Le 11 mars 2011, un tremblement de terre de magnitude 9 secouait le Japon. C’est le plus fort jamais enregistré depuis l’existence d’outils de mesure. La centrale nucléaire de Fukushima est alors touchée par un Tsunami. La catastrophe était inévitable…

On dit que « Fukushima » est le pire accident nucléaire de l’histoire depuis Tchernobyl en 1986. 4 ans après, qu’en est-il pour le Japon ?

Suite à l’incident, pour maintenir les cœurs des trois réacteurs en-dessous d’une température de sécurité, les équipes d’intervention doivent leur injecter des centaines de m3 d’eau par jour depuis 4 ans. Il en résulte un « déchet » journalier : une eau fortement contaminée qu’il faut pouvoir gérer jour après jour.

Cette eau contaminée s’échappe par les sols ou dans l’océan, la structure de la centrale étant partiellement détruite. Une petite partie de l’eau est pompée et traitée pour être réinjectée dans le système de refroidissement. Le reste de l’eau radioactive est acheminé vers une immense zone de stockage où des milliers de cuves sont construites. Le problème, c’est que ces réservoirs, construits à raison de 30 à 40 par mois, doivent être érigés dans la précipitation. En résulte une série de fuites qui menacent, encore une fois, à la fois les ouvriers et l’environnement.

Pour tenter de limiter les dégâts, un mur de glace est construit autour de la centrale. Longs d’1,5km, des tubes souterrains vont faire baisser la température des sols jusqu’à geler les eaux et empêcher leur propagation. Le projet de 360 millions d’euros devrait être achevé fin 2015.

En 2011, Tepco avait installé un système de décontamination fourni par Areva, qui a posé plus de problèmes qu’il n’en a réglé. Le système, fonctionnant à partir de produits chimiques pour éliminer les matières radioactives de l’eau, a accumulé les problèmes et n’a pas atteint ses objectifs. Pire, le système s’est lui-même contaminé et a cessé d’être utilisé dès 2012…rappelons qu’Areva fournissait à Tepco le MOX utilisé dans les réacteurs de Fukushima, un combustible très instable issu du retraitement du plutonium.

Il faudra donc bien plus de quatre ans pour que la situation soit véritablement stabilisée à Fukushima. Un nouvel incident semble le démontrer. Au 22 février 2015, une nouvelle fuite hautement radioactive fut détectée par Tepco, la compagnie d’électricité responsable de la centrale. Des taux de radioactivité 70 fois supérieurs aux valeurs déjà hautes du site furent enregistrés. L’agence internationale de l’énergie atomique conseille de rejeter en mer l’eau partiellement filtrée afin de désengorger les quantités d’eau astronomiques stockées sur le site. Aujourd’hui, 85 % des évacués n’ont toujours pas pu rentrer chez eux.

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Malgré ce bilan, les autorités locales et les industries du nucléaire assurent que la situation est sous contrôle. Il n’y aurait aucun risque pour la population japonaise en dehors de la zone interdite. En matière d’alimentation, les chercheurs de la Environmental Science and Technology ont testé 900.000 produits agricoles de la région. Ils ne détectent pratiquement plus de trace de radioactivité dans les échantillons depuis 2014 (0,6%). Quelques cas alarment cependant, comme un lot de poissons pêchés au large de la centrale en 2013. Le taux de becquerels de césium y était 258 fois plus élevé que la limite fixée par le gouvernement. La population japonaise continue de boycotter discrètement les produits alimentaires en provenance de Fukushima.

Alors que 2/3 des japonais s’opposent clairement à l’énergie nucléaire, le gouvernement a pris la décision très controversée de relancer certains réacteurs pour produire de l’électricité. Le 8 mars 2015, des dizaines de milliers de manifestants ont encerclé le Parlement japonais afin de manifester leur opposition. Un tel mouvement de masse est assez remarquable dans l’archipel nippon.

A l’échelle mondiale, l’impact du nuage radioactif serait inexistant. Du moins si on en croit l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire français. Le nuage radioactif se serait dispersé et confondu avec les essais nucléaires plus anciens, ne laissant plus aucune trace notable à ce jour en dehors du Japon. Dans les océans, c’est le césium qui pose problème. Il se dépose dans le fond des mers et pourrait y rester plusieurs centaines d’années. Faut-il toujours céder au catastrophisme ou croire les autorités officielles ? Chacun se fera son avis sur la question librement. Toujours est-il que les manœuvres de Tepco pour dissimuler certains chiffres, problèmes et responsabilités dans les premiers jours de la catastrophe laissent planer un doute dans l’opinion.

Entre les chiffres parfois alarmants, parfois rassurants, le flou informatif des autorités, les peurs justifiées de la population japonaise et les décisions politiques parfois antidémocratiques, la triste saga du nucléaire semble loin d’être terminée.

3400878199_6a43e1cefe_oImage : Thierry Ehrmann


Source : fr.euronews.com / lemonde.fr / leséchos.fr / huffingtonpost.fr / Image à la une REUTERS

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