Partir et ne jamais revenir. Comment Julie et Florian sont devenus nomades.

Le nomadisme, c’est quoi ? Une idée vague, un peu exotique, qui semble en complet décalage avec la réalité de notre société moderne où il faut préserver son emploi son logement, ses attaches. Pourtant, Julie et Florian sont partis il y a tout juste un an, et ne sont jamais revenus. Loin de la démarche « backpackers », ils sillonnent l’Asie depuis le 1e octobre 2016 sans objectif particulier. Ils vivent, tout simplement. Une histoire qui nous rappelle qu’il ne faut pas nécessairement tout planifier pour partir à l’aventure. Nous avons souhaité interviewer le couple pour en savoir un peu plus sur l’envers du décor d’une vie nomade. Rencontre. 

Le plus souvent, quand on parle « voyage » ou « aventure » à l’autre bout du monde, on pense forcément à un budget, des préparatifs, une évasion le temps d’un temps… Le nomadisme, ce n’est pas ça. Le nomadisme, c’est vivre en perpétuel déplacement, donc également travailler pour subvenir à ses besoins partout où on se trouve. Dans cette logique, le voyage devient à la fois accessoire et central, un peu comme nos ancêtres nomades. Une chose est certaine, c’est loin d’être de tout repos. Julie et Florian, deux français qui voulaient vivre sans ancrage géographique, nous partagent leur expérience, « comment ils sont devenus nomades ».

Mr Mondialisation : Bonjour Julie, peux-tu nous dire ce qui vous a poussé à opérer ce changement de vie radical ?

Julie : Pendant l’année qui a précédé notre départ, Florian avait déjà évoqué à plusieurs reprises son envie de partir hors de la France métropolitaine. Il n’avait pas de destination précise en tête. Moi, je bloquais parce que j’avais à cette époque mon entreprise et mon boulot de prof. C’est à la suite d’une énième mauvaise nouvelle que j’ai eu l’idée de partir en Inde. Un vrai coup de tête au départ. L’Inde a toujours été un pays qui m’intéressait, mais j’étais loin d’imaginer y aller un jour. Je croyais aussi que c’était financièrement inaccessible.

Mr Mondialisation: C’est vrai qu’on imagine qu’un an à l’étranger coûte cher. Peux-tu nous expliquer comment vous vous en sortez ? 

Julie : Grosso-modo, on a un budget aux alentours de 500€ / mois pour deux. Parfois un peu plus, parfois un peu moins. Ce qui coute cher dans notre quotidien, ce sont les transports. On bouge mais peu, ce qui nous permet de pouvoir vivre comme il faut. Par ailleurs, on est partis avec peu d’économies. On n’était pas propriétaires en France. On a vendu le peu qu’on avait. Ça nous a permis d’acheter les billets d’avion aller et d’avoir un peu d’argent de côté (moins de 1000€). Je travaille, je suis blogueuse pro. Je tiens un blog de déco depuis plus de 8 ans. En France il mettait du beurre dans les épinards. Maintenant c’est notre seule source de revenus. A partir du moment où j’ai mon ordinateur et une connexion wifi, je peux travailler, même en Asie. Cet été, l’activité du blog a été très calme donc nous avons dû trouver une solution. On a fait du workaway dans un hôtel-restaurant. Le principe est simple: En échange de quelques heures de travail, nous avions la chambre et le petit déjeuner d’offerts. J’ai donc été serveuse et Florian était femme de chambre.

Mr Mondialisation : C’est une toute autre vision du voyage, comment peux-tu nous la décrire ?

Julie : On a fait le choix de vivre simplement. On n’est pas des touristes avec une grosse enveloppe à dépenser dans un pays. On vit sobrement. On fait en sorte d’avoir une chambre à nous (je déteste les dortoirs). On mange local. On ne fait pas d’activités extravagantes comme du Jet Ski, des visites de parcs nationaux, etc. On ne fait pas de tourisme qui coûte cher. On marche beaucoup. On n’achète pas sans réfléchir. On peut prendre l’exemple de la Malaisie car tout le monde nous avait dit que c’était un pays qui coûtait cher. Ce sont les 3 mois où l’on avait le moins de revenus (moins de 300€) et pourtant, on a réussi à s’en sortir. On a trouvé les bonnes adresses pour manger, on a fait du workaway, on a même trouvé un hôtel avec une cuisine commune, ce qui nous a permis de faire nos propres repas. On a rempli nos bouteilles d’eau aux fontaines, au lieu d’en acheter des neuves; Il y a un tas d’astuces dans tous les pays pour dépenser moins.

Mr Mondialisation : En totale opposition avec le tourisme de masse, la simplicité volontaire est donc centrale à la démarche. Qu’est-ce que ce voyage a changé dans votre conception du monde, de la vie ?

Julie : Vaste question. En un an, je ne suis plus du tout la même personne. Florian non plus d’ailleurs! On a appris à faire confiance: en nous, aux autres, au futur… C’est assez abstrait, mais on a appris que même dans des situations de galères terribles, il y a toujours quelqu’un sur qui on peut compter et que, dans l’absolu, la galère ne va pas durer. On a eu quelques épisodes intenses comme la démonétisation en Inde, une émeute à Chennai, notre arrivée sur l’île de Penang il y a quelques semaines (tout est expliqué sur le blog). Mais on se rend compte qu’en ayant confiance, on est du coup beaucoup plus sereins.

On a pris aussi pas mal d’habitudes asiatiques. En Inde, on avait pris le tic de bouger notre tête comme les indiens… Plus sérieusement, on a appris à mettre des mots sur ce qu’on ressent, à dire les choses comme on les pense. Ça peut parfois sembler brut, mais la communication est tellement plus simple. En Inde, je ne sais pas combien de fois des inconnus dans la rue m’ont demandé ce que c’était la cicatrice que j’ai dans le cou. Les premières fois, j’étais gênée. Maintenant, je réponds simplement que j’ai eu un cancer et dans la majorité des cas, on passe à autre chose.

On a appris ce qu’était la bienveillance et le partage. Dans les trains en Inde, c’est toute une aventure. On y passe beaucoup, vraiment beaucoup de temps. On a un tas d’anecdotes à ce propos, comme les flics qui nous invitent dans le commissariat de la gare, non pas pour vérifier nos papiers, mais pour nous offrir le chai et ils nous ont mis dans le bon wagon quand le train est arrivé. Il y a aussi la famille indienne qui nous a nourri pendant les 22 heures de trajet. Dans les différents pays que nous avons visité, on n’a plus peur de prendre les transports en commun sans préparer notre parcours, on sait qu’on peut compter sur la bienveillance des gens. Nous avons découvert aussi que le monde est moins dangereux que ce que l’on veut nous faire croire.

On prend aussi beaucoup de plaisir à rencontrer de nouvelles personnes tout au long de notre chemin. Parler politique avec des indiens, parler colonisation française avec un algérien, échanger les bons plans avec d’autres voyageurs français (ou pas d’ailleurs… ) C’est grâce à un bon ami indien que je parle anglais maintenant. Bref, tout ça pour dire que nous avons fait de nombreuses rencontres, parfois improbables, mais qu’on en sort enrichis. 

Enfin, on s’estime très chanceux. On en a conscience maintenant. En France, on allait bosser, on était coincé dans nos habitudes et dans notre quotidien. On savait au fond de nous qu’on avait de la chance. Mais depuis qu’on est parti, on est réellement conscients qu’on est chanceux de découvrir des pays, des religions, des coutumes, des personnes qu’on aurait jamais connu en étant restés à Dunkerque. A propos de notre conception du monde, à proprement dit, on s’est rendu compte en voyageant cette dernière année, qu’on avait devant nous un monde des possibles. 

Mr Mondialisation : On comprend à vous lire que le monde est souvent bien différent de l’idée que nous nous en faisons. À la base, vous aviez prévu de revenir en France ? Alors ce retour, c’est pour quand ?

Julie : On n’a pas de retour prévu. Peut-être qu’un jour on reviendra en France pour des vacances, pour voir nos familles et nos amis. Mais on ne prévoit pas de rentrer en France, pas dans les années à venir. On a encore pas mal de pays à visiter, on envisage aussi de repartir une ou deux fois en Inde. Et on ne sait pas, on verra bien par la suite. C’est bête, mais une fois qu’on est en Asie du sud-est, on est presque à côté du Japon ou de la Corée…

« Pardonne moi de ne pas être vraiment là, mon esprit a trouvé un endroit appelé ailleurs. »

Propos recueillis par l’équipe de Mr Mondialisation

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