En France comme en Belgique, la pauvreté gagne du terrain alors que nos pays n’ont jamais été aussi riches à en juger par leur PIB. Ne se limitant plus aux personnes sans emploi, les strates inférieures de la population active sont aujourd’hui elles aussi touchées. Une nouvelle enquête réalisée en collaboration par deux médias belges vient de montrer qu’un travailleur belge sur sept vit en dessous du seuil de pauvreté. Un chiffre à mettre en parallèle avec une paupérisation qui semble s’installer de tous les côtés.  

Réalisée en collaboration par RTL info et Le Soir, la récente enquête « Thermomètre Solidaris » fait du bruit en Belgique. Elle révèle en effet la situation peu enviable des travailleurs belges. Interrogés sur la question, 40% d’entre eux ont affirmé rencontrer des difficultés à boucler leurs fins de mois, quand bien même ils bénéficieraient d’un salaire et d’un contrat. Autant dire que le rapport souligne la multiplication des contrats précaires entrainant un risque de paupérisation générale de la société. L’épargne, également, passe à la trappe faute de moyens : 40% des travailleurs affirment ne pas pouvoir mettre de côté et s’expose donc à des risques futurs. Parmi ceux-ci, 29% disent tout juste arriver à joindre les deux bouts, quand plus d’une personne sur dix empiètent un peu plus chaque mois sur leur découvert et 3% se considèrent comme ayant basculé dans la pauvreté. Enfin, un travailleur sur sept vit avec des revenus en dessous du seuil de pauvreté belge, établi à 1 250 euros par mois.

travail_precaire-3Photographie : Philippe Leroyer

Un filet de sécurité défaillant, une économie de plus en plus rapace

Parmi les causes de cette pauvreté latente, on trouve une certaine faillite des systèmes de protection sociaux contre les aléas de la vie. Ainsi, un travailleur vivant sous le seuil de pauvreté sur quatre dit avoir vu sa vie basculer à la suite d’un licenciement, d’une rupture, d’un accident ou d’une maladie grave. Au moins 7 individus sur 10 vivant aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté ont été confrontés à un événement grave au cours de leur vie. Et plus on descend en dessous du seuil, plus cette proportion augmente, avec des individus qui ont accumulé les coups durs sur plus ou moins cinq années. La menace est réelle et se ressent dans toute la population. En 2015, une enquête révélait que 57% des Français pensaient avoir déjà échappé au moins une fois à une situation de pauvreté. La crainte de basculer dans la pauvreté, quant à elle, touche 48% des personnes non diplômées, 38% des femmes, et 43% des foyers comptant un enfant de moins de 18 ans.

Mais cette paupérisation a aussi des causes bien plus politiques qui s’ancrent dans l’état actuel de nos économies. Des contrats de plus en plus précaires, des temps partiels forcés, le recours de plus en plus fréquent à de l’intérimaire, des travailleurs indépendants qui galèrent… expliquent en partie la situation de ces travailleurs pauvres. Mais, autre fait marquant, près d’un travailleur sur deux dont les revenus se situent en dessous du seuil de pauvreté belge bénéficie d’un emploi stable en CDI. Une situation que l’on peut imputer à la hausse constante du coût de la vie, couplée à une certaine stagnation des salaires. Parmi les deux postes les plus incriminés : l’augmentation des loyers et des dépenses en énergie. Pour les jeunes, la tendance est frappante : les travailleurs de moins de 25 ans admettent à 66% vivre chez leurs parents faute de pouvoir financer un loyer et les garanties associées. Pour permettre aux individus de bien vivre, il faudrait que ces dépenses fixes ne dépassent pas les 30% de leur salaire. Aujourd’hui, le loyer à lui seul représente bien souvent entre 45 et 50% de ce revenu.

travail_precaireStreet-Art par BLU.

Parfois, se sont également les séniors qui se voient durement frappés par la situation. Jean-Marc (nom d’emprunt), belge demandeur d’emploi de 63 ans, nous explique : « Je n’aurais jamais imaginé me retrouver plongé dans la précarité dans la vie. J’ai cumulé deux emplois sans interruption depuis la sortie de mes études. Un simple accident de santé et la société m’a tourné le dos, me traitant comme un vulgaire objet périmé. Aujourd’hui, je dois quitter ma maison et survivre d’une aide qui fond à vue d’œil tout en étant menacé dans la recherche d’un travail alors que personne, il faut l’avouer, ne veut d’un homme malade proche de la retraite ! »

Une pauvreté qui s’étend au sein de la population

Si l’enquête Solidaris révèle que la plupart de ces travailleurs pauvres sont des femmes ou des personnes isolées avec ou sans enfants, elle ne fait que confirmer la tendance actuelle d’une paupérisation graduelle de nos sociétés. En France, 25% des personnes sans-abri sont, contrairement à ce que l’on pourrait penser, en emploi précaire. Un quart des SDF est donc salarié. Toujours en Fance, on compte 8,6 millions de personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté décrété par l’Insee à 60% du revenu médian.

Et les chiffres se traduisent par des conséquences bien réelles pour les ressortissants du pays. Mal logement et pauvreté extrême touchent de plus en plus de personnes. Comme le révélait mardi dernier un documentaire France 5 intitulé « À l’abri de rien », aujourd’hui ce sont près de 3,8 millions de Français qui vivent sans logement ou dans des conditions insalubres.

Autre chiffre qui interpelle, celui, révélé récemment, du salaire mensuel perçu par les agriculteurs. Confrontés à la précarisation de leur profession, un tiers de ceux-ci a perçu en 2015 un salaire inférieur à 354 euros par mois. Révélés par la Mutualité Sociale Agricole, les chiffres font froid dans le dos. En outre, en l’espace d’une année, la proportion des agriculteurs vivant avec ce salaire dérisoire ou moins est passée de 18% à 30%. À ce train-là, nous avons tous du souci à nous faire.


Sources : LeSoir.be / RTL.be / Marianne.net / Reuters.com