Sauver la planète ? « CE N’ETAIT PAS NOTRE PROOOOOOJET !!! » (et autres excuses bidons)

Après avoir nié pendant longtemps le changement climatique, notre civilisation tarde à entamer un quelconque fragile changement. Il ne faudrait pas trop perturber la bonne marche de l’économie. Demain, notre seule perspective sera-t-elle de nous excuser auprès de nos petits enfants pour ne pas avoir agi alors que tous les indicateurs scientifiques étaient dans le rouge ? Les fondateurs du site « Sorry Children » – Désolés les Enfants – espèrent qu’un sursaut soit encore possible. #LAPIREEXCUSE

Paradoxalement, ce n’est que face au mur, alors que le pire est en train de se produire, puisque des centaines de millions de personnes souffrent d’ores et déjà du changement climatique, qu’il devient – lentement – légitime d’évoquer ce qui inquiétait les auteurs du rapport Meadows dès 1972 : les limites de la Croissance avec un possible effondrement de la population mondiale à la clé, et certainement pas dans de très belles conditions. À lire les divers commentaires redondants sur les réseaux sociaux, il semblerait même qu’un certain nombre de personnes blasées aspirent à ce crash (mais tant que ce sont les autres qui souffrent, naturellement). Trop nombreux sont encore ceux qui recherchent des excuses pour justifier leur attentisme, rejetant la faute sur les autres, constate Grégory Poinsenet, co-auteur du site « Sorry Children » et fondateur de l’association WhyBook en 2014.

little child stands in the garbageLes études scientifiques s’alarment, les marchés festoient

Les nouvelles alarmantes ne manquent pas, rappelle Grégory Poinsenet. Même si on fait le maximum pour rester positifs et voir « le beau », il se passe rarement une semaine sans nouvelle inquiétante. Parmi les plus interpellantes du moment, selon lui, l’accroissement des inégalités d’année en année entre les plus riches et les plus pauvres, « une véritable bombe à retardement », ou encore l’appel des 15000 scientifiques à propos de l’effondrement du vivant. Mais de quoi parle-t-on exactement ? « Le mot effondrement ne désigne ni la fin du monde, ni l’apocalypse, mais un processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, etc.) ne sont plus fournis, à un coût raisonnable, à une majorité de la population par des services encadrés par la loi », explique-t-on sur le site Sorry Children.

On parle donc de choses concrètes : l’accès de plus en plus difficile à des ressources qui semblent abondantes aujourd’hui pour les populations occidentalisées. On ne pourra pas dire qu’on ne nous avait pas prévenus. Au plus tard depuis la parution du rapport Meadows (1972) cité plus haut – aussi connu sous le titre The Limits To Growth –, revu et confirmé par une mise à jour récente, nous savons que la trajectoire de développement entamée par les sociétés industrielles est insoutenable à moyen terme. Depuis, les évidences scientifiques se sont accumulées, détaillant la destruction généralisée des éco-systèmes et de la biosphère par les activités humaines.

Pourtant, depuis 50 ans, le modèle économique n’a pas été infléchi, bien au contraire. La Croissance reste au cœur des projets politiques, la productivité augmente partout, les ressources et les terres sont exploitées avec toujours plus d’avidité, les rejets dans l’atmosphère battent des records chaque année, si bien que nous ne pouvons que constater l’ampleur des dégâts : la disparition des espèces est si rapide que les scientifiques parlent désormais de 6ème extinction, artificielle cette fois. Des populations entières sont obligées de se déplacer car elles ne peuvent plus subvenir à leurs besoins essentiels dans les régions où elles vivent.

« Je pensais que l’écologie était une mode propagée par les bobos hipsters »

Scavenger kids in Dhaka, Bangladesh.Je n’ai rien fait parce que…

Pour engager chacun à l’action, « Sorry Children » prend le parti de l’humour grinçant. Vous n’avez pas suffisamment agit pour l’environnement pendant votre vie ? Un « générateur d’excuses » vous trouve une bonne raison pour vous justifier devant vos enfants. Je n’ai rien fait parce que : « CE N’ETAIT PAS NOTRE PROOOOOOJET !!!« , « Je pensais que l’écologie était une mode propagée par les bobos hipsters », ou encore « C’est la faute de l’Inde et de la Chine » sont des formules éculées, souvent inspirées de commentaires « pas chers » sur les réseaux sociaux, des mots pour éluder rapidement notre part de responsabilité.

Grégory Poinsenet espère plutôt que ce générateur d’excuses, volontairement provocateur, puisse susciter « un choc de responsabilité ». Selon lui, à défaut de pouvoir éviter un effondrement global, il serait encore possible d’en atténuer les effets les plus négatifs. Chaque phrase propose donc également un lien « Agir plutôt que s’excuser » ! Le site n’est ainsi pas le prétexte d’un discours bêtement alarmiste, mais est également l’occasion de décrire « des pistes de solution », que ce soit en modifiant son alimentation ou en s’engageant dans les réseaux associatifs par exemple. Les possibilités ne manquent pas.

« Sorry Children », « c’est aussi une excuse pour aborder les principales thématiques liées au sujet », ses aspects scientifiques mais aussi ses ressorts psychologiques. Ainsi, des textes explicatifs accessibles sur la page web et destinés au grand public ont été rédigés avec Pablo Servigne, auteur du livre « Comment tout peut s’effondrer », ainsi que l’éco-psychologue Jean-Pierre Le Danff.  En effet, face à la perspective de l’effondrement, ce ne sont pas seulement nos connaissances scientifiques qui sont sollicitées, mais également des émotions comme la peur, le déni ou encore la colère.

Et vous, quelle était votre excuse ?


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