Au pied de la Route des vins, au bord de la plaine d’Alsace où les monocultures intensives de maïs intensives se succèdent à perte de vue, Gabriel et Léa ont fait le pari d’une agriculture moins énergivore qui renoue avec une paysannerie proche de la terre. En mêlant l’art et la musique au maraîchage, ils veulent redonner un sens à leur métier avec un seul mot d’ordre : rassembler autour de ce que nous avons en commun.

Pianiste, chanteur et paysan. Il y a quatre ans, Gabriel a décidé de lier ses passions et ses envies pour réinventer, à sa manière, le métier de maraîcher. Après des études artistiques à Paris, d’abord en tant que comédien, puis comme musicien, il décide de retourner dans sa région d’origine, à Herrlisheim-Près-Colmar, pour y mettre les mains dans la terre.

Crédit image : Mr Mondialisation. Gabriel en train de replanter des tomates.
Crédit image : Mr Mondialisation. Léa fait des semis de radis.
Crédit image : Mr Mondialisation. Gabriel jouant au marché.

De la musique dans les champs

En 2014, il persuade le conseil municipal de lui confier une petite parcelle d’un hectare à peine. La démarche est audacieuse : non seulement Gabriel n’a pas de formation agricole, mais en plus il veut se lancer dans une agriculture diversifiée et responsable. Cerise sur le gâteau, pour ainsi dire, il veut continuer de faire la promotion d’activités culturelles et notamment de la musique. « Au départ j’ai subi de nombreux jugements, on me prenait pour un hurluberlu », se souvient le trentenaire, le sourire aux lèvres : « tout monde pensait que je serais reparti dans 6 mois ». Rapidement rejoint par sa compagne, Léa, qui travaille comme confectionneuse de costumes, Gabriel et ses associations atypiques font pourtant mouche et séduisent vite un public grandissant.

Aussi étrange que cela puisse paraître au premier abord, il n’est pas rare de voir Gabriel jouer du piano au milieu de son champ, évènement joyeux auquel se joignent de nombreux voisins. À certaines occasions, il transporte également son instrument jusqu’au marché de Colmar, où, à proximité de son stand, il attire avec ses mélodies une foule intriguée. Ce qui est remarquable, aux Jardins-En-chantants, c’est la capacité de Gabriel est Léa à créer une communauté soudée. La nourriture est cœur du projet, mais ce sont les activités culturelles qui permettent de tisser des liens forts autour de biens communs et la volonté de bâtir un futur enviable. La passerelle entre l’agriculture et la musique ? « L’improvisation, tout en conservant un cadre », nous répond le néo-paysan avec un brun de malice. Avant de préciser : « la musique ne permet pas aux légumes de mieux pousser, mais elle nous rend heureux ».

Si Gabriel et Léa connaissent un succès grandissant – ils ont notamment été récompensés par Fermes d’avenir en tant que modèle agricole en transition – la pérennité économique du projet reste difficile. Pour débuter l’année 2019 dans de bonnes conditions, ils mènent actuellement une campagne de financement participatif. En parallèle, ils multiplient les projets originaux pour rendre leur investissement plus visible. Cet ainsi que Gabriel a publié cet été l’album « Paysan et fier de l’être ».

Crédit image : Mr Mondialisation

« On a besoin du soutien des institutions »

« Le milieu agricole est hyper rude », admet Gabriel. La concurrence est dure, si bien que les clients ont parfois du mal à comprendre des différences de prix qui, selon les saisons et les légumes en question, peuvent parfois être importantes. « Notre avenir dépend du soutien de la collectivité, mais aussi des citoyens et des citoyennes », appuie le paysan, qui observe avec joie que la problématique rencontre un écho grandissant au sein du débat public. L’avenir du métier de paysan repose sur un « nouveau contrat social » afin que les agriculteurs puissent à nouveau être reconnus comme des piliers de la société, enracinés dans leur pays et passeurs de savoirs, de savoir-faire et de traditions.

De quoi garder espoir. « D’un point de vue agronomique, la terre de la parcelle était morte quand on est arrivé : difficile de faire pousser quoi que ce soit dessus. À force d’amender en compost, on a réussi à faire revivre cet espace », se réjouissent Gabriel et Léa, pour qui notre société n’a plus le temps de tout remettre à demain, et qui espèrent servir d’exemple à d’autres jeunes motivés.

Pour les soutenir, rendez-vous sur bluebees.fr

Crédit image : Mr Mondialisation.
Crédit image : Mr Mondialisation.
Crédit image : Mr Mondialisation. Au pied des vignes.

Image de tête : Crédit image : Didier Pallagès / Nos travaux sont gratuits et indépendants grâce à vous. Afin de perpétuer ce travail, soutenez-nous aujourd’hui par un simple thé 😉