Sonia Singh est une mère de famille australienne engagée et elle est en train de donner une bonne leçon aux fabricants de poupées. Lassée par ces mannequins de plastique « Made in Asia » hyper maquillées et de plus en plus superficielles, elle a décidé de leur donner une seconde vie, avec une personnalité en phase avec le réel. Acte inspirant, le succès ne s’est pas fait attendre…

Lorsqu’on jette un coup d’œil à la plupart des poupées pour enfants vendues dans les grands magasins, difficile de ne pas être interpelé par l’hyper-sexualisation et le maquillage criard de ces petits personnages de plastique ultra stylés, aux physiques irréels, et qui sont bien souvent fabriqués en Asie dans des conditions qu’on ne préfère pas connaître.

Les enfants semblent faire l’objet, dès le plus jeune âge, d’une stratégie marketing ciblée cherchant à faire d’eux de parfaits consommateurs qui risquent d’être obnubilés par leur look, dans une perpétuelle quête d’apparence. Si le lien de cause à effet n’est en réalité pas si évident, ces poupées symbolisent un nouveau sexisme où la liberté de la femme est prise en otage par les outils du monde marchand, comme nous l’indique le brillant reportage d’Arte : Princesses, pop stars & girl power

Sonia Singh, ancienne scientifique de profession et maman d’une petite fille, a donc décidé d’aller à contrecourant de ce que les industriels des jouets proposent aux enfants. Une manière pour elle de protester contre cet assujettissement manifeste de l’émancipation féminine. Elle va ainsi récupérer de vieilles poupées dont plus personne ne veut pour les relooker de la tête aux pieds d’une manière vraiment originale. Pour 2 dollars seulement, elle rachète à des magasins d’occasions de Tasmanie des poupées usagées aux looks improbables dans le but de les métamorphoser.

Ses outils de travail sont assez minimalistes mais la transformation est, elle, radicale : munie de dissolvant et de coton, Sonia efface d’abord complètement les traits exagérés de ces poupées aux yeux de braise et aux lèvres pulpeuses avant de leur offrir un nouveau visage peint à la main, unique, naturel et humain. Car s’il y a bien une chose qui fait défaut aux poupées standardisées fabriquées à la chaîne, c’est le caractère et la différence assumée. Ainsi, nombre d’enfants construisent leur vision d’eux-mêmes en fonction d’un modèle inexistant dans le monde réel.

Ce qui frappe chez les poupées que Sonia customise, c’est leur sourire et leur malice naturelle. Elles ont tout simplement l’air heureuse contrairement aux poupées de grande surface qui ont souvent l’air absentes, dénuées d’humanité. À l’image du monde réel, chacune des poupées que Sonia relooke présente des traits du visage personnalisés, imparfaits, aucune poupée ne ressemblant à sa voisine. Des tâches de rousseur aux dents du bonheur, le sens du détail est poussé jusqu’aux vêtements et accessoires faits-main, cousus et tricotés par Sonia et sa maman, qui retombe elle aussi en enfance en lui prêtant main forte.

Sonia explique que c’est son mari qui l’a incitée à prendre des photos de ses poupées et à les mettre en ligne. Dubitative et persuadée que personne ne porterait intérêt à ses créations, elle a d’abord partagé son travail avec ses amis proches sur Facebook, qui n’ont pas manqué de lui réclamer des poupées pour leurs propres enfants.

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Prenant confiance, elle décide alors de créer un blog sur Tumblr et de partager ses poupées avec le reste du monde. L’engouement et la demande furent tels que Sonia dut rapidement envisager de relooker plus de poupées afin de pouvoir répondre aux nombreuses demandes. Elle qui n’en avait que 12 à l’origine en a fabriqué des dizaines d’autres depuis, toujours à son rythme à force de patience. Aujourd’hui, la demande ne désemplit pas et certaines personnes sont même sur liste d’attente afin de pouvoir combler leurs enfants, puisque son entreprise à taille humaine ne peut fabriquer plus de 20 poupées par mois.

De nombreux parents ne cachent pas leur enthousiasme face à la démarche de Sonia Singh qui a su remettre l’humain au cœur de l’ouvrage en redonnant leur souffle à ces poupées dont plus personne ne voulait. Comment ne pas être charmé par ces petits personnages atypiques qui affichent fièrement leurs traits enfantins, leur innocence et leur singularité ?

Quant aux enfants, ils semblent eux-mêmes aimer ces poupées qui leur ressemblent par leurs petits défauts et leurs particularités auxquels ils parviennent mieux à s’identifier. On le sait, l’enfance et l’entrée dans l’adolescence sont des périodes sensibles, le regard que l’on pose sur soi est fragile, et la perfection affichée par la plupart des poupées du commerce n’aide pas à prendre confiance en soi. Les poupées de Sonia semblent en cela contribuer à ce que les enfants abordent leur apparence de manière plus positive tout en développant leur sens de l’imagination et leur personnalité.

Sonia Singh explique : « Ces poupées ont été récupérées dans des magasins solidaires et des boutiques d’occasions de Tasmanie puis réhabilitées. Ces petites poupées fashion ont opté pour le changement, échangeant leur style tape à l’oeil glamour hyper sophistiqué pour un style plus réaliste. Je repeins à la main les visages des poupées, je leur façonne de nouvelles chaussures, et ma maman leur coud et leur tricote des vêtements. Mes sœurs et moi avons grandi en jouant avec des poupées d’occasion et des jouets fabriqués à la maison dans l’environnement naturel de la belle Tasmanie. J’aime cette satisfaction ressentie à réparer et à réutiliser des objets jetés et à leur donner une nouvelle vie. »

Repérée sur le plan international, Sonia Singh vient de remporter la finale des Etsy Design Awards parmi 52 autres créateurs du monde entier. Elle espère ainsi que l’intérêt suscité par ses poupées amènera les industriels à repenser les jouets qu’ils fabriquent pour les enfants en concevant des personnages plus réalistes et humains. Elle invite également chacun à se joindre au mouvement en réhabilitant les vieux jouets des enfants. Une partie des ventes des poupées Tree Change Dolls est reversée chaque mois à divers organismes humanitaires comme l’International Women’s Development Agency qui défend les droits des femmes en Asie Pacifique ou encore le Bonorong Wildlife Sanctuary qui préserve la vie sauvage en Australie.

Une belle histoire qui nous montre une fois de plus, comme le disait le Mahatma Gandhi, qu’il suffit, à son niveau, d’incarner le changement que l’on souhaite voir dans ce monde pour inspirer les autres à faire de même.

Les poupées de Sonia Singh et les patrons de couture permettant de leur fabriquer des vêtements personnalisés sont en vente sur sa boutique ETSY.


Sources : time.com / boredpanda.com / dailylife.com.au

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