Le studio londonien ecoLogicStudio a fait une apparition remarquée lors de l’exposition universelle de Milan qui s’est tenue en 2015. Le cabinet a exposé à cette occasion un mobilier urbain qui offre de l’ombre tout en produisant de l’énergie, de l’oxygène et de la nourriture. Les inventeurs articulent sans complexes les technologies les plus modernes et les caractéristiques naturelles séduisantes des microalgues.

Beaucoup le dénoncent, le monde de la recherche est parfois influencé par des choix politiques eux-mêmes orientés par le pouvoir de différents lobbies. Dans ce contexte, abandonner les vieux schémas de pensée qui s’obstinent à voir dans la production centralisée et polluante d’énergie l’unique voie possible est un combat de longue haleine. Pour cause, une proportion écrasante des subventions allouées ces quarante dernières années par les États aux acteurs impliqués dans la production énergétique ont profité au nucléaire et au charbon. Cette répartition déséquilibrée des aides n’est pas sans influences sur le secteur de la recherche, obligé de suivre le mouvement. Cependant, malgré les résistances et les inerties inhérentes à des sociétés composées de millions de personnes, des individus investissent savoirs et moyens pour prendre un chemin différent.

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Le prototype de bâtiment présenté par ecoLogicStudio, un cabinet d’architecture et d’urbanisme fondé par Claudia Pasquero et Marco Poletto est l’aboutissement de six années de recherche et d’une collaboration avec le cabinet spécialisé Taiyo Europe. Le Studio a fait du bio-digital-design sa marque de fabrique. Cette sous-discipline de l’architecture est relativement nouvelle mais prometteuse. L’idée est d’associer technologies digitales et micro-organismes pour construire des bâtiments intelligents de nouvelle génération qui interagissent avec leur environnement. Dans ce cadre, les algues inspirent tout particulièrement scientifiques et architectes. Les caractéristiques de ces plantes aquatiques laissent en effet envisager le développement de nouvelles technologies, moins polluantes et plus respectueuses de l’environnement.

La Canopéee Urbaine Algae fournit, tel l’étage supérieur d’une forêt, à la fois ombre, nourriture et oxygène. Une petite révolution à venir en matière de mobilier urbain ?

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Des caractéristiques encourageantes

Leur canopée rassemble plusieurs techniques existantes pour apporter de nouveaux éléments, proposant ainsi un projet innovant. Pour réaliser la structure, EcoLogicStudio a décidé de recourir à de l’éthylène tétrafluoroéthylène (ETFE) un matériau parfois utilisé en architecture pour la confection de revêtements extérieurs comme alternative au verre. Comme le montre la vidéo qui suit, des conduits ont été intégrés entre les différentes couches d’EFTE. Ceux-ci sont destinés à permettre le passage de l’eau et des microalgues dans un circuit qui traverse une grande partie de la structure.

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Plus l’ensoleillement est important, plus l’algue se développe rapidement et plus le pavillon gagne en opacité, formant un espace ombragé. Lorsque les visiteurs passent sous la canopée, leurs mouvements interfèrent avec les micro-algues et influencent la vitesse à laquelle elles circulent dans les tuyaux, explique Marco Poletto. Ainsi il s’agit d’une architecture intelligente qui évolue au gré du temps et des saisons, s’adaptant constamment à l’environnement et aux usagers.

L’intérêt de la structure serait réduit si on s’arrêtait là. Son grand intérêt, c’est qu’elle peut produire des quantités importantes d’oxygène : un potentiel équivalent à celui de quatre hectares de forêt, déclare le concepteur. À cela, il faut ajouter les quelques 150 kilogrammes de biomasse créés par jour sous la forme d’algues, dont 60 % sont des protéines comestibles. Cette biomasse, peut aussi bien être utilisée pour la production d’énergie, qu’être destinée à l’alimentation. En Bref, leur structure accumule les potentiels.

Une vision positive du futur

Encore à l’état de prototype, l’invention confirme la capacité des chercheurs de toutes disciplines confondues à quitter les chemins battus pour explorer des techniques plus locales, audacieuses et résilientes en combinant les découvertes récentes. Les inventeurs soulignent très judicieusement : « nous pensons qu’il est temps de mettre un terme à la ségrégation qu’il existe entre technologie et nature, (…) pour adopter une vision plus systémique de l’architecture. Pour ce prototype, les frontières entre dimensions matériels, spatiales et technologiques ont été articulées avec précaution pour atteindre efficacité, résilience et esthétisme ».

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Bien que de plus amples tests soient attendus, la canopée semble venir enrichir le champ des futurs possibles et celui des technologies alternatives au service de l’humanité. L’étude et le développement de ces dernières est indispensable pour remplacer les énergies nucléaires et fossiles dont l’économie contemporaine est dépendante. De la même manière, le bâtiment proposé par ecoLogicStudio s’oppose au fonctionnalisme longtemps promu par l’architecture. Grâce à son architecture bio-digitale et l’énergie produite par les micro-algues, l’édifice répond à plusieurs besoins de base. Ce n’est pas un hasard si à l’occasion de l’exposition universelle de Milan de 2015, l’invention a été présentée au sein du pavillon consacré à l’alimentation du futur.

Et si, demain, nos habitations fournissaient nourriture, électricité et oxygène ? À suivre !

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Sources : ecologicstudio.com / newatlas.com / theplaidzebra.com / weburbanist.com

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