Fukushima – Paris : Qui aura le courage de sortir du nucléaire ?

    Photo : Arkadiusz Podniesiński

    Alors que France 2 diffusait dimanche dernier un reportage cinglant pointant du doigt les négligences inquiétantes entourant le drame de la centrale de Fukushima, la France peine à se dépêtrer du nucléaire et de son puissant lobby. À l’approche des élections présidentielles de 2017, le moment est venu de lancer un appel à nos hommes politiques, pour enfin, peut-être, amorcer une transition énergétique digne de ce nom.

    Fukushima : retour sur une catastrophe qui aurait pu être évitée

    Diffusé le 12 février dernier au sein de l’émission « Cellule de Crise » de France 2, un reportage glaçant est revenu sur la catastrophe nucléaire de Fukushima, qui plongeait le Japon dans l’inquiétude et la terreur en mars 2011. Cette année-là, à la suite d’un violent séisme, une vague de 15 mètres de haut va heurter la côte Est du Japon, causant la mort de 19 000 personnes et la destruction de près de 310 000 foyers. Mais cet événement déjà tragique aurait pu avoir des répercussions encore bien plus effroyables en se muant en cataclysme à échelle mondiale. Car, ce 11 mars 2011, ce ne sont pas seulement les côtes japonaises qui sont frappées de plein fouet, c’est aussi la centrale nucléaire côtière de Fukushima et ses six réacteurs.

    Keow Wee Long, en zone rouge de Fukushima

    Pendant une dizaine de jours, l’incertitude va planer au dessus du gouvernement japonais et de la cellule de crise déployée par Tepco, fournisseur d’électricité japonais et propriétaire de la centrale. Au cœur de la tornade qui va s’abattre sur les décisionnaires japonais, on trouvera de nombreuses failles et un manque de préparation évident face aux éventualités, sous-estimées lors de la construction de la centrale. Car, comme le révèle le reportage, les précautions ont fait défaut dès la construction de la centrale de Fukushima, située en bord de mer, notamment par rapport au mur de protection érigé afin de protéger la centrale en cas de tsunami. Tout comme en France, nombre de défenseurs du nucléaire partaient du principe qu’un accident était peu probable. Le 11 mars 2011, le mur de 5 mètres de haut se révèlera assez peu efficace face à la déferlante qui s’est abattue sur les côtes nippones.

    Le pire évité de justesse

    Alors que la centrale va voir son alimentation en électricité coupée à la suite des dommages engendrés par la catastrophe naturelle, les équipes japonaises vont avoir un mal fou à contenir la menace radioactive. Sans alimentation électrique, les tableaux de commande sont inutilisables par les opérateurs, et les réacteurs commencent à chauffer dangereusement sans que ceux-ci ne le réalisent, ne bénéficiant plus d’un refroidissement adapté. Des tentatives diverses, parfois totalement hasardeuses, de rétablir le refroidissement des réacteurs vont s’ensuivre, toutes marquées d’un échec, jusqu’à l’intervention miracle d’un squad japonais hyper-qualifié commandité par Tokyo, plus d’une semaine après le tsunami.

    Tepco doit stocker des millions de m3 de terre contaminée

    Parmi les différentes erreurs commises, on trouve bien sûr un manque d’anticipation et de préparation de la part des gouvernement et opérateurs japonais, mais aussi de nombreuses bourdes qui ont ralenti le refroidissement des réacteurs et surtout la prise de décision. Entre outre, des équipements inadaptés et un manque de moyens ont participé au flou général qui a plané pendant plusieurs jours quant au sort de la centrale et de la population japonaise. Une aberration lorsque l’on considère les risques potentiels liés à l’explosion des six réacteurs nucléaires (5 de plus que celui en cause à Tchernobyl) présents sur le site. En dépit de ce manque de préparation, le courage incroyable d’employés de la centrale et des secours est à souligné. Comme l’expose Cellule de Crise, une catastrophe globale a été évitée de justesse.

    Aujourd’hui encore, le site de Fukushima reste à l’origine d’une pollution radioactive prodigieuse qu’il est difficile de quantifier et d’identifier. Les robots les plus à la pointe de la technologie humaine ne résistent pas bien longtemps aux radiations excessives des combustibles nucléaires. En février dernier, dans une tentative de retrouver le combustible de l’unité 2, Tepco annonçait avoir observé des niveaux de radiations record sur le site. Dans une partie de l’enceinte de confinement, les robots ont relevé « des radiations qui peuvent atteindre 530 sieverts par heure« , de quoi tuer un être humain en quelques secondes. Plus récemment, la scientifique australienne Helen Caldicott expliquait que des produits radioactifs continuaient de se répandre dans l’Océan Pacifique, contaminant tout l’écosystème, des algues jusqu’aux poissons qui se retrouvent sur les côtes nippones et américaines.

    Quelles leçons ont-elles été tirées du drame japonais ?

    Pendant ce temps-là, le gouvernement français suit l’évolution du drame japonais avec attention. Une large part du tissu industriel français repose toujours sur l’industrie nucléaire. Championne du monde du nucléaire, la France a un intérêt économique certain à ce que la fiabilité du nucléaire ne soit pas remise en question par les populations. C’est pourquoi, à Matignon, l’ordre sera donné de minimiser l’état d’extrême urgence dans lequel se trouve la centrale japonaise de Fukushima. Pour Areva et EDF, leaders mondiaux du nucléaire, il s’agit avant tout de ne pas affoler les marchés et les investisseurs. Pendant ce temps, en Allemagne, Angela Merkel annoncera sa décision de sortir l’Allemagne du nucléaire le 30 mai 2011.

    Aujourd’hui, alors que les risques d’explosion des réacteurs ont été avérés et qu’il a été prouvé que des négligences avaient rendu l’occurrence d’une catastrophe mondiale plausible, la France continue de maintenir sa position, s’estimant à l’abri de toute catastrophe possible. Alors qu’en 2011, François Fillon, encore Premier Ministre, réclamait un audit des 19 centrales présentes sur le sol français, les différents rapports qui en découlèrent révélèrent de nombreuses failles, notamment concernant l’état des générateurs de secours. Ce sont pourtant ces générateurs qui, en cas de coupure de courant, doivent pouvoir assurer une maitrise des cœurs. Alors que les centrales européennes se font vieilles, et qu’un démantèlement devrait prendre au moins 20 ans, en France et en Belgique, les lobbies du nucléaires lançaient de vastes campagnes pour rassurer les populations. Aujourd’hui, rares sont les figures politiques à assumer une transition vers le 100% renouvelables en dépit des études qui démontrent cette possibilité.

    Face à l’existence de risques véritables, des voix citoyennes s’élèvent dans le but de motiver une sortie rapide du nucléaire, et d’atteindre les candidats à la présidentielle. En effet, outre la menace de fuite ou de la défaillance, le nucléaire pose de nombreux problèmes, notamment en termes de traitement des déchets radioactifs. À ce jour, la France continue d’enfouir sous terre plus de 100 000m3 de plutonium. Alors que les marchés des énergies renouvelables se développent rapidement dans le monde, la France continue de s’accrocher à l’atome, fière de cette spécificité française qui, pourtant, ne semble plus faire l’unanimité. En effet, en juin dernier, le démantèlement du géant Areva était annoncé, dans une tentative (vaine?) de sauver les meubles. Les solutions pour sortir du nucléaire existent pourtant, mais elles aussi se comptent en décennies. « Bonne » nouvelle, le démantèlement des centrales devrait largement employer les travailleurs du secteur pendant de très nombreuses années. Pourquoi attendre ?

    Le reportage immanquable


    Sources : IndependentAustralia.net / Alternatives-economiques.fr  / Consoglobe.com