Si vous hésitiez encore à adapter le contenu de votre assiette aux enjeux environnementaux actuels, cette récente étude devrait vous convaincre. Publiée dans la revue scientifique Nature Food le 20 juillet dernier, elle assure que le régime alimentaire des personnes véganes représente seulement 25,1 % des gaz à effet de serre émis par l’assiette d’un gros consommateur de viande.

Au delà des 75 % d’émissions de gaz à effet de serre en moins, une alimentation excluant les produits d’origine animale comme la viande, le poisson mais aussi les oeufs, le lait et le miel, présente d’autres avantages environnementaux notables : la réduction des surface agricoles nécessaires à la production alimentaire, la baisse de l’eutrophisation (accumulation d’azote et de phosphore), la réduction de l’utilisation d’eau douce et une limitation de la perte de la biodiversité.

Les algues vertes mortelles en Bretagne, une des conséquences de l’eutrophisation, accumulation d’azote du fait de l’agro-industrie. Wikimedia

Les systèmes agro-alimentaires sous la loupe

En 2015, on estimait déjà que le système alimentaire était responsable de 18 gigatonne (Gt) d’émissions de gaz à effet de serre (GES) en équivalent carbone (CO2e),« soit 34 % du total des émissions mondiales de GES cette année-là », déplorent l’équipe de Peter Scarborough et Richard Harrington, auteurs principaux de l’étude et chercheurs au département des Sciences de soins de santé à l’Université d’Oxford, au Royaume-Uni. Depuis, rien a beaucoup évolué : nos systèmes agroalimentaires apparaissent encore comme un des secteur les plus polluants de notre société.

Empreinte environnementale relative de l’utilisation des terres, de l’utilisation de l’eau, du potentiel d’eutrophisation et de l’impact sur la biodiversité des groupes alimentaires par rapport aux grands mangeurs de viande (>100 g /jour). Source : Nature

En cause ? L’artificialisation des territoires, l’utilisation massive d’engrais et de pesticides de synthèse, la consommation d’eau douce mais aussi l’élevage. En effet, l’impact environnemental des aliments d’origine animale est généralement plus élevé que celui des aliments d’origine végétale en raison à la fois des processus directs liés à la gestion du bétail (par exemple, la production de méthane par les ruminants et leurs excréments) mais aussi des processus indirects dus par exemple à l’utilisation des cultures pour l’alimentation animale, plutôt que directement destinés à la consommation humaine.

Vers une transformation globale du contenu nos assiettes

Dans tous les cas, « pour nourrir une population mondiale croissante tout en restant dans les limites environnementales sûres proposées en matière d’émissions de GES, d’utilisation des terres, d’utilisation de l’eau, de pollution de l’eau et de perte de biodiversité, nous devrons modifier nos régimes alimentaires », assurent les scientifiques.

Pour ces derniers, si les autres moyens de réduire l’impact environnemental du système alimentaire (par exemple, les progrès technologiques, la réduction des écarts de rendement ou la réduction du gaspillage alimentaire) sont essentiels, ils ne suffiront pas sans une transition alimentaire majeure partagée par l’ensemble de nos sociétés modernes, et en particulier par les populations des pays occidentaux.

Un élevage industriel de poulets aux États-Unis. Wikimedia

Un an de relevés alimentaires

Afin de quantifier les effets bénéfiques d’une baisse voire d’une suppression des aliments d’origine animale dans notre alimentation, l’équipe de l’Université d’Oxford a analysé les relevés alimentaires annuels de plus de 55 000 britanniques, végétaliens, végétariens, mangeurs de poisson et/ou de viande.

En comparant ces éléments avec une base de données recensant les conséquences environnementales de 57 000 aliments (celle-ci repose sur 570 évaluations du cycle de vie, couvrant plus de 38 000 fermes dans 119 pays), les auteurs entendaient déterminer avec précision les impacts de chaque modes alimentaires.

les résultats découverts sont sans appel : « tous les indicateurs environnementaux ont montré une association positive à mesure que les quantités d’aliments d’origine animale consommés réduisaient ».

En effet, les impacts environnementaux des régimes végétaliens correspondent à seulement 25,1 % des impacts enregistrés chez les « grands » mangeurs de viande (plus de 100g de viande totale consommée par jour) pour les émissions de gaz à effet de serre, 25,1% pour l’utilisation des terres, 46,4% pour l’utilisation de l’eau, 27,0% pour l’eutrophisation et 34,3% pour la biodiversité. Des données particulièrement illustratives du poids environnemental de la viande et des autres produits d’origine animale dans nos assiettes.

Empreinte environnementale relative des émissions de GES des groupes suivant un régime alimentaire par rapport aux grands mangeurs de viande (>100 g/jour). Source : Nature

Outre la suppression complète de ce type d’aliments, les personnes ayant une consommation de viande réduite participent également à limiter les effets néfastes de notre alimentation sur l’environnement. A ce titre, « au moins 30 % de différences ont été constatées entre les consommateurs de viande faibles et élevés pour la plupart des indicateurs », ajoutent les chercheurs.

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Manger moins de viande fait indéniablement partie de la solution

Ainsi, « malgré des variations substantielles liées au lieu et à la manière dont les aliments sont produits, la relation entre l’impact environnemental et la consommation alimentaire d’origine animale est claire et devrait inciter à réduire cette dernière ». Autrement dit, que l’entrecôte consommée lors de votre repas provienne des méga-fermes brésiliennes nourries au soja ou d’un producteur local, elle représentera toujours plus d’impacts néfastes pour l’environnement qu’un repas sans produit d’origine animal, même si elle favorise le bien-être animal et renforce le tissu économique de votre région.

Photo de Marisol Benitez sur Unsplash

L’équipe de scientifique de l’Université d’Oxford n’est pas la seule à plébisciter une diminution drastique des produits d’origine animale pour amorcer une véritable transition alimentaire. La commission EAT-Lancet, composée de 37 scientifiques de renommée mondiale provenant de 16 pays différents, a été créée dans l’objectif d’établir un consensus scientifique autour d’un régime alimentaire de santé globale, capable d’assurer santé des êtres humains et de l’environnement. Dans son rapport de synthèse publié en 2019, elle assure également que « la plupart des études concluent qu’un régime riche en plantes (fruits, légumes, noix, graines complètes) et contenant une plus petite proportion d’aliments d’origine animale confère des avantages à la fois pour la santé et l’environnement ».

Une assiette suivant ces principes devrait ainsi comprendre en volume une moitié de fruits et légumes et une autre moitié composée principalement de grains entiers, de protéines végétales (légumineuses et noix), d’huile végétale non-saturées et (éventuellement) de protéines animales en quantité modérée. Cette alimentation fait ainsi la part belle aux aliments bruts, de saison et locaux limitant les intrants (biologiques) et les transformations industrielles.

Une assiette planétaire. Source : Rapport de synthèse de la Commission EAT-Lancet

Accompagner la transition

Si cette transition alimentaire globale est nécessaire face aux enjeux environnementaux que nous connaissons aujourd’hui, elle pose toutefois encore de nombreuses questions quant à la transformation du secteur agricole engendrée ou des habitudes de consommation de la population.

Organiser la transformation du secteur agricole vers une alimentation végétale. Photo de Zoe Schaeffer sur Unsplash

Comment assurer la transition des exploitations agricoles ? Comment limiter la perte d’emplois occasionnée ou assurer la reconversion des agriculteurs concernés ? Quels leviers économiques et culturels peuvent-être mobilisés pour faire évoluer les habitudes des consommateurs ? Autant d’interrogations qui devront trouver un écho politique indispensable à la transition de nos régimes alimentaires.

– L.A. 


Photo de couverture de Ny Menghor sur Unsplash

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