Alors que nombre d’entre nous succombent au sentiment d’impuissance face à la situation humanitaire syrienne, des associations œuvrent sur place, dans l’espoir de participer à la reconstruction de milliers de vies détruites. ReVi (Refugee Volunteers of Izmir) est l’une d’entre elles. Fondé en 2015, ce groupe de volontaires vient aujourd’hui en aide à plus de 400 familles délocalisées vers la Turquie. Nous avons recueilli le témoignage de Tiziana, volontaire française sur place.

C’est au travers d’une simple recherche Facebook que Tiziana, 19 ans, est tombée sur l’association « ReVi : Refugee Volunteers of Izmir », constituée de volontaires locaux et internationaux qui espèrent apporter leur pierre à l’édifice en aidant les familles syriennes à se reconstruire à Izmir, en Turquie. « Dès que nous avons eu l’idée de nous installer à Izmir, et sachant que beaucoup de réfugiés y vivent ou y passent, mon copain et moi avons cherché des possibilités de volontariat. ReVi est le seul groupe de la ville que nous ayons trouvé qui utilise l’anglais, et qui est donc ouvert aux volontaires étrangers — il a d’ailleurs été créé par un Brésilien. » nous confie-t-elle.

Fondé en janvier 2015, ce groupe indépendant aide les familles syriennes réfugiées au travers d’un travail de longue haleine qui prend en compte leurs besoins spécifiques, mais aussi leurs intérêts propres et les compétences de chacun. Il ne s’agit en aucun cas de proposer aux membres de ces familles une vie bon marché, rafistolée à la va-vite, comme nous l’explique Tiziana : « Ces familles, qu’elles le souhaitent ou non, vont devoir rester encore longtemps hors de la Syrie. Plus que des dons de couvertures, de nourriture ou d’habits (toujours les bienvenus cependant !) elles ont besoin d’un emploi, d’une éducation, d’être intégrées. Bref : de stabiliser leur situation ». Aujourd’hui, ce sont plus de 400 familles qui sont prises sous l’aile du groupe, et que les volontaires tentent d’aider au travers d’une démarche tournée vers la durabilité et surtout, l’humanité.

Offrir les outils d’une nouvelle vie

Installée depuis Septembre dans la ville turque, Tiziana a d’ores et déjà eu le temps de se familiariser aux lieux, mais aussi de découvrir Basmane, le quartier des migrants. « C’est là qu’on trouve la quasi-totalité des Syriens de la ville. On l’appelle la « petite Syrie ». Ici, on rencontre des profs, des coiffeurs, des informaticiens, des boulangers, des ingénieurs, des esthéticiens… qui n’ont d’autre choix que de travailler à l’usine ou de collecter des déchets pour tenter de survivre. On y trouve aussi des mères isolées, qui doivent s’occuper de leurs enfants et n’ont donc pas le temps de travailler, et on voit des enfants de 4-5 ans travailler jusqu’à 12 heures par jour pour aider à payer le loyer, au lieu d’aller à l’école. »

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De cette impossibilité pour les parents à trouver un emploi convenable découlent des conditions de vie insupportables qui mêlent extrême précarité et travail infantile. Afin de remédier à la situation, ReVi propose donc diverses solutions qui passent par une aide à la réalisation de projets professionnels. Ainsi, les volontaires ont, en outre, mis en place un système inspiré du micro-crédit, afin de permettre aux réfugiés de se procurer le matériel nécessaire à la reprise de leur activité. Mais les personnes réfugiées peuvent aussi décider de participer à la confection d’objets qui seront vendus en ligne sur le site de l’association : le ReVi store. Le matériel nécessaire à la confection de bijoux, de vêtements ou d’objets en tricot leur est fourni, et les ventes leur permettent souvent de payer un loyer. « C’est une bonne solution pour les mères seules qui ne peuvent pas travailler hors de chez elles, ou pour n’importe quelle famille sans revenu et vulnérable » nous affirme Tiziana.

Enfin, afin d’assurer l’éducation de ces enfants délogés de chez eux, le groupe fait tourner deux écoles maternelles qui emploient des Syriens comme professeurs. Les enfants y apprennent l’arabe, le turc, les mathématiques, la danse, les arts plastiques, etc. et les volontaires leurs proposent diverses activités. Et comme tous les parents n’ont pas les moyens d’envoyer leurs enfants à l’école, l’association a mis en place le programme « Work to School », qui permet à des personnes de parrainer des enfants afin qu’ils puissent retourner sur les bancs de l’école.

Créer un lien et une confiance durables

Les volontaires de ReVi visitent de nouvelles familles chaque semaine; apprennent à les connaître et mettent en place un suivi. Ceux qui sont également des Syriens, et donc particulièrement précieux à la communication, sont rémunérés en tant que traducteurs. Ils aident ensemble à l’obtention d’un logement décent, de papiers, des soins médicaux nécessaires et à l’inscription des enfants à l’école. Le but est d’offrir aux familles le plus d’indépendance possible face à la grande difficulté à trouver un emploi.

Toutes les semaines, un dîner est également organisé chez l’une des familles : en échange de 200 lires turques, celle-ci prépare et invite les volontaires à partager un repas. Au-delà de l’aide matérielle, Tiziana évoque des « moments uniques de joie ». « Les Syriens sont culturellement très hospitaliers: ils disent souvent que cela leur rappelle les temps avant la guerre, quand ils s’invitaient entre voisins, en famille » nous dit-elle.

Et lorsque nous lui demandons quelles sont les rencontres et les histoires qui l’ont le plus touchée durant ces premiers mois de volontariat, elle nous répond : « Je pourrais donner des dizaines d’exemples qui me serrent la gorge de rage, mais je pense qu’il est important de retenir le positif. Un petit garçon malentendant a pu recevoir un appareil auditif grâce aux dons récoltés; il apprend maintenant à parler avec une orthophoniste elle-même syrienne, que nous payons avec ces mêmes dons. Les premières personnes que j’ai visitées et que j’apprécie énormément sont un couple plutôt âgé qui essaie de rejoindre ses enfants en Allemagne, mais ils ont des difficultés à obtenir les papiers. Ils ne peuvent pas travailler ici et des amis, voisins les soutenaient entièrement jusqu’à ce que la femme commence à faire des bracelets pour ReVi : ils dépendent maintenant moins des autres. Il y a aussi tous ces enfants qui vont de nouveau à l’école et en reviennent le soir tellement contents. Bref, tout ce qui petit à petit, annonce le retour à une vie « normale ». »

L’ensemble des activités de ReVi est financé au travers des dons. Si vous souhaitez les soutenir, vous pouvez donc faire un don ICI, ou encore vous rendre sur le ReVi Store.


Sources : ReViFamily.org / DailySabah.com

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