Ce n’est un secret pour personne, le Rassemblement National et l’extrême droite ne cessent de progresser à chaque élection. Dans cette situation, la responsabilité du camp libéral, incarnée par des personnalités venant du PS jusqu’aux Républicains en passant par la Macronie, est colossale. À cela, s’ajoute le rôle crucial des médias de masse.
Si le vote RN grimpe, c’est en grande partie lié aux discours et politiques racistes et libérales menées en France et dans le reste de l’Occident depuis plusieurs décennies. La diabolisation des idées de gauche, jusqu’à vider les mots de leur sens, a également contribué à faire progresser l’extrême droite.
À présent, le RN peut même être perçu comme la seule opposition au macronisme. Zoom sur un jeu plus que dangereux.
Les digues cèdent les unes après les autres
Il paraît loin le temps où l’intégralité du champ républicain s’unissait contre l’extrême droite. En 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen arrivait pour la première fois au second tour de l’élection présidentielle, la plupart des partis s’étaient mobilisés autour d’une candidature de droite – celle de Jacques Chirac – pour l’empêcher d’accéder au pouvoir.
Près d’un quart de siècle plus tard, les digues contre la peste brune semblent céder les unes après les autres, malgré les lourdes leçons de l’Histoire. Au fil des ans, les signes de ce délitement républicain étaient pourtant déjà bien perceptibles, comme une musique de moins en moins discrète.
Macron déroule le tapis rouge
Dès 2019, les Français ont pu entendre la droite traditionnelle, incarnée par le chef de l’État lui-même, reprendre des thèses nauséabondes venues directement des rangs de l’extrême droite. Ainsi, Emmanuel Macron, citait Charles Maurras, figure de l’antisémitisme et de l’extrême droite royaliste, avant de réhabiliter Philippe Pétain comme un « grand soldat ».
D’année en année, ses troupes se sont d’ailleurs alignées sur les thématiques du RN que le Président désignait comme « seul opposant sur le terrain ». L’on a ainsi pu voir les membres de Renaissance parler « d’islamo-gauchisme », « d’écoterrorisme », ou encore d’une France « ensauvagée », jusqu’à Gérald Darmanin, qui qualifiait Marine Le Pen de « trop molle ».
Emmanuel Macron s’est, lui aussi, droitisé un peu plus chaque année, n’ayant aucun scrupule à donner une interview au magazine d’extrême droite Valeurs Actuelles, condamné pour injure raciste, ni à affirmer que la violence dans la société serait un « processus de décivilisation ». En 2024, le fondateur d’En Marche a également flatté l’électorat transphobe pour tenter de décrédibiliser la gauche.
Une course effrénée vers l’extrême droite
Et hélas, ces multiples déclarations se sont également accompagnées d’actes concrets. Ainsi, le macronisme a noué de nombreux accords à l’Assemblée nationale pour donner des responsabilités aux représentants du RN, au détriment de ceux de la gauche. Pour satisfaire l’électorat d’extrême droite, il a aussi fait voter des lois liberticides et racistes, comme celle sur le séparatisme, ou sur l’immigration.
En 2024, suite à une victoire du RN aux élections européennes, le chef de l’État a provoqué la dissolution de l’Assemblée nationale dans l’idée, selon Contre Attaque, de gouverner avec le RN, supposant un virage à l’extrême droite lors des élections législatives.
Dans le budget 2026, le mouvement libéral a d’ailleurs encore accéléré sa stratégie raciste en procédant à des coupes pour le droit d’asile, ou bien en supprimant les aides au logement pour les étudiants non européens.
Un terreau de longue date
À ce programme d’extrême droite, il faut ajouter la somme des politiques néolibérales menées par les divers gouvernements depuis des décennies. À ce titre, le projet conduit par Emmanuel Macron représente un condensé sans équivoque de cette idéologie, avec comme première conséquence l’explosion des inégalités.
Ces politiques antisociales provoquent un déclassement qui constitue un formidable terreau pour l’extrême droite. Celle-ci rafle ensuite la mise en désignant des boucs émissaires : les musulmans, les « wokistes » ou encore les « assistés ».
Plutôt Hitler que le Front Populaire
Toutefois, ces crises inhérentes au capitalisme pourraient également profiter à la gauche de rupture, ce qui est déjà un peu le cas avec la montée de la France Insoumise dans les différents scrutins. Pour autant, si ce camp ne progresse pas autant que l’extrême droite, c’est bel et bien parce que la bourgeoisie préfère voir sur le devant de la scène les théoriciens du grand remplacement que ceux du partage des richesses.
En effet, en cas de victoire des identitaires, ceux-ci garantiront la conservation des intérêts des plus fortunés. Ce qui n’est pas le cas avec la gauche, si l’on se fie à son programme, notamment économique.
Les médias complices
Cet objectif de conservation des privilèges des plus aisés se retrouve chez les médias de milliardaires qui défendent leurs propriétaires. Ce phénomène est évidemment très visible au sein de l’empire Bolloré, mais pas seulement.
Car dans le sillage des médias Bolloré, de nombreux autres médias ont décalé leur fenêtre d’Overton vers des idées d’extrême droite. En témoigne, par exemple, l’explosion d’éditorialistes de ce bord, notamment venus de Valeurs Actuelles, sur les chaînes d’informations, y compris du service public.
Cette montée en puissance s’est bien sûr largement démontrée par les thématiques mises en avant par la presse ces dernières années : islam, immigration, insécurité, et surtout diabolisation de la gauche et de l’écologie, dont les sujets de prédilection se font de plus en plus discrets à l’antenne.
Médias en campagne : une mise à jour s'imposait. Version 2, mars 2026 👇
Diabolisation sans retenue de la gauche
Depuis le score très élevé de Jean-Luc Mélenchon aux présidentielles de 2022, les attaques médiatiques contre ce camp progressiste n’ont d’ailleurs cessé de se multiplier, avec en point d’orgue le début du génocide à Gaza. Tantôt qualifiés d’antisémites, puis d’extrémistes ou « en dehors du champ républicain », les Insoumis·es sont devenus de véritables boucs émissaires pour la classe médiatique mainstream.
Des tirs à boulets rouges qui ont repris de plus belle à la suite de l’affaire Quentin Deranque, durant laquelle la télévision, les journaux et les représentants libéraux n’ont pas hésité à mettre sur un piédestal un militant néonazi pour de l’autre côté criminaliser l’antifascisme. Et ce, sans craindre de sacrifier la réalité des faits.
Des boussoles brisées
La France Insoumise est donc devenue aux yeux du RN jusqu’aux cadres du PS, le mouvement le « plus dangereux de France » et le RN a été banalisé. En plus d’avoir totalement explosé, le barrage républicain s’inverse pour se transformer en un front d’opposition à la gauche pour sauver les plus riches.
Chez les Républicains, le naufrage est complet, puisque dans le sillage d’un Éric Ciotti qui a déjà consumé son pacte avec le RN, d’autres semblent maintenant prêts à faire alliance avec la formation de Marine Le Pen, cofondée par des SS. Sans vergogne, Martine Vassal, candidate LR aux municipales de Marseille, reprenait d’ailleurs à son compte, en février 2026, la devise de la France de Vichy. Très loin de l’époque où Jacques Chirac refusait même de débattre avec le FN. La ministre déléguée, Aurore Bergé, n’a, elle, pas hésité à faire sien le vocable de Philippe Pétain, en qualifiant La France Insoumise de « parti anti-France ».
Et ce naufrage s’est encore poursuivi jusqu’au PS qui traite avec le RN à l’Assemblée Nationale et qui a surtout hurlé avec les loups dans le processus de diabolisation de LFI au profit de l’extrême droite. Certains cadres du PS refusent même d’envisager des alliances avec les Insoumis·es aux élections municipales, offrant un boulevard à l’extrême droite.
Relancer l’espoir
On l’aura compris, à force de jouer à ce jeu dangereux, le camp libéral, risque d’obtenir ce qui lui pend au nez : mettre le RN à la tête du pays. Et contrairement à ce que certains affirment, ce qui en résulterait est déjà observable.
Pour autant, malgré ce climat sombre sur lequel prospère le RN, il demeure néanmoins des raisons d’espérer. D’abord parce qu’une majorité des Français semblent méfiants envers les grands médias. Dans ce cadre, il existe des voies de passage pour la presse indépendante, non soumise aux intérêts de la bourgeoisie.
En outre, d’après les enquêtes, les Français sont également attachés au modèle social de services publics du pays. Reste donc à faire progresser ces idées dans la société pour naturellement écarter le RN qui n’aspire qu’à les combattre. Charge aux citoyens bien conscients de ces enjeux de continuer à militer pour qu’ils reprennent leur place sur le devant de la scène.
– Simon Verdière
Photo de couverture : Strasbourg 1er tour des élections municipales 23 mars 2014. Wikimedia.















