À l’approche des fêtes de fin d’année, la frénésie de la société de consommation atteint son pic juste après une autre orgie : le Black Friday. Oubliées les crises écologiques qui ont marqué l’information toute l’année, le spectre de l’effondrement et les conditions sociales dans lesquelles sont produits les objets issus de la production de masse. Mais certains d’entre vous se demandent peut-être comment aborder cette période de fête de manière responsable, en limitant son impact sur la planète tout en passant un très bon moment. Nous vous proposons quelques pistes pour « fêter autrement » et éviter les injonctions des marques et du monde marchand.

Chaque année, ce sont pas moins de 700 millions de cadeaux qui sont distribués à travers le monde pendant la période de Noël. Pour 48% des Français, l’achat de cadeaux relève de l’obligation, même si cela reste un plaisir. Un chiffre qui démontre l’emprise de l’incitation à consommer à l’approche des fêtes. D’autre part, ces achats continuent de se faire à 68% au sein d’hypermarchés, qui ne tarissent pas d’effets d’annonce et de stratégies pour pousser à l’achat parfois très tôt dans l’année, bien avant décembre (notamment avec le « Vendredi noir »).

Pourtant, on sait aujourd’hui qu’une grande majorité de ces cadeaux industriels sont fabriqués à l’autre bout du monde dans des conditions douteuses avec un impact écologique important. Céder à cette facilité, c’est participer soi-même, à son petit niveau, à la destruction du monde dans lequel nous souhaitons tous vivre. Par la même occasion, c’est aussi tourner le dos aux acteurs locaux et des alternatives sincères qui ont besoin de nous pour fonctionner. Pas très symbolique de l’esprit de Noël… Pourtant, les alternatives ne manquent plus.

Crédit photo : ArboLife

Demandez / Offrez un cadeau seconde main !

Dans l’imaginaire collectif, offrir signifie acheter, et pour l’essentiel, du neuf. L’association suisse « Arbolife », dont le principal engagement consiste à « mettre en lumière les acteurs du changement »,  a décidé de montrer qu’il pouvait en être autrement. À l’approche de Noël, la structure a souhaité illustrer qu’une consommation responsable est possible. Marc, l’un des membres nous explique : « nous proposons à chacun de faire savoir à ses proches et ses amis qu’il souhaite recevoir un cadeau seconde main cette année », ce qui permet de réemployer des objets et donc d’éviter d’en produire de nouveaux. Arbolife propose une lettre type à envoyer par mail à ses proches.

« Nous ne sommes pas là pour convaincre les gens, nous ne sommes pas dans une démarche normative, mais positive », précise Marc, selon qui il s’agit surtout de montrer que des alternatives sont possibles et que de nombreux acteurs en proposent. Avec l’action « cadeau seconde main » il s’agit donc surtout d’encourager une consommation responsable, et de proposer à chacun d’en parler à son entourage. Pour ceux qui ont le courage, il suffit d’en parler directement à ses proches, de faire valoir ses opinions avec fermeté dans un monde au bord de l’effondrement.

Fabriquez vous-mêmes pour donner du sens aux cadeaux !

Décorer, construire, offrir… rien de plus personnel que d’y passer du temps soi-même en construisant des objets personnalisés. En manque d’idée ? Vous pourriez trouver des sources d’inspiration sur le site wikifab, véritable mine d’informations pour les bricoleurs et amateurs de « DIY ». Vous y trouverez les instructions pour des décorations, des meubles et même une idée originale de sapin de noël. Et si vous n’êtes pas un bricoleur dans l’âme, passez par un artisan ou un artiste. Oui, c’est probablement plus cher qu’une babiole en plastique made in China, mais ça ne finira pas à la poubelle aussi vite. Une manière d’introduire l’idée de la qualité et de l’âme artistique des choses.

Mais ne vous découragez peut-être pas si vite : car souvent, quelques mots sont bien plus significatifs qu’un cadeau matériel qui risque de finir dans un tiroir voire même à la poubelle. Si l’idée vous tente, peut-être vous laisserez-vous inspirer par les cartes de l’artiste vietnamienne 3XU, reproductibles par chacun.

À table, attention aux arnaques !

Les fêtes, c’est aussi l’occasion de faire des repas qui sortent de l’ordinaire. Alors que vous vous demandez peut-être ce que vous allez manger, l’ONG indépendante Foodwatch adresse une mise en garde à tous les consommateurs. De nombreux plats préparés vendus dans les grandes surfaces portent des emballages et des étiquettes qui induisent en erreur en ce qui concerne le contenu des sachets. C’est d’autant plus vrai à Noël où tout devient plus faux pour vendre du rêve sous emballage plastique. « Du chic, du pas cher, des labels, du bio : aucun rayon n’échappe aux ruses marketing qui font vendre », note Foodwatch qui épingle « 20 arnaques sur l’étiquette » ainsi qu’un « calendrier du Vent » listant 24 arnaques alimentaires à découvrir avant Noël !

Par exemple, les « Suprême Coraya », affichent en grand « Homard » sur l’emballage : pourtant, le produit n’en contient pas. Les industriels ne sont pas à un abus près : Foodwatch, l’œil toujours ouvert, nous apprend que les coquilles Saint-Jacques « à la Bretonne » de Tipiak ont pour origine la France, mais surtout l’Amérique du Sud, le Chili, le Pérou, le Vietnam ou encore la Russie… Citons aussi le saumon Atlantique fumé de Guyader, qui laisse penser à un saumon pêché alors qu’il provient d’un élevage industriel intensif. L’ONG cite aussi le Fromage pour Tartiflette de RICHESMONTS. « Ça a la forme d’un reblochon, c’est emballé comme du reblochon, ça coûte le prix d’un Reblochon… sauf que ce fromage n’est pas un Reblochon. » précisent-ils, mais plutôt un simili-industriel à l’origine obscure.

Foodwatch déplore qu‘il n’existe pas à ce jour de réglementations contre ces pratiques qui trompent volontairement le consommateur. Dans ce contexte, il est parfois préférable de se renseigner auprès des artisans et traiteurs locaux, voire de cuisiner soi-même avec des produits dont l’origine est clairement établie. En vrai, les arnaques alimentaires se comptent par centaines… Autant cuisiner un maximum avec des produits locaux à la provenance vérifiée.

Exemple de manipulations par l’ONG Foodwatch

Moins de biens, plus de liens !

De manière plus générale, les diverses crises humanitaires et sociales nous obligent à reconsidérer nos modes de vie et à revenir aux bases des bases. Dans une civilisation construite sur la croissance perpétuelle de la production/consommation, nos choix comptent. À ce titre, les objecteurs de croissance ont pour devise « moins de biens, plus de liens ! ». Entendez : avoir le courage de se détourner de la consommation de masse qui participe inévitablement à la dégradation du monde pour mettre son énergie dans nos rapports (et apports) aux autres. S’il n’y a pas qu’un seul jour de l’année pour partager un moment véritable de fraternité entre amis ou en famille, pourquoi ne pas essayer de faire tout particulièrement preuve de cohérence en cette période de fêtes ?

À ce titre, on ne peut qu’encourager chacun à s’investir dans une association quelconque d’aide à ceux qui en ont le plus besoin. De nombreuses solutions existent aujourd’hui, dont l’application Homeless+ permettant de mieux organiser l’aide aux personnes sans-abris. Nous citerons également le moteur de recherche Lilo et son opération « Joyeux Noël » consistant à aller à la rencontre de personnes sans-abris, leur tenir compagnie et leur offrir un cadeau de leur choix. Chacun peu participer très simplement via noel.lilo.org en finançant gratuitement (via les recherches sur le moteur) un cadeau et/ou en écrivant un petit mot doux à un sans-abri. De nombreuses associations locales recherchent des bénévoles pendant les fêtes !

Image : LILO / Opération Joyeux Noel.

Un Noël en lutte ?

Cette injonction perpétuelle à consommer chaque année, prétextant d’anciennes fêtes religieuses, commence à fatiguer de plus en plus de monde. On réalise tôt ou tard que rien ne nous oblige à suivre les préceptes – religieux ou culturels – d’une société quelconque. Il suffit de voyager un peu et de sortir de son cadre de référence pour réaliser qu’à l’échelle du globe, Noël n’est qu’un concept parmi d’autres, devenu aujourd’hui moralement obligatoire dans l’imaginaire collectif occidental à des fins consommatoires. Comment pourrait-il en être autrement ? Chaque message télévisé, chaque info radiophonique ou publicité internet nous pousse à participer sous la menace d’être exclus socialement. Chaque année, les masses perpétuent le rite consommatoire sans même se rappeler exactement pourquoi, l’origine des choses. Et pourtant, ils sont nombreux à choisir de ne pas suivre le mouvement, de ne pas fêter Noël, de mettre leur énergie dans des causes plus concrètes, de fêter l’existence quand eux-seuls l’ont décidé. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui alors que la France traverse une crise sociale majeure. Dans ce contexte, Noël sert même de prétexte politique pour ramener les contestataires dans le rang de la servitude volontaire. Ainsi, de nombreux commentateurs médiatiques ont estimé que les grévistes prenaient les fêtes en otage ! Entendez : un bon citoyen est un citoyen qui fête Noël, consomme bien, et surtout ne discute pas les réformes économiques qu’on lui impose. Alors, peut-on vivre un Noël en lutte ?

Avec ou sans Noël, de très bonnes fêtes à tous !


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