Quand la microfinance aide les forêts à se régénérer

Présente depuis 5 ans au Pérou, Forest Finance lance au travers de Forest Finance France l’organisation Forestera, afin de mettre en place avec les populations locales des systèmes agro-forestiers voués à produire du cacao de manière équitable et durable. En recentrant l’Homme au cœur du processus de production, elle permet aussi à des parcelles abîmées par l’agriculture intensive de se régénérer. Aujourd’hui, il est possible à quiconque d’investir dans ce projet via la campagne WiSeed récemment lancée — une finance alternative peut-elle venir à la rescousse de nos forêts ? Nous avons discuté avec Lenny Martinez, chef de projet au sein de Forest Finance France. 

Participer à la reforestation de l’Amazonie

Existant depuis plus de 20 ans maintenant, le groupe Forest Finance se revendique comme un « créateur de forêt », qui permet aux particuliers et acteurs institutionnels d’investir dans la plantation de forêts au Pérou, au Vietnam, au Panama et en Colombie. Depuis 1995, ce ne sont pas moins de 8 millions d’arbres qui ont été plantés par le groupe, correspondant à près de 17 500 hectares de forêts reboisées. Si l’entreprise d’origine allemande fonde ses revenus sur les rendements attendus des forêts plantées — pierre angulaire de l’argumentaire adressé aux investisseurs, elle s’est cependant démarquée par son approche équitable et écologique.

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Aujourd’hui, avec le lancement de sa filiale Forestera, Forest Finance France entend continuer de participer à la lutte contre la déforestation en région amazonienne. Cette fois-ci, il s’agit pour la PME communautaire de participer à la mise en place de systèmes agro-forestiers alliant régénération des sols et culture du cacao. Sur un terrain d’une centaine d’hectares situé dans la région de San Martin au Pérou, Forestera entend planter 11 000 arbres. Cette plantation devrait permettre, entre autre, le développement d’activités agro-forestières permettant aux populations de bénéficier d’emplois nouveaux qui ne nécessitent pas le recours à la déforestation ou la fatigue des sols.

« La région de San Martin est la plus déforestée du Pérou. Au Pérou en 2014, la déforestation représente 145 000 hectares. Environ 80% des précipitations proviennent directement de la forêt (de l’évapotranspiration des arbres), car les Andes constituent une formidable barrière pour l’air marin humide venant du Pacifique. La déforestation impacte déjà le climat sur place, les habitants s’en rendent compte… mais pour le moment, la région est lancée dans une révolution agricole bancale qui favorise la dégradation des sols« , nous explique Lenny Martinez.

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Produire du cacao de façon équitable

L’engagement de Forest Finance est écologique, il cherche également à être éthique. Avec la plantation de forêts mixtes plutôt que de monocultures, le recours à une agriculture biologique et 15% des terres utilisées mises au service de la protection des espèces animales locales, Forest Finance semble tout avoir du bon élève. En plaçant l’Homme « au cœur de [ses] projets », Forestera souhaite offrir aux populations locales engagées dans le processus de reforestation et de production de cacao une occasion de pérenniser leur activité et leurs revenus : « La sécurisation de la filière cacao passe par des pratiques agricoles plus durables, et un modèle réfléchi de système agroforestier répond à cela. Un autre aspect important de notre approche, est de valoriser autant que faire se peut sur place les matières premières (bois, fèves de cacao) en produits finis au sein d’une chocolaterie, scierie, menuiserie; et ainsi former nos équipes locales à d’autres corps de métiers plus rémunérateurs. »

Ainsi, chaque travailleur péruvien, panaméen, colombien ou vietnamien bénéficie de conditions de travail adéquates, bien au dessus de standards de l’industrie du secteur (qui parfois exploite les enfants) : salaires au dessus des minimums en vigueur, couverture sociale, formation et acquisition de compétences, et accès à des micro-crédits pour certains projets personnels — des conditions qui devraient être appliquées universellement. À l’avenir, Forestera espère produire équitablement huit variétés de cacao aromatiques qui seront vendues aux chocolatiers européens. Aux processus de récolte et de fermentation traditionnels de la fève, succèdent le passage par des intermédiaires locaux puis la vente et l’exportation. Une manière de tourner le dos à une mondialisation exploiteuse sans abandonner dans la pauvreté les paysans et producteurs locaux qui survivent de leurs cacaotiers : « Nous travaillons dans une région rurale rythmée par les travaux des champs, qui sont saisonniers par définition. L’avantage de notre implantation dans ces régions, est que nous apportons un emploi fixe avec une couverture santé, sur le long terme. »

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Investissement éthique : on en est où ?

Forest Finance existe depuis plus de 20 ans et revendique la confiance de plus de 17 000 clients à travers le monde. Des particuliers, mais aussi des organismes et des investisseurs institutionnels. Il s’agit là d’une entreprise d’investissements forestiers écologiques. En ce sens, les utilisateurs de Forest Finance investissent un certain montant, qui va participer à la création de forêts et d’activités locales adjacentes dans certaines zones sélectionnées. Une fois la forêt arrivée à maturité et capable de produire du bois ou des récoltes, les investisseurs touchent une part des bénéfices tirés de l’activité forestière voulue durable. L’organisme s’assure que les locaux profitent de cette activité et que la forêt reste sur pied et continue à se développer ainsi que les animaux qui y vivent. Pour ce faire, Forestera passe par la plateforme WiSeed, spécialiste de l’investissement forestier.

Si Forest Finance semble assez droite dans ses bottes en la matière, des risques existent tout de même quand on parle de fonds d’investissement déclarés éthiques. En effet, face à un nouveau « business model » qui prospère, ce type de fonds se multiplient ces dernières années, donnant parfois lieu à certaines dérives et critiques. En 2010, on estimait que les fonds d’Investissements Socialement Responsables (ISR) représentaient en France une manne de 50 milliards d’euros. À la même époque, un rapport de l’association Les Amis de la Terre mettait déjà en cause la présence d’entreprises peu louables au sein des portefeuilles de fonds pourtant labellisés « Novethic ». Des entreprises qui appartenaient par exemple à l’industrie pétrolière, loin de constituer un exemple en terme d’éco-citoyenneté… Il semble décidément bien difficile de sortir totalement de l’ingérence des grands groupes industriels.

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Sources : Forestfinance.fr / Forestfinance.de / Bastamag.net