompagne l’association dans leurs projets d’énergie partagée, nombreux sont ceux qui questionnent en effet « la pertinence de développer des projets en autoconsommation ».

L’interrogation de Marc Mossalgue est partagée par l’association HESPUL, spécialisée dans le développement des énergies renouvelables et dans l’efficacité énergétique. Dans une note de septembre 2017, elle reste prudente et met en garde contre « l’autoconsommation individuelle intégrale », c’est à dire entièrement coupée du réseau. Néanmoins, pour les raisons évoquées plus haut, elles souligne la force de l’autoconsommation partielle, « un modèle vertueux qu’il conviendrait de promouvoir » afin que toute la société puisse en bénéficier et éviter d’importantes pertes potentielles de production.

Pourquoi cette prudence ? Dans une situation écologique critique, la consommation d’énergie repose sur l’idée de solidarité. « Je consomme là où je ne peux pas produire et je produis là où je n’ai pas besoin de consommer », explique Marc Mossalgue, selon qui « il faut étudier la meilleur manière de tirer profit du réseau électrique existant » dans une logique collective et solidaire.

À l’heure d’une transition énergétique inévitable et de la volonté citoyenne d’en devenir un des moteurs, l’autoconsommation interroge les fondements même du modèle énergétique construit jusqu’à présent, tout en confrontant les individus au défi de s’organiser de manière collective.

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Sources : Propos recueillis par l’équipe de Mr Mondialisation / vie-publique.fr

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