On connaît l’adage : réparer, c’est mal : vive la consommation de masse. Dans un article publié en ligne par le magazine Vice, le journaliste Jason Koebler publie des éléments qui mettent sérieusement en doute la volonté d’Apple de s’engager en faveur de la protection de l’environnement. Alors que la multinationale redouble ses efforts pour soigner son image, notamment par l’annonce d’une politique de recyclage des déchets ambitieuse, l’article dénonce, documents à l’appui, un discours de façade qui cache une toute autre réalité : « Apple saborde volontairement toutes les initiatives visant à prolonger la durée de vie de ses produits » critique Jason Koebler.

Apple soigne son image de marque. Crédibilité oblige, la multinationale a été contrainte d’adapter son discours aux problèmes sociétaux contemporains, notamment en promettant une prise en compte des questions environnementales par l’intermédiaire d’une politique moderne et efficace. Sur son site internet, Apple détaille ce programme, articulé autour du développement des énergies vertes et de l’introduction de matières recyclées dans sa chaîne de production. Comprendre ces avancées de façade offre également un regard sur le Greenwashing (prétendre faire de l’écologie sans véritablement en faire) qui génère une grande confusion sans véritablement venir à bout des causes de la crise écologique.

En apparence, Apple s’est mis au vert

Ces efforts ont valu quelques lauriers à Apple. Ainsi, dans le domaine des technologies, Apple ferait parti des entreprises leader selon Greenpeace. Pour la troisième année consécutive, l’ONG met la marque à la pomme en tête de son classement des entreprises les plus vertueuses, à raison de sa politique énergétique exemplaire : pour cause l’entreprise, peut se vanter de bientôt pouvoir atteindre le 100% d’énergie renouvelable dans la production de ses produits. Il faut l’admettre, c’est une belle avancée. De surcroît, elle a créé sa propre entreprise de production d’énergies vertes, la Apple Energy LLC.

Dans le domaine du recyclage, on annonce des décisions tout aussi percutantes. À l’occasion de la publication de son rapport annuel sur l’environnement, Apple a indiqué que parmi ses objectifs principaux se trouvait la volonté de produire à long terme ses IPhone exclusivement à partir de matériaux recyclés. La firme souhaite également réduire sa dépendance à l’extraction de métaux rares et diminuer l’usage de matières ayant un impact négatif sur l’environnement. Il y a un peu plus d’un an, Apple présentait d’ailleurs dans une vidéo visionnée près de 3 millions de fois sur YouTube un robot capable de démonter entièrement le dernier IPhone, afin de recycler au maximum les matériaux et de récupérer les métaux rares que contient ce produit. Bref, largement de quoi être convaincu au premier abord.

Coté « pub »

Motherboard dénonce la politique d’Apple en matière de recyclage

Le contraste entre ces premiers éléments et ceux avancés par Jason Koebler sont pourtant saisissants. Ainsi, le journaliste s’est procuré des documents en vertu du Freedom of Information Act qui « montrent que les pratiques actuelles d’Apple empêchent les centres de tri américains de prendre les initiatives les plus respectueuses de l’environnement, en les obligeant à déchiqueter les appareils Apple dont les pièces pourraient être réutilisées ». Si ces documents datent de 2013, les éléments qu’ils contiennent obligent à regarder avec plus de prudence les communiqués commerciaux d’Apple. D’autant que d’autres données, plus récentes, suggèrent qu’Apple continue à privilégier la destruction de ses appareils à la réparation.

Selon l’auteur de l’article, Apple empêcherait volontairement la récupération de certaines parties de ses ordinateurs, ce qui pousse bien évidemment les consommateurs à l’achat de matériel neuf. Ainsi, « aux États-Unis, de nombreux centres de recyclage sont contraints par Apple lui-même à transformer des milliers d’ordinateurs et de téléphones en paillettes de métal et de verre » plutôt que d’envisager un recyclage sélectif. D’autant que, en réalité, Apple serait bien incapable de traiter même une partie substantielle de ses centaines de millions d’IPhone vendus chaque années, sans compter les ordinateurs et autres produits technologiques. En ce qui concerne les sous-traitants avec lesquels la marque travaille, elle les enjoint de détruire le matériel qu’ils reçoivent, plutôt que de le réparer, ce qui rend difficile de trouver des pièces de rechange sur le marché.

Image : techfactslive.com

Coté « réalité »

La technique d’Apple est un cas d’école d’une écologie dissolue dans un capitalisme agressif où tous les coups sont permis pour maintenir ses marges. Derrière les spots publicitaires élogieux et les grandes annonces pour s’offrir l’image d’un acteur économique responsable entièrement acquis à la cause environnementale, semble se cacher une nouvelle fois une vaste entreprise d’éco-blanchiment qui se fait au détriment des consommateurs et de l’environnement, dans un objectif de maximisation des profits. Comment alors contraindre Apple comme d’autres à aller au bout des discours « verts » pour réellement considérer la création d’une chaîne de production et de recyclage propre et efficace ? S’il y a peu de chance de voir les consommateurs boycotter en masse la marque, les décisions politiques courageuses se font également cruellement attendre.


Sources : ft.com / motherboard.vice.com

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